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Détective privé

Publié le par modimodi

La nature l'avait pourvu d'un magnifique appendice nasal. Chaque fois qu'il pointait son nez, son profil lui donnait une longueur d'avance.

Ses camarades de classe, à l'âge des marionnettes, l'appelaient déjà Pinocchio. Au temps de leurs premières BD, ce fut Babar et aux exploits de cape et d'épée, ça lui pendait au nez, il était le grand Cyrano de Bergerac.

Lui, se passionnait plutôt pour Les Pieds Nickelés. L'aquilin Croquignol qui savait en filou, filer sous le nez était son héros préféré. Il s’entraînait dans l'espoir d'être assez souple pour pouvoir faire des pieds de nez.

C'est ainsi qu'à l'heure des jeux de gendarmes et de voleurs, lui vinrent les vocations de policier et de commissaire. Avec Hercule Poirot et Maigret, écloront celles d'enquêteur et d'inspecteur et enfin, avec Sherlock Holmes et Jack Palmer, celle de détective privé.

Il se voyait fin limier, allant le nez au vent et résolvant les doigts dans le nez, les grandes énigmes. A vue de nez, iI serait un pro éminent, s'il savait éviter que la porte du succès ne lui claque au nez et que la fausse information ne lui retombe dessus !

Hélas, il ne vit pas plus loin que le bout de son nez ! Il l'écrasa sur les dossiers sans sentir le moindre indice. Si détective privé, il fut, ce fut un détective, privé d'intuition, du moindre instinct, privé de clairvoyance. Le grand Sphinx au nez cassé !

Lui, que la nature avait généreusement gâté, en plantant une patate au milieu de son visage restait en plant. Lui, qui avait le nez comme une truffe, voilà qu'il manquait de flair ! Il mettait pourtant son nez dans les affaires mais trop souvent en vin et donc toujours en vain ! Il passait pour un clown au nez rouge.

Est-ce qu'aux âmes bien nez, la valeur n'attend pas le nombre des années ?

Hélas non ! Son avenir se cassa plus d'une fois le nez. En effet, incapable d'avoir le nez creux et de renifler les bonnes affaires, celles-ci lui passaient sous le nez. La chance avait, une bonne fois pour toutes, décidé de lui faire des pieds de nez, car même les plus forts suspects qui, à plein nez, sentaient le coup fourré, réussissaient à l'enrhumer, à l'enfumer et à passer au nez et à sa barbe.

Il faut être Edmond Rostand pour tirer les vers du Nez !

Et même avec le nez en pied de marmite, il ne fut pas non plus, en mesure de cuisiner les durs à cuire. Le milieu l'appela d'ailleurs Rantanplan ou Johny Blair, Pif gadget, le naze du nase ! La moutarde lui montait au nez et la déveine le menait par le bout du nez.

Avec le nez du Concorde, sa carrière ne décolla pas pour autant. Seul l'amour lui donna des ailes. Elle s'appelait Cléopâtra, rencontrée, nez à nez, sous un masque à Venise. Elle n'était pas mufle, ils se plurent et s'aimèrent. Leurs deux nez s'effleurèrent, il sentit le baiser. Dame Nature, la généreuse leur donna même de beaux nouveaux nez, quatre petits morveux aux nez qui coulent !

C'est la camarde enfin, qui l'emporta d'un rhume de cerveau et lui ferma au nez, la porte de la vie. Comble de l'ironie, il ne se sentit pas mourir et ne sut pas, si c'était, en odeur de sainteté.

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