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Poisson d'avril, mon vieil ami !

Publié le par modimodi

Mon cher Didier, en ce premier avril, je t'ai réservé une surprise épistolaire ! Je viens évoquer avec toi quelques souvenirs, en vieux camarades de classe que nous étions. J'espère que tu as gardé ton esprit espiègle et que tu retrouveras dans ce papier, quelques-uns de nos joyeux moments !

Si hier, gentil petit garçon, je faisais risette à maman Lisette, aujourd'hui dans la tête, j'ai l'impression d'avoir toujours 10 ans ! Je n'ai pas vraiment grandi. J'ai toujours envie de faire des facéties ou de gentilles surprises. Gamin, adolescent, adulte, l'esprit de fantaisie ne m'a jamais quitté.

En est-il de même pour toi, dans ton sérieux métier de commissaire aux comptes ? Peux-tu encore compter sur l'inattendu de la joie et quelques plaisanteries pour te soustraire à l'austérité des chiffres et divertir ton existence ? As-tu conservé ton capital d'inventivité et de drôleries ?

Le 1er avril, c'est notre fête de gaieté symbolique, la fête de notre enfance de ris, de jeux et de papier froissé. C'est la nouvelle année de joie, la prime journée pour de nouveaux caprices ! Pour les faces de carême prenant, j'ai un slogan : Au poisson, l'an neuf ! Alors, comme au temps de Charles IX, je te dis : "Bonne année de farces et de blagues" ! Laisse-toi prendre à l'amorce du plaisir.

Te souviens-tu, ami, de l'heureux temps de notre école ? Revois-tu la cour de récréation où nous jouions à attraper les couettes et les bonnets des filles et où nous déchirions déjà nos cœurs et nos blousons ? Chaque jour, nous inventions de nouveaux jeux pour les taquiner ou leur plaire.

Te souviens-tu des découpages de feuilles, arrachées à nos cahiers et des reproches convenus du maître ? Les retrouves-tu, ces poissons aux écailles bleues, aux arêtes grises et aux yeux rouges et jaunes qu'on accrochait, en douce, au dos de nos camarades ?

Les entends-tu ces triomphants "poissons d'avril !", quand on avait réussi à les surprendre ? Quel plaisir de les voir étonnés, désignés du doigt et moqués par leurs congénères ! Quelle rigolade à les regarder se contorsionner pour décrocher l'intrus. Exercice d'autant plus délicat, si on avait réussi, comme tu y excellais, à le coller, bien haut, entre les deux omoplates, au moyen d'une grande tape amicale et d'un tonitruant : "Salut, mon pote !"

Moi, j'ai gardé mon âme d'enfance, je te l'assure ! Mais hélas, dans la vie, on n'échappe pas aux jugements des autres ! Dans le courant des jours, j'en ai connu des gens sérieux, importants, souriants mais à la dérive dans les eaux stagnantes de leur fatuité. J'ai subi leurs regards désapprobateurs ! Si un jour, il est dit que tous les petits poissons deviendront grands, tous n'ont pas mordu à l’hameçon de ma drôlerie.

J'ai frayé et parfois ressenti leur condescendance dans leurs sourires pincés ! J'ai connu les remous de leur dérision et gobé leurs quolibets enfarinés. Je me suis débattu au fond de l'épuisette et j'ai été, couronné d'algues vertes, la risée du festival de cannes à pêche !

Pour les convaincre et ne pas perdre la face, j'ai peut-être parfois poussé un peu loin le bouchon en leur disant que la vie est une farce qui cherche à vous faire mordre à l’appât puis à noyer le poisson. Hélas ! Certains n'étaient que des poissons plats et de passage qui cherchaient à jouer les anguilles sous roche, ils se sont bouchés les ouïes.

Ah ! J'en ai connu des espèces de toutes sortes : De casse-pieds poissons scie, de joyeux poissons volants et même des poissons-chats qui frétillaient de la queue. De drôles d'oiseaux, des hirondelles de mer. Des poissons-lunes qui prenaient leurs vessies natatoires pour des lanternes. Des anges de mer, des blondinettes et des roussettes qui se prenaient pour des sirènes.

J'ai bien sûr fait quelques touches mais il n'a jamais été question de venir me taquiner le goujon ou de me tendre la perche. J'ai évité de courir les bars afin de ne pas fréquenter les églefins, les maquereaux, les merlans frits, les thons, les grosses plies et les morues. Je n'ai jamais aimé non plus les harengères et les belles poissonnières qui vous promettent l'amour et vous font mariner.

Dans le vivier de ma mémoire, dans mes souvenirs en boîte ou du même tonneau, s'ils se pressent comme des sardines et des harengs en caque, ils restent frais comme des gardons.

Je n'ai jamais perdu le moral ni le sens de la facétie. Au contraire, en croisant les brèmes ou les tanches, les muets comme des carpes, les lieus communs, les têtes de brochet ébréchées, je les ai plaints d'avoir perdu la gaieté, la malice, la vivacité et la légèreté d'esprit.

Moi, je suis resté joyeux et heureux comme un poisson dans l'eau ou curieux, bouche ronde et ouverte comme un poisson dans l'aquarium. Je suis toujours un cabot nerveux sur les planches du quai d'embarquement de la curiosité et je vis au bonheur de la truite arc-en-ciel.

Alors toi, mon ami des premiers jours. Toi, qui n'as jamais fait la moue de dédain devant mes foucades ou mes outrances, je t'ouvre mon cœur et te dédie, en ce beau jour, ce joyeux billet de bons mots iodés, cette lettre-carte postale enluminée de ma fantasque amitié. Je n'ai pas cessé d'aller à la pêche aux bons mots et toi, tu sais que ce ne sont que des mots pour rire.

Chez moi, nulle malveillance, juste un peu de folie d'un fou de joie qui cherche à donner des fous rires à toi et à ma matelote. Être foufou ce n'est pas être fou, c'est être un poisson clown, un amuseur pour le menu fretin et la galerie, un pitre avec voix au chapitre ! C'est avoir le privilège d'être un poisson de roche, spécial bouillabaisse vendue, sur le Vieux port.

Je suis immanquablement de la grande famille des pêcheurs qui se fendent la pêche ! Je fais partie des branquignols, un peu cinoques, un peu loufoques. Je suis un artiste cocasse au cirque de la vie ! Déjanté peut-être, mais seulement dans ma tête ! Je sais rouler sur mon petit vélo et tenir ma ligne droite en évitant les queues de poisson.

Dans mon enfance, je n'ai pas pris de coup sur la cafetière, je ne suis donc pas fêlé, frappé, marteau ou à la masse, encore moins requin-marteau ou dans la nasse, tête de bourrique et de bourriche.

Je suis sûrement un peu cloche mais pas sonné, cultivé mais pas ravagé, débordant mais pas siphonné, droit dans mes hautes bottes de pêche et pas tordu, sauf de rire. J'ai plein le filet poissonneux, de chimères à vendre à la criée ou à saler avant de les congeler.

Mais rassure-toi, je ne suis pas pour autant givré du citron et encore moins toc-toc car je te fais aussitôt des réparties du tac-au-tac ! Si tu te laisses appâter, je te harponne et te mets le grappin. D'ailleurs, je serais prêt à te ferrer si tu ne faisais pas gaffe !

Je revendique le droit de rire et de plaisanter, de chiner et de taquiner comme de pêcher par optimisme. Je me jette à l'eau car je travaille sans filet mais pas sans provisions. Je me réfère à La Farce de Maître Pathelin, à son esprit espiègle et satirique, retors, rusé mais toujours comique !

Tu le sais ! Un éclat de rire est moins blessant qu'un éclat d'obus ou qu'une vicieuse arête en travers du gosier. En dehors de la bouillabaisse et de la poutargue, une pinte de bon sang vaut également un bon bifteck sans compromettre ta ligne. Mais en ce jour privilégié du 1er avril, tu as raison et bien sûr, le droit de préférer le poisson ! J'ai d'ailleurs mis toute la sauce !

Si je t'ai agacé par ces petites taquineries, je réclame un droit de repêchage. et tu peux toi aussi, te déboutonner et rire à gorge déployée ! Tu peux être défrisé et te poiler comme une barbue ! Tu peux en avoir pour ton argent et te fendre la tirelire comme une raie ! Tu peux toi aussi rire comme un bossu qui en aurait plein le dos des écailles de mon mauvais humour. En ce jour jubilatoire, tu pourrais même rire comme une baleine, qui trouve un banc de poissons d'avril !

Salut, ami ! Ne sois pas lamproie au doute. Je ne te quitte pas en mettant le turbot ou en te faisant une ultime queue de sirène. Je ne voudrais ni te laisser à ton saur, ni te mettre à la traîne ou pêcher davantage, en te montant en bateau. Ne prends pas la mouche de mes touches d'humour.

Au final, sache que j'ai gardé la légèreté de l'hirondelle de mer et la rêverie du poisson-lune. Si je prête à rire, je m'empresse de te prêter le bonjour et n'étant pas un poisson de passage, je te donne pour toujours mon amitié."

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C
Pour l'an neuf, je vous présente tous mes voeux de Bonheur, santé, optimisme... et réalisation de tous vos désirs... Ce n'est pas un poisson d'Avril, c'est bien l'An neuf !
Bonne et heureuse Année 2017 ! Je vous embrasse
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