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A en perdre la tête !

Publié le par modimodi

L'existence, ne serait-elle qu'un court passage sur terre, qu'un temps d'agitation dans un piètre espace temporel ? L'humain, au sentiment désabusé pourrait-il désespérément penser qu'elle est sans queue, ni tête ? Non ! La vie est heureusement fantaisie et poésie.

La preuve ? Le vers licencieux qui renonce à se faire la paire, se fait l'impair, quand ça ne rime à rien. Si la muse vient à perdre la tête, c'est la cata-strophes ! Mais pas la fin du monde… Adieu la prosodie, c'est de la prose, ô dis !

A force de faire des vers au mètre, le maître des vers, bouleversé et controversé n'est plus le maître des mètres. Le roi du sonnet est sonné ! Le vers-libriste a perdu pieds. Sa poésie bancale verse dans l'Enfer poétique, Cerbère, le tricéphale lui tient tête. Il a beau se donner un mal de chien, lui résister devient dantesque. Son style manque de mordant.

Aux jeux floraux, le poète enragé et épuisé est Niké, il ne crie plus Victoire, comme à Samothrace ! Il bat de l'aile avec zèle ! Et ses mots qui n'en font qu'à leur tête, font des pieds et des rimes, pour tracer les vers en cadence et leur donner puissance, force et ardeur. Le barde dans un élan lyrique, clame qu'il a le Fighting Spirit et le Spirit of Ecstasy et que le chant poétique peut à nouveau prendre son envol, à tire d'ailes.

Hélas ! Les vocables sont plombés, les huitains aux pieds échauffés, ont l'esprit de cor et font de l'ardeur incarnée. Poétiser, devient du sport avec élans ! Les pieds ailés sont fourchus et les poèmes sont sur le pied de guerre. Pour croiser le vers, ils se chaussent en Nike et riment en strike ! Au bowling des mots qui roulent comme sur la mousse, Calliope chamboule tout. Tout est inversé et renversant. Erato elle-même, ne tient plus sur ses quilles.

Sur leur socle, les Muses s'amusent en corps. Gravées dans le marbre, elles ont gagné leur immortalité et statufié les arts. Sur leur piédestal, elles commémorent l'espoir du talent impérissable et perpétuel. Leurs attributs évoluent afin de demeurer vivants. Le stylet devenu stylo est maintenant sur la touche, la tablette livre ses secrets et le succès promis agite toujours sa couronne de lauriers.

Oui ! Le poète peut, aujourd'hui encore, sculpter et buriner ses mots, tailler et couper avec rigueur les césures à l'hémistiche… Que sa poésie ait du relief mais pas du bas-relief ! Apollon en a déjà fait son futur lauréat, s'il ne gâte pas la sauce poétique ni ne plume l'oiseau-lyre.

Le poète, s'il n'est avisé est donc, au moins averti. Il sait combien le temps est assassin et décapite le talent. Les Vénus versatiles qui ont perdu des moments précieux à converser, en ont perdu la tête. Leurs bras en sont tombés. Alors pas question de tergiverser et de finir sur l'île de la déchéance comme à Milo ! Pas question de finir tête en bas, cœur de pierre crucifié pour des rimes inversées.

Inutile encore de verser et de versifier dans la facilité ou le faux bon goût ! Les apprentis troubadours, les cultureux de la nouvelle poésie, les esthètes de la versification ne sont que des bobos rimailleurs. Ils se sont adonnés au culte de Baubô et de sa bouche fécondante et offerte. Ils se sont aveuglés, sans savoir à quel sein tari, se vouer. Il leur a manqué le don ou le génie miraculeux de Déméter, son élan productif et sa puissance naturelle et créatrice.

Sans tambour ni trompettes de la renommée, les obscénités grasses des priapées et les quolibets douteux des macaronées, ont peu de chance de devenir des mots pour rire. Ils ne risquent pas d'éclater pour délivrer leur énergie prolifique et jaillissante. Ventre bleu, Vénus sur son mont garde, à plaisir, ses mystères comme à Eleusis !

Heureusement qu'il y a toujours, en secours, la déesse Hygie pour garder la tête sur les épaules. Elle préserve le vrai poète de tous ces avatars et le rassure, en s'affirmant comme une déesse. En femme de tête, pleine de vie et de santé, elle l'aide à remettre de l'ordre dans les rejets et enjambements. Il obtient grâce à elle, la Panacée universelle de la langue poétique. Ses acrostiches font des accroche-cœurs et lui rendent son amour propre pour qu'à nouveau, il puisse célébrer et chanter l'amour, à cœur et à ciel ouvert !

Par la grâce d'Hygie, le poète drogué et maudit, est piqué dans la veine poétique. Il retrouve alors, vigueur et vaillance, souffle et inspiration, cadence et métrique. La rime se fait câline et féminine. Les muses élégiaques déversent leurs grâces bucoliques et offrent au poète, leurs têtes, leurs bras, leurs iambes. Le Parnasse est en fête !

Les vers ne grignotent plus les cadavres exquis, couverts de gerbes de Fleurs Du Mal mais chantent, en rimes embrassées, la vie et l'amour… Au cœur de la nuit, sa muse lui murmure : "Poète, prends ton luth, et me donne un baiser !" Alfred de Musset. (La Nuit de Mai)

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J
Merci Pénélope, je suis réjoui que ce texte vous ait plu! Jouer avec les avatars de la poésie: vers bancals, muses farceuses, déesses éclopées... fut un vai plaisir!
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P
"Longtemps, longtemps longtemps après que les poètes ont disparus".....
Faites qu'ils ne disparaissent jamais.
Ce sont des esprits tourmentés, fragiles, excessifs mais tellement utiles pour que notre vie soit teintée de joie, de fantaisie, de sensibilité, d'imaginaire même si parfois leurs écrits sont remplis de vague à l'âme et de souffrance .
On lit avec gourmandise leurs quatrains, huitains, douzains, leurs vers pairs ou impairs, leurs alexandrins etc...
Ce texte me donne aussi envie d'évasion, j'irai volontiers me replonger dans l'histoire de la Grèce.
C'est peut-être pour cela que je roule en "Clio"
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