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Ami, échecs et maths 2/2

Publié le par modimodi

Tu t'en souviens sûrement et tu le sais, toi, mon ami de classe, je n'étais pas doué pour les calculs et les maths.

Alors que les racines me mettaient la tête au carré, pourquoi les zélés professeurs, s'échinaient-ils tous, à vouloir m'extraire à mon ignorance et prendre ainsi le mors aux dents et le problème à la racine ?

Carrés dans leurs conceptions, ils avaient décidé, malgré les échecs, d'organiser mon cerveau, case après case, colonne après colonne, rangée après rangée, en abscisses et en ordonnées.

Dans la confusion des méthodes et des enseignements, j'ai perdu ainsi, bien des fois, patience et logique. Pourtant, nul abattement ou défiance ! En élève consciencieux et déterminé, quand les logarithmes imposent leur puissance et les algorithmes leurs étapes systématiquement programmées, je me mets en règle et je m'y soumets ! Résultat : il m'est impossible, du reste, de me soustraire à la moindre opération et de filer sans demander mon reste. Je fus ainsi de plus en plus déraciné et de moins en moins capable de déduction. Je n'y ai pas souvent trouvé mon compte.

Obstinément, sur le damier scolaire et selon la loi mosaïque, en développant de tous côtés leurs attaques, mes braves enseignants cherchaient à m'éviter les échecs et moi, bien sûr, à éviter les maths. Ils m'assénèrent, avec la preuve par 9, qu'avec du temps, je pourrais gagner du terrain et espérer une promotion, à condition de trouver la parade à mon obstruction ordinale : le coup de Maître !

Croyant naïvement et follement à l'opération du sain d'esprit, ils imagèrent leurs leçons de paraboles, censées me mettre le cœur aux quantiques. Devant mon attitude hiératique de Sphinx, ils tentèrent même à la base d'élever mon raisonnement monolithique à la pointe des pyramides. Quelle plaie ! Que de luttes pour rester à la surface, sans me casser le nez ni perdre la face !

Des mises au point excentriques parfois, diamétralement opposées souvent, devaient parvenir à élargir mon rayon d'action. Ainsi, on m'expliqua entre quatre-z-yeux, d'une mine désappointée, la quadrature du cercle "vicieux". Mais je me mettais sûrement le compas dans l’œil, car rien ne tournait rond et tout allait toujours de mal en pis... et pi, c'est pas mon rayon !

Bloqué des sinus, je ne parvenais jamais à prendre ni l'aire, ni la tangente. Considéré comme obtus, j'étais sans cesse dans leur angle de vue. Pour entrer dans leur jeu, à géométrie variable, je m'étais mis en 5, 7 et sans y regarder à 2 fois, à soutenir l'échange pour y faire bonne figure. Je faisais les 3 huit, penché sur d'énigmatiques problématiques, le plus souvent restant en plan sur des énoncés et des graphiques, des schémas et des figures, toujours tronquées.

Pendant ce temps, mes doctes et dogmatiques professeurs mettaient en équations, mes probabilités de progrès elliptiques et, en coupes, la spirale de mes échecs innombrables. Au total, un conglomérat de variations, de résidus et de dérivées et moi, toujours plus naufragé, noyé, à la dérive !

Et encore et toujours des fractures de moral et des fractions, sans réduction, ni simplification, toujours au même dénominateur de l'erreur en embuscade. Pauvre de moi ! J'étais contraint au régime d'entraînement, à la barre fixe de mes échecs, terme à terme. Eux seuls entraient en ligne de comptes.

Pourtant d'année en année, de l’école primaire, au collège puis au lycée et malgré leur acharnement et mes résolutions de progrès, il n'y eut, tout compte fait, pas de résultats co-efficients, entre eux et moi ! A la table de Pythagore, je n'ai jamais eu d'appétit !

Ah quelles époques ! J'étais toujours entre le zéro et l'infini. Mais devant l'infini, t'es si mal, si mal, que coup après coup, j'aurais dû au moins, me voir pousser la bosse des maths ou acquérir de l'esprit comme 4 !

Mon cher ami, au bout du compte, sans t'énumérer les étapes de mon parcours, post et péri scolaire, je suis simplement devenu, (tu en seras surpris), prévisionniste, calculateur dans le montage d'opérations. Avec le temps, j'escomptais sans doute guérir le mal par le mal mais hélas, la vie à mon instar, ne fait guère mieux que des comptes à rebours.

Bien mince est son résultat, puisqu’aujourd’hui encore, la politique du chiffre et les statistiques n'ont toujours pas ma préférence. J'ai mis sur le compte de la fatalité ces réticences automatiques. J'hésite même sur l'emploi de l'expression quand je t'affirme que tu fais partie du nombre de mes amis.

C'est dommageable mais ce l'était davantage, à l'époque de mes humanités gréco-latines ! En effet, malgré d'innombrables efforts, je restais sans prise, à découvert, sur le flanc, battant de l'aile. Oui dame ! Et à mon grand dam, le plus souvent damé sur le damier !

J'étais à la fois, un petit pion, coiffé du bonnet d'âne et une bête de sommes, envahie par les idées noires du tableau, qui marquaient à la craie d'interminables nuits blanches. Assommé de calculs cauchemardesques, je ne parvenais plus le jour, à me soustraire à l'attrait du somme, où les yeux grand ouverts, je faisais semblant de compter les moutons.

Je m'enfermais alors, sans retenue, dans ma tour d'ivoire, avec ma petite tête aux cases blanches et noires. Là, mes rêves souvent cavaliers empruntaient des chemins de traverse, diagonales d'un fou du roi qui mourait hélas, toujours dans l'arène scolaire.

Au réveil, j'avais tout sacrifié, déroqué de mon trône, j'étais le roi mort, dépouillé de toute illusion. Aux termes d'une partie nulle, sans faire ni une, ni deux, je me trouvais tout pat, couché, sans chiqué sur l'échiquier... Échecs et maths ! Échec et mat !

Compte sur moi ami, pour te garder mon estime et mon amitié !

 

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P
Vouloir organiser les cases, les colonnes, les rangées d'un tel cerveau était un défi titanesque pour des professeurs!
Heureusement, ils n'y sont pas parvenu.
Les neurones ont gardé leur originalité et leur propre organisation et c'est une belle réussite qui nous permet chaque jour de nous délecter d'une page de lecture amusante, humoristique, poétique, philosophique...
Merci pour tout ce travail.
Répondre
J
Voilà, pourquoi aujourd'hui, je me dépense sans compter!
Merci de ces généreux compliments!