Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Une histoire de sardines !

Publié le par modimodi

Il y a peut-être tromperie sur l'expression consacrée : "sans queue ni tête." Un mot, une action, une période, une histoire ont toujours un début et une fin. Sinon la compréhension est perdue.

Un sujet doit au minimum être introduit et avoir un développement cohérent. La conclusion peut à la rigueur, être laissée à l'imagination ou être différée dans le temps... mais elle aura lieu, logiquement lieu. Les effets poétiques, les textes surréalistes, ont toujours des clés mystérieuses qui ouvrent les serrures du cœur et de l'esprit. Sinon, c'est la quadrature du cercle vicieux comme pour le symbole antique du serpent qui se mord la queue ! Moi, j'ai acquis une certitude terrestre, je ne suis pas transcendantal !

Ainsi en va-t-il, du cercle vertueux, de notre vie, comprise dans l'intervalle de la première seconde du premier jour et l'ultime instant de notre fin certaine. Le principe de finitude de l'existence nous rend prudents et nous incite souvent à appliquer le principe de précaution. Car, entre la vie et la mort, entre le début et la fin, la date du terme nous reste, heureusement incertaine, c'est à nous de gérer l'intervalle.

A moins d'être dans le secret des dieux ou d'avoir découvert le secret de l'immortalité comme de l'éternelle jeunesse, nous devons accepter la fatalité d'une fin programmée. Et nous vivons et survivons, dans l'espérance eschatologique de l'expression consacrée : "tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir !"

Sans doute, en serez-vous surpris, mais il en va également ainsi, du sort des sardines... De mémoire de marin-pêcheur, elles ignorent qu'elles finiront, un jour, dans une boîte, comme des harengs en caque. Quel emballant destin que de finir entassées et allongées, tête bêche, l'une à côté de l'autre, dans une mer d'huile d'olive, heureusement vierge extra ! D'ailleurs le plus souvent, finissent-elles sans queue ni tête !

Quelle triste fin pour une odyssée marine, que d'achever son existence au four ou sur une grille de barbecue ! Quelle tragique et plate destinée, alors qu'on pouvait en bande couler des jours heureux, agiles comme des poissons dans l'eau ! Tandis que les sars à deux bandes font la sarabande, les aloses ont la loose et pas la pèche, pour cause de surpêche ! Grise fatalité, aux reflets argentés, pour une belle de Douarnenez ! Quelle poisse pour un petit poisson bleu de la grande bleue, que d'être pris dans un sale coup de filet et de finir, bêtement, en filets marinés.

Même au soleil du Portugal ou de l'Espagne, quelle aigre heure que celle de l'escabèche ! Les pauvres pilchards qui ne savent pas filer à l'anglaise n'ont guère plus de chance, même à la sauce tomatée ! Saur quasi identique pour le pauvre hareng ! Reconnaissez qu'Il y aurait de quoi en faire des tonnes ! Ah peuchère ! On peut aisément comprendre la révolte et la vengeance de la sardine, qui a réussi, ô Bonne Mère, à bloquer le port de Marseille !

Pour un poisson d'avril, être sans queue ni tête, peut paraître logique ! C'est sans doute un peu plus gênant s'il s'agit d'une sirène, plate comme une limande et d'autant plus consternant si la relation avec elle, se termine en queue de poisson. C'est même affligeant pour le maquereau qui a fait ses yeux de merlan frit à une morue confondue avec un thon !

Que dire de la malédiction pour une perche réduite à sa plus simple expression, pour un exocet et une torpille subitement devenus inoffensifs et pour un brochet sans coup de gueule, donc muet comme une carpe ?

Vous-même, amis lecteurs, si vous vous retrouvez, un jour, serré comme une sardine, à côté d'une autre sardine, aux reflets moirés et chatoyants mais aux yeux glauques, c'est que vous êtes à votre tour, en boîte, mais en boîte de nuit, sous les sunlights ! Dans cette nuit blanche au cœur de la nuit noire, vous pourrez constater qu'il n'y a pas que les chats qui sont gris, les sardines aussi ont grise mine !

N'étant pas né en Sardaigne, moi, je saute devant vous, comme une sardine sur la Canebière et je sors comme un diable de ma boîte à malices. Si je ne veux pas noyer le poisson, je me dois de vous vider le filet garni et empli de mes sens abusés par les bizarres homonymies homophones et homographes que j'ai réservées au banc de toutes mes sardines !

J'en ai des stocks ! Voyez comme elles sont belles, ainsi nickelées, ces petites broches métalliques, ces jolies sardines qui ne demandent rien et surtout pas, à finir comme des mauvais élèves, au piquet !

Regardez ! Les voilà directement passées de la mer à la terre ferme, les voici, expédiées en vacances d'été, pour fixer au sol, les tentes de camping, mal alignées et serrées, sur ce terrain bondé. Ne sont-elles pas belles ainsi disposées comme ces sardines en boites qu'on n'a pas oublié de prévoir et d'emporter pour le pique-nique.

Oh ! Sans aucun doute, préférerez-vous le destin glorieux des barrettes, encore appelées sardines, brodées ou cousues d'or et arborées fièrement, sur la manche et les épaulettes des caporaux et des sous-officiers ! Quand ceux-ci sont de marine, nos sardines ont tout le temps de mariner, dans d'agréables croisières, sans craindre pour leur grade !

Ah ! Mes amis, quelle sardinade ! Ces improbables coïncidences sur la bonne ou la mauvaise fortune des sardines risquent de m'entraîner à me planter avant que vous ne décampiez !

Étant marteau, j'aurais voulu avoir l'allure impressionnante d'un requin mais je suis gaulé comme un sprat. Je vais finir au sel, écaillé dans un baril et débarqué sur le quai de votre indifférence. Votre attitude serait légitimement bien compréhensible devant ce récit décousu et encore une fois, sans queue ni tête, du début jusqu'à la fin. Vous avez malheureusement perdu patience à chercher anguille sous roche.

Alors, je crains d'avoir droit, à mon tour, à une fin peu enviable ! Je vais finir en conserve, victime des réserves de votre jugement. Faute d'avoir su vous abreuver et étancher votre soif de curiosité, faute d'avoir su vous faire sourire, je redoute l'évidente sanction d'une ultime et belle mise en boîte.

Je redoute ces quolibets mérités et proférés, en mon encontre, comme lorsqu'on dit d'une personne, qui a perdu la tête, qu'elle n'est pas finie ! Pourtant, je me sens frais comme un gardon !

 

Commenter cet article

C
Pas de mise en boîte ! J'ai bien aimé vos sardines sources d'oméga 3 qui sont si bénéfiques à notre bien-être et à notre équilibre. Néanmoins, c'est un triste sort de finir en boîte! J'ai bien aimé votre texte dans toute sa dimension. Après avoir compté les moutons, nous pêchons les sardines et autres poissons.
Répondre
J
Toujours surprendre ma lectrice, variez genres et thèmes, tel est mon but! Merci de tant d'indulgence!
P
En ayant toujours aujourd'hui la tête bien sur les épaules, je vais regarder les sardines d'un autre œil!
Pauvres petites bêtes. Mais cela dit, je ne vais pas devenir végétarienne pour autant.
Quant à perdre la tête, si un jour cela m'arrive, j'espère que ce sera pour un bel et charmant hidalgo.
(Il faudrait que ça ne tarde pas trop! Sinon il risque de devoir pousser un fauteuil roulant!)
Répondre
J
Ne vous entassez pas dans une boîte à vieux!
Perdez la tête par amour! Aimez et vivez!
M
Sacrée bouillabaisse ! Mais où allez vous pêcher tout ça ?
Répondre
J
Je pêche de toutes les façons! Avec ou sans filet! Merci Murielle!