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Lettre d'un philosophe à sa libre amie : Liberté, chérie ! 4

Publié le par Modimodi

Entends-tu chérie, je ne renoncerai jamais à ma liberté chérie !

Tu y es heureusement, toi aussi, attachée. Pour mieux l'exercer, nous aplanissons les obstacles du quotidien, autant par notre volonté en actes que par les preuves de notre amour.

Pour y goûter, nous sommes attentifs à débloquer nos malentendus comme à dénouer nos dissensions. Je suis ton Houdini, tu es ma Pénélope !

En nous, l'esprit de liberté passe par la libération de nos entraves forgées dans nos hésitations, nos mesquineries, nos égoïsmes provoquant le désordre dans nos sentiments. La lutte est permanente et l'exigence est de chaque instant pour que nos cœurs aimants puissent se soulager des poids inutiles des doutes et des rancœurs.

Oh oui ! Nous sommes nos propres prisonniers ma belle geôlière ! Il n'y a guère que pour nos corps à corps que nous n'hésitons pas à nous jeter l'un contre l'autre et à nous écrouer sans chercher à nous libérer. Nous en perdons la tête au grand bonheur des oubliettes !

Au quotidien, nous fréquentons l'école supérieure de la discipline et les cours du soir du plaisir. Nous pratiquons assidument même s'il faut bien avouer les dissipations de quelques jours buissonniers, mais bizarrement, jamais en soirées !

Mon doux bonheur inespéré, pour garantir notre tranquillité, nous évitons aussi les lâches renoncements. Dans la discussion, il est aisé et parfois tentant de laisser l'autre l’emporter pour ne pas avoir à exprimer son avis ou à discuter ses arguments. Entre nous : pas de "bien faire" à sa guise et de "laisser dire" à loisir, sa chère moitié qui vous parle mais dans le vide. Car la résignation est un refus de liberté. Quelle belle arnaque de ceux qui vous disent que "le silence est d'or" !

La liberté kantienne que nous vivons, est guidée par notre raison qui fait la part distinctive entre nos intentions et nos actes. Ainsi nous garantit-elle la joie d'être et d'agir ensemble dans les joyeux mouvements de la vie. Le régal, c'est de faire durer le plaisir.

Dans toutes ses nuances philosophiques, la liberté que nous avons unifiée en nous, est notre mobile. Ô toi, ma fille de l'air, ma sylphide, mon oiseau bleu, ma colombe de la paix, la préserver et la garantir est de notre responsabilité. Oui ! Nous voulons conserver, dans la durée, la qualité de notre bel amour !

Nous ne vivons pas en vase clos, tu t'y dessècherais ma tendre fleur de délices. Rien n'est figé en nous ou autour de nous. Nous sommes ouverts l'un à l'autre et au monde. Nous employons notre temps libre aux plaisirs de l'étude comme à des loisirs sains et authentiques, sans oublier les subtiles jouissances de la passion et l'extase de nos offrandes.

Nous avons su désencombrer nos vies des importuns et dégager du temps de respiration et de jachère, pour réfléchir, approfondir et explorer la nature et les arts. C'est libres d'aimer que nous prenons le temps d'aimer et l'heureux temps de nous aimer. Nous échappons à l'usure des sentiments et à l'inconstance des instants trop vite enfuis, en sortant de notre petit nuage rose pour nous jeter dans la lumière.

L'étonnement est la première qualité du philosophe. Le savoir et la connaissance participent du principe émancipateur de la liberté. Celle-ci n'est pas vacuité ni vide de l'esprit. Nous sommes toujours disponibles, l'un pour l'autre mais également pour la nouveauté et l'apprentissage. Nous vivons en suspension entre sursauts et surprises.

Nous veillons à demeurer accessibles l'un à l'autre, parce que nous avons compris que la liberté est un enjeu de chaque jour. Nous avons la chance d'avoir, toi et moi, un bon capital santé. Nous y prenons garde, en vivant sainement, car comme l'a dit Leriche, la liberté, c'est "la vie dans le silence des organes". La maladie asservit l'homme et le limite dans son activité.

Nous vivons libres, parce que nous ne vivons pas dans une révolte permanente. Nous n'avons pas choisi nos parents, notre capital génétique, nos dons et nos capacités. Mais nous savons que même, en nombre limité, nous avons en nous, des virtualités, un potentiel que nous devons révéler...

Et une vie, c'est bien court ! Alors nous vivons pleinement ce cadeau providentiel. Mais nous n'avons pas non plus le choix, notre destin est déjà tracé. Un jour de pénombre, nous mourrons. Nos cœurs lourds ou légers, nos esprits lumineux et nos âmes confiantes, migreront vers l'Orient éternel pour un séjour espéré de claire lumière.

Pour être libres, nous savons qu'il nous faut accepter l'inéluctable sort, ces impondérables de la vie, constitutifs de notre existence. Ainsi, l'homme libre commence par accepter sa propre histoire avant d'approuver l'histoire du monde, les événements et les faits. Bien sûr que c'est difficile à vivre !

La liberté a toujours un poids d'origine, léger d'insouciance comme une plume d'oisillon puis lentement alourdi d'espoirs, de concessions, de renoncements, ces petites tares de la conscience. C'est à partir de cette introspection que se dégage l'inévitable constat. Alors, notre raison et notre volonté d'adultes nous permettent d'agir sur notre vie.

Chaque fois que nous restons englués dans notre passé, prisonniers de nos peurs, de nos contraintes et de nos regrets, nous ne sommes pas libres et nous ne pouvons pas le devenir. Nous nous libérons de ce poids par les joies, les plaisirs et les rêves. Nous composons avec nos désirs sans les transformer en impérieux besoins.

Ma tendre amie, nous avons pris place peu à peu dans le monde où nous agissons. Nous avons tenu à donner sens à la philosophie de l'action. On nous a enseignés que c'est à partir de ses engagements que l'homme devient et vit en être libre. Encore convient-il qu'il parvienne à se réaliser, à travers les faits de l'actualité et de son époque.

Il est actif, il éclaire son propre destin, en s'adaptant à l'évolution de son environnement, dans lequel il prend part, et ce, même modestement mais pourvu qu'il y affirme sa pleine responsabilité. Nous construisons ainsi les conditions de fonctionnement de notre union et le bonheur de notre libre amour.

Amour constant, merveilleux don du ciel, ainsi réalisons-nous, au mieux l'idéal dans le réel. Notre liberté est comme un papillon, elle est toujours agitée et fugace, de passage et virevoltante, insaisissable et éphémère comme nos multiples faits et gestes, dans la précarité de l'instant et la fuite incessante du temps. Elle doit se réinventer et se reconquérir en permanence comme toi et moi. Nous le prouvons en nous employant à l'émancipation de notre amour, comme l'univers, toujours en expansion.

Chérie, la liberté, notre chère liberté est dans le pouvoir d'agir et dans le pouvoir de penser. En effet, agir, être utile, travailler, produire et partager sont les conditions sociales de l'exercice de la liberté de l'homme. Celui qui a faim ou soif comme le miséreux ne peut avoir la sensation d'être libre. Notre confort quotidien facilite nos efforts.

De même, les velléitaires qui ne font que vouloir vouloir, sont des chimériques, comme le disait ce cher Voltaire dans "Le philosophe ignorant". Mais ce ne sont pas non plus des êtres libres, au sens plénier du terme ! En effet, ils ne peuvent pas se déterminer par eux-mêmes, donc être autonomes.

Mais, si notre liberté fait de nous des sujets de pensée et d'action, des êtres responsables, ce sont aussi, si nous n'y prenions garde, nos besoins, nos désirs et nos passions qui nous transformeraient, en objets sociaux et en esclaves. Ils nous entraîneraient irrémédiablement en abandon de liberté.

Nous résistons tant bien que mal aux tentations dérisoires ou frivoles. Nous aimons donner du sens et de la sensualité à cette pensée biblique : "L'esprit est vif mais la chair est faible". Nous aimons trop nos défaillances !

Nous prenons garde et prêtons attention à la vie girouette, aux séductions faciles, aux plaisirs immédiats des cœurs à découvert. Notre amour ne doit suivre que la rose mais pas celle des quatre vents. Autant qu'en emporte le vent, l'amour nous emporte dans la liberté des zéphyrs et des alizées. C'est là, dans la volupté des envols et de nos charnels abandons, que notre amour s'effeuille.

S'il faut laisser s'exprimer spontanément nos tendances et nos préférences, nous n'oublions pas, toi et moi, les enseignements de Platon : "Nous n'avons pas conscience d'être libres, quand nous succombons aux passions". Bien sûr, ma petite coquine, quand nous nous lâchons un peu, nous offrons avec de grands plaisirs, des moments de relâche à notre liberté ! Oh oui ! Comme c'est bon d'être au spectacle de l'amour libre et polisson et mieux encore d'y être deux acteurs inspirés et expressifs !

Toutefois, comme le dirait "le Père la morale" : "Attention à toi, à nous, mon Ève, ma tentatrice, ma pomme de Paradis éternel !" En effet, dans la course à l'abîme, celle du paraître et de la consommation effrénée, nous courons grand risque de nous assujettir à la futilité et de nous asservir à la tyrannie de la satisfaction immédiate. Trop de nos contemporains vivent ainsi ouvertement, sans choisir, enchaînés à leurs pulsions et à leurs envies.

Heureusement, nous savons toi et moi, nous conformer, sans être de parfaits conformistes. Nous tentons au maximum de nous "déformater". Car si nous sommes libres de penser, nous avons acquis la certitude qu'il est difficile de garder des pensées libres et originales, personnelles, singulières et dégagées des influences de l'air du temps.

Pour aimer et pour penser vraiment, il faut assurément, rester des oiseaux d'envergure. Nous sommes deux albatros, empêtrés et maladroits sur le plancher de l'existence mais toujours volontaires pour nous envoler et libres d'élans pour nous élever dans les tourbillons de la vie et de l'amour !

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