Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Lettre d'excuses au percepteur

Publié le par modimodi

L'existence se déroule en affirmation de soi, en actes, en avis et parfois en excuses.

Il y a toujours une bonne raison pour exprimer sa personnalité sous la forme péremptoire, du : "moi, je dis, je pense, vous assure et certifie que..." ou mille autres occasions d'exprimer un regret ou une maladresse, par un banal et vite expédié : "je m'excuse !"

La forme est plus ou moins habile et sincère. Ainsi, pouvez-vous, comme moi, exprimer à votre cher, toujours trop cher percepteur, les raisons de votre retard de déclaration d'impôt :

Monsieur, je vous adresse ma déclaration avec près d'un mois de délai. Je me suis trompé de date. J'estimais être dans les temps et même, j'avais escompté me trouver en avance !

En effet, vous constaterez que je vous l'envoie le 15 juin, pour, dans ma tête, répondre à l'échéance du 20. A l'aise donc, m'étais-je exclamé ! Ô comble de malchance, je m'étais trompé de mois ! Pourtant, j'enrage car je m'impose à la base et en toutes occasions, toujours quelques jours de latitude !...

Comme je suis ignorant du traitement que vous allez me réserver, je n'en mène pas large ! Oh Monsieur ! Vous verriez mon sale air, vous n'en reviendriez pas comme je n'en suis, moi-même pas revenu ! Depuis, pour une fourchette de quelques jours, je ne suis plus dans mon assiette ! J'ai le moral qui boit la tasse ! Je me taxe même d'attardé !

En pareille circonstance, ne pourriez-vous dire, mieux vaut tard que jamais et avoir une bonne raison de m'accorder généreusement un sursis ? Après tant d'années d'exactitude et souvent d'anticipation durant lesquelles, je devançai les appels de paiements des tiers provisionnels, n'ai-je pas en acomptes, gagné votre patiente compréhension ?

En retour, ne serai-je pas payé de gratitude plutôt que de devoir payer les frais, d'un si léger oubli. Ne m'expédiez pas, sur le champ en m'adressant une lettre de majoration !

Rendez-vous compte, Monsieur ! J'ai toujours tout déclaré sans rien omettre. J'ai payé rubis sur l'ongle. Je n'ai jamais contesté les montants, jamais demandé des comptes ni réclamé la moindre faveur ! Aujourd'hui, est-ce juste que mon compte soit bon pour un mauvais compte à rebours ! Sur qui puis-je compter, à présent ?

Dites, Monsieur le percepteur, si les bons comptes font les bons amis, ne pourriez-vous être un ami qui me veut du bien ? Ne pourriez-vous pas tenir compte de cette exemplarité et la faire rentrer en ligne de compte ? Enfin, si erreur n'est pas compte, ne puis-je être rassuré à bon compte ?

Je pensais être infaillible et irréprochable ! Mais vous en conviendrez, comme c'est la première fois, qu'une telle mésaventure se produit en 22 ans de contributions, j'espère bien recueillir votre indulgence plénière ! Vous pourriez m'accorder cette facilité en un souverain délai de grâce !

J'ai toujours été un bon petit soldat, discipliné, dès qu'on criait : "à vos rangs, fisc !" J'ai toujours répondu présent et largement payé de ma personne sur le front de la fiscalité ! Je me suis dépensé sans compter pour m'acquitter de ma dette, ne puis-je être payé en retour ?

Je suis un bon citoyen qui aime son pays. Cette déclaration peut donc être considérée comme une déclaration d'amour. Et vous reconnaîtrez aisément qu'en amour, il n'y a pas de taxation, car il n'y a pas de date limite, pour déclarer sa flamme. Seule la vieillesse est un décale-âge qui peut provoquer des retards à l'allumage !

Bien sûr, Monsieur, si vous estimez que l'amour commence en faisant des avances, alors me trouverez-vous anachronique et retardé, ayant perdu un temps précieux !... Mais fol espoir ! Je garde peut-être une chance dilatoire si un jour, malheureusement, vous-même, vous vous êtes vu repousser vos avances !

En homme de cœur, serez-vous sensible à la similitude de nos situations ? Je ne cherche nullement à vous faire rappeler la date de ce maudit jour, où, malgré vos meilleures intentions,  vous échouâtes lamentablement dans votre noble initiative.

Vous en conviendrez, certes amèrement ! Quel dépit ! Quelle immense déception de voir ruinés, d'un coup, tous ses honnêtes et intimes espoirs ! Quelle injustice que votre misérable sort, alors que, ce jour-là, en public, vous vous déclariez officiellement, en jurant à l'élue de votre cœur, qu'elle était votre trésor !

Monsieur, je vous assure, notre déconvenue est la même ! L'innocence la plus sincère n'est pas récompensée ! 

Cette sommation sans frais du mauvais destin, servira-t-elle d'exemple pour espérer bénéficier de votre aimable compréhension ? Avant les prochains prélèvements à la source, éviterai-je cette ultime source d'ennuis ?

Bien sûr, déjà pressuré en vain et écrasé, je sais que je ne fais pas le poids, devant l’État, qui ne prône pas le régime d'allègements ! Puisque vous en avez seul le pouvoir, ne m'imposez pas, je vous prie, la rigueur extrême du calendrier. Évitez-moi la double peine, les impôts et l'imposition du terme.

Sans jouer sur les mots, je sais bien que je n'ai pas le choix dans la date et, que j'avance ou que je recule, ce n'est pas un bon calcul, dans tous les cas, avec vous, je l'ai profondément, dans...l'os !

Mais quelle déchéance pour une simple échéance ! Voyez, je fais sincèrement amende honorable alors, n'ayez pas la dent dure contre moi et ne me mettez pas à l'amende ! Je broie déjà du noir, je mâche ma déception, je suis rongé par les regrets, ne me laissez pas sur les dents ! Ne me plombez pas, ce serait vraiment payer trop cher !

Monsieur le percepteur, ne me condamnez-pas comme un Saint-Just de la Haute Cour des Finances. Après toutes ces régularités d'acquittement de bon et loyal contribuable, j'ai mérité enfin, d'être acquitté. Cela fait tant d'années que je crache au bassinet, qu'il est inutile de me faire rendre gorge.

Vous savez comment l’État fait tomber le couperet, toujours plus affûté de la guillotine et combien il me saigne, prélèvements par prélèvements. Ce serait pour le coup, en plus, avoir la cruauté de vous payer ma tête ! Jusque-là, à tous les coûts, j'ai tenu le cou, ne me débitez pas en tranches ! J'ai droit comme tout citoyen aux réductions, mais pitié, pas à celle-là !

Je compte donc, Monsieur, sur votre cœur, sensible à mes excuses. J'espère avoir crédit auprès de vous et obtenir, sans délai, votre pardon. Je demande simplement à bénéficier de votre mansuétude, patente ! Alors là, je vous promets que je vous en serai toujours redevable, exactement en temps et en heure !

 

Commenter cet article

P
Mieux vaut toujours être poli avec son percepteur, même si c'est un ami.
Lui faire une déclaration d'amour.
C'est de l'amour vache!
Au bout du compte, il faudra quand même payer.
Si le percepteur est une "belle perceptrice", le retardataire pourra toujours essayer de payer de sa personne!
Ce qui n'empêchera pas le fisc d'envoyer sa facture en temps et en heure.
Répondre
J
L'amour finira par s'imposer! Tout est histoire de déclaration! Merci Pénélope!