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Du coq à l'âne ! Lettre d'un écrivain aux critiques et aux censeurs.

Publié le par archibald_06

Jean de La fontaine, n'a pas écrit de fable sur le coq et l'âne. Sans doute avait-il l'esprit un peu plus flamboyant et la crête plus conquérante que votre homme de plumes ! Je peux donc, Messieurs, sans craindre aucune rivalité, user et muser, à ma guise, dans la basse cour ou les champs d'honneurs.

J'ai l'esprit empâté et je vis déjà comme un coq en pâte, mais pas assez toutefois en allure triomphante de Chantecler ! Mes cocoricos n'éveillent pas la curiosité du Landerneau littéraire ni n'empourprent mes écrits, du sang de la colère et de la révolte de mon inspiration cocardière.

Petits critiques ergoteurs, je peux donc à ma guise voler, dans vos plumes en bataille de pamphlétaires. Cessez de me reprocher d'être un rustique littéraire, un terrien terre à terre et de passer du coq à l'âne. Oh ! Mais non ! Je ne vais pas faire ma poule mouillée pour quelques gratte-papiers, à la plume ébouriffée et acérée.

Je ne suis pas en cour, qu'importe ! Je le sais ! Pour que je puisse passer dans la cour des grands de la littérature, il me faudrait atteindre la Cour des Miracles ou écrire avec une plume de paon.... Mes infirmités sont innées et tenaces, elles demeurent, car elles ne sont pas feintes. Je ne suis pas Victor Hugo, simplement le Quasimodo, à l'écriture ronde bosse, et encore moins Bertold Brecht, mes œuvres ne sont qu'Opéra de Quat' sous !

Dans la cour de ferme, je chante le réveil de l'inspiration et je décrête fièrement, du haut de mon perchoir. Je coquerique mes bêtises pour le bétail ou la volaille qui caquette ! Ah Dieu ! "Veaux, vaches, cochons, couvées".

L'étable fait la loi ! Vive le style en poulets, qui fait glousser les dindes ! Vive la grosse farce pour dindons, les choux gras pour pintades, le gavage pour les oies et la soupe bourrative pour que les critiques puissent cracher dedans !...  C'est l'amer constat ! Pas un cancan, dans le canard du bec en coin, pourtant parfumé aux navets campagnards ! Bon hi-han, mal an, il n'y a que l'âne pour me saluer de son bonnet, heureux de me voir passer du coq à l'âne.

Je me sens stupide et balourd : Aliboron et Buridan, gentil Cadichon mais jamais, héros d'or d'Apulée ! Mes écrits vains d'écrivain décrié, font de moi, une bête de traits et de ratures. Je tourne en bourrique, gueule et brait mon infortune. Plus rien ne me retient de ruminer, ruer et piaffer, d'impatience contre tous les polémistes qui glosent et dénigrent, sans un pet de créativité !

Un jour, si j'ai l'occasion, je leur ferai moi aussi tâter de mon sabot, ils verront la force de mon coup de patte. La Fontaine a déjà rendu célèbre, mon coup de pied de l'âne et j'ai toujours en plus, du mordant en réserve. Ils peuvent sonner la charge, ma valeur n'attend pas le nombre des ânées !

Aujourd'hui, tous mes gribouillis sont offerts en pâture. Au lieu de me lancer des fleurs, je ne m'étonne pas qu'on dise que mon talent broute le ras des pâquerettes. Je reste abattu sur la litière du dépit... La curée et l'écurie, quelle vacherie !

Moi, qu'on dit bête à manger du foin à la fourche, je panse donc, j'essuie les revers, à tout crin, de tous les bêtes et méchants, qui m’étrillent, faute de savoir me passer la brosse à reluire. Ça fait un bail que ma prose ne trouve plus preneur et fait bâiller. Personne ne veut me louer, les lauriers sont coupés et déjà mis en couronne pour mon oraison funèbre !

La barbe, si je biche encore ! L'insuccès me fait tourner chèvre mais l'optimisme béat l'emporte malgré moi. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, j'espère que la réussite viendra un jour me tirer par la barbichette. Je suis toujours prêt à me perdre en cabrioles, dans la montagne des illusions orgueilleuses.

Pas de jugements dithyrambiques, tant pis ! Je me console des avis dépréciateurs, en pensant que de leur vivant, tous les génies ont été incompris ! Je me réserve le luxe d'un dernier coup de corne d'abondance de ma déveine littéraire. Les dieux de la poésie sont des satyres et des faunes aux pieds de chèvre, ils m'ont pris pour leur bouc émissaire. Je suis Capra Ibex ! Bouquetin premier ! Tant pis ou tant mieux ! C'est sûrement kif-kif bourricot !

 

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