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Maudits mots dits 2/2

Publié le par modimodi

Je te l'ai au moins cent fois dit,

Abstiens-toi de m'aimer, ma mie

Tu n'aimerais que les mots dits !

D'un poète mal dégourdi.

A l’inspiration affadie.

 

Mes poésies ont perdu pieds.

Tous mes mots sont des estropiés.

Casus belli à la grammaire,

Expressions pauvres et grossières,

Je passe mes saisons en enfer.

 

Banni Rimbaud, maudit Corbière !

Mais gloire et lauriers littéraires

Car dans leurs amours ou misères,

Tout n'est que voca-bulle-air,

Tout est bulle et tout éthère.

 

Pour moi, l'Olympe n'est pas si clair,

Ma langue fourche, mes mots errent,

Parés de faux airs de faussaires.

Pairs ou impairs que j'invente, errent

Dans des chants d'amour légendaires !

 

De souffle épique, moi, je me pique

Mais je manque de veine poétique.

Mes rimes sont au point critique,

Vers hermétiques, psychédéliques,

Sans la rythmique académique !

 

Quand on rit de moi et qu'on glousse,

Quand tout rebrousse et tout s'émousse,

Toi, tu m'aimes, en vers, contre tous.

Césures et pauses se trémoussent,

L'harmonie se la coule douce !

 

Mais j'suis oublieux et perds vers.

Et tu m'dis : "Au diable, vos vers !

Peu me chaut tous vos hellénismes !"

Priserais-tu donc, mes barbarismes

Ou de Mallarmé l'hermétisme ?

 

Quand la mer m'invite à rêver,

L'émotion vient les recouvrer.

Vagues d’écume, larmes salées :

Ma poésie en est piquée.

Muse et beauté sont corrodées.

 

Mes rimes ont perdu leur âme,

Emmêlées dans des calligrammes.

Pourquoi donc t'imposer ce drame ?

Voudrais-tu souffrir de mes mots,

Ma Vénus de méli-mélos ?

 

Oublie l'affreux modimodi

Qui signe cette monodie !

Sa mélodie est maladie

Et de l'amour, la parodie

Du rimailleur qui psalmodie.

 

Alors, ne me rends pas mes chants

D'Orphée, aux enfers, gémissant.

Cesse donc ton procès verbal

Je ne veux pas de récital,

Je fais dans le subliminal.

 

Garde-toi des airs malicieux !

Malgré leurs hymnes délicieux,

Les poètes ne choient pas des cieux,

Les poètes ne sont pas des dieux,

Les poètes ont le cœur odieux.

 

Sitôt, tu tomberais des nues.

Tu resterais par trop déçue,

De chérir un poète déchu !

Il n'y a jamais de bonne heure

Pour échapper à ses malheurs.

 

Las ! Mes mots ont mésaventure

Ils se taillent au fur à mesure.

Les césures sont comme blessures.

Ma poésie n'est que morsure,

Seul, le poète est sa mort sûre.

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J
Merci Pénélope! Belle référence d'un bon chanteur! Un honneur que vous me faites!
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P
Déjà le premier texte des "maudits mots dits" m'avait fait penser à une chanson de Serge Lama qui parle des poètes.
En voici le début :

"Les poètes vois-tu, il ne faut pas les vivre
Il faut les rencontrer le soir au coin d'un livre"...

Que serait la langue française sans la poésie ?
On les aime nos poètes en vers et contre tous.
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