Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Virtuel 1/3

Publié le par modimodi

Mon amour, ma douce amie, le monde est-il réel ou virtuel ? Est-ce que cette vraie question existentielle, existe en ciel ? Elle est pourtant posée partout, sur les réseaux sociaux. Elle nous interroge, au cœur de l'image, au cœur des écrits, dans tous nos échanges, en creux dans nos émotions, au piège de notre compréhension. Notre sensation, nos ressentis, notre sensibilité ne sont-ils pas autant de mots déjà proches et trompeurs ? Nos interprétations visuelles ou langagières sont-elles, en réalité, ce que nous en vivons et expérimentons ?

Bien évidemment, les mots sont pour tous ceux qui baignent dans la même langue maternelle parlée, des conventions admises, vérifiables au dictionnaire. Ils désignent des réalités dont ils ont des références partagées, des connivences communes, des points de vue ou de signification de mêmes repères ! Il n'en est déjà pas de même, pour des photos ou des tableaux, ressentis différemment selon le bagage culturel ou expérientiel de chacun, selon son humeur et sa disposition d'esprit.

Par ailleurs , je te confie qu'il est difficile d'être adapté à son époque. Moi, je me considère plutôt comme un écrivain classique dont la plume gratte le papier. Quand j'ai voulu être moderne, le constat fut amer !...

En effet, la question me taraude. Peut-on être un écrivain sur blog ? Oui ! Sans doute aucun me disent de jeunes talents du clavier ! S'ils disent vrai, je me dois de reconnaître que je suis sûrement un vain écrivain ! 

Comme beaucoup de plumitifs primitifs, j'envoie mes manuscrits aux éditeurs mais ils dédaignent mes écrits qui ne sont pas dans leur ligne éditoriale. Alors, comme je ne désire pas rester autiste et n'écrire que pour moi-même, j'ai fait paraître mes textes sur les réseaux sociaux, espérant fidéliser quelques lecteurs !

Je compose tous mes récits dans le respect des nuances. Ainsi, quand sur mon blog, je parle d'amour, il faut décoder la situation, l'ambiance et les protagonistes pour en comprendre la juste signification… S'agit-il de l'amour sacré de la patrie, de l'amour filial, des amours tarifés, d'un amour de chiot ou de chaton, de l'amour de soi, de l'amour de Dieu ou du prochain, voire de la prochaine ! Parle-t-on de l'amour chaste et platonique, de l'amour passion si ardent, de l'amour spirituel, chevaleresque, charnel, passager, durable ou éternel, etc. ?

Mais le sens qu'on croit percevoir est peut-être illusoire, à tout le moins incertain. Toi même mon cher amour, quand je te dis : "je t'aime !", moi même, quand tu me dis : "je t'aime !", sommes-nous certains du réel de nos mots ? Sans remettre en cause la sincérité qui nous lie en confiance, donnons-nous la même définition aux termes ? Pouvons nous mesurer la force et l'intensité de nos sentiments ?  Qui et qu'aimons-nous vraiment ?

Les mots ne suffisent jamais. Il faut a minima, le contexte et le contact visuel ! Par exemple, si nous lisons ces quelques mots : "Je vais vous étonner !". Cette phrase banale est différente de sens et d'expression, si nous sommes occupés à  parcourir le texte d'un auteur quelconque ou si nous l'entendons prononcer subitement par un ami, surgi tout à coup devant nous, attifé comme un clown, habillé de couleurs criardes, lui, habituellement si réservé et si classique !

Il y a bien longtemps que Descartes nous a démontré que le concept, c'est à dire l'idée symbolisée par un mot est plus puissant et suggère plus que l'image ! Ainsi sur les réseaux où je publie, certaines photos postées par des internautes, avec commentaires à l'appui influencent le lecteur.

Prenons une photographie de ciel bleu profond et attardons-nous sur sa dédicace exclamée :  "Voilà, l'infini !"

Moi, je peux en la visionnant, éprouver bien différemment l'image et le post et recevoir une impression différente. Je peux revivre ici, simplement un souvenir d'été, celui d'un ciel bleu lumineux comme le sont les ciels de Provence et même retrouver de manière fugitive, sur l'instant, le bruit des cigales et les odeurs de lavande. Rares sont sûrement ceux qui comme mon homologue ont saisi la main de leur amie en murmurant : Ah! Que le bonheur de cet instant soit éternel !

Les émotions vécues ont des intensités différentes. La mienne était bien ancrée sur du réel vécu et ressenti ! Par contre, le commentaire de mon correspondant me place simplement dans ses propres sentiments. Ce n'est plus l'image qui domine, c'est son interprétation. Ce n'est pas ma lecture d'image qu'on sollicite, ce n'est pas mon imagination à laquelle on fait appel mais c'est à ma pensée abstraite. Je dois ici penser l'infini mais je ne peux pas me l'imaginer, sauf à supposer que j'en aie l'intuition et à admettre que ce ciel azuré en soit la représentation.

Sur les réseaux sociaux, que de posts pour rien, pour rien d'autre que l'affirmation de soi, affichée en série et en rafales ou en hors-séries, sélectivement, au fil de promenades, randonnées ou voyages ! Que d'exposition personnelle, que d'impudeur à dire : Vous voyez, j'y étais ! Je vous offre ma poire ou ma queue de poire.  N'est-elle pas la plus belle ?

Telle est l'attitude amicale ou risible, du fidèle aux posts ! C'est à vous de choisir chers passants sur réseaux, chères bonnes poires du jour, c'est à vous de deviner, si l'autre se paye votre poire ou simplement, s'il se met en valeur à faire le poirier, en s'exclamant : Ah! J'en ai la tête toute retournée ! …

Par milliers, chaque jour, des cadeaux-photos aux commentaires exaltés et extasiés : "Mes amis, quelle merveille ! Oh! regardez comme l'herbe est verte ! Quel bonheur, d'être vache !" Certains croiraient que j'exagère ce mauvais humour de peau de vache ! Hélas, non! Tentez l'expérience ! Virtuel, avez-vous dit ? Souvent ici, la réalité dépasse l'affliction !

Voyez comment le réel peut être détourné par l'idée quand on sait encore, comment les mots sont eux mêmes, un piège pour le lecteur ! Entre les phrases : "les poules couvent au couvent." et "Regarde, la bonne bonne, une belle oie blanche qui plume une belle oie blanche." ou bien le mot "souris", tout à la fois, animal, verbe, jolie donzelle, mulot d'ordinateur et typex,... il y a place pour tous les écarts de langage et de compréhension ou les plaisirs de l'humour !

Tout ne serait donc, qu'apparence et lecture personnelle ! La Gestalt Théorie nous a bien convaincus de ne pas confondre dans nos perceptions, les formes et les images qui prennent sens en nous, sous forme de compréhension. Les albums d'Escher nous entraînent dans leurs labyrinthes. La symphonie elle-même, est plus qu'une succession de notes et le rythme musical plus que des calculs algorithmiques ! "Le tout est supérieur à la somme des parties et l'ensemble prime sur les éléments qui le composent."

Quand, les yeux mi-clos, vous tombez sous le charme des " Variations Goldberg BWW 988 de Bach, vous ne percevez ni la structure musicale en contrepoints, ni la combinaison des 30 séquences de quinze variations, de sol en ré et de ré en sol ! Vous restez suspendu entre l'aria initial et sa réexposition finale !

Nous sommes donc, frères humains, comme le dit Protagoras, la mesure de toutes les choses que nous ressentons ! Ce que nous exprimons par contre ne nous appartient plus ! Il est à qui le reçoit, le vit, se l'approprie et le transforme ! Il lui donne la couleur de ses sentiments. La permanence est ainsi dans l'impermanence comme l'instant dans le Temps !

Mais dans la vie, tout n'est pas passage incessant et aléatoire du réel au virtuel ! Quand nous ressentons le phénomène de la douleur, il s'agit bien des phénomènes physiques ou psychiques d'une pénible réalité en nous ! La cause en est à rechercher. Hormis, les grands hypocondriaques, malades imaginaires ou les grands mystiques dont la spiritualité permet de vivre les symptômes ou stigmates de la passion du Christ, nos maux ont apparemment une réalité existentielle ! La douleur serait-elle virtuelle ?...

Mis à part, l’instantané photographique d'une caméra au champ fixe, plantée et fixée afin d'éviter la subjectivité du cadrage comme le choix de l'angle et de la lumière, rien n'est vraiment objectif ! Le peintre qui s'adonne au réalisme et qui croit reproduire exactement le réel, ne fait qu'imiter la nature ! L'art abstrait et figuratif s'abolit de cette contrainte ! Le virtuel naît ainsi du réel et de l'imaginaire !

Commenter cet article

P
Se vanter d'avoir des amis sur un réseau comme Facebook.
Que signifie le mot "ami" dans ce cas?
Des relations virtuelles qui ne sont et ne deviendront jamais réelles pour la plupart?
Je ne suis pas contre, mais je trouve que le mot "ami" qui fait partie de ma langue maternelle, qui désigne une personne bien réelle, quelqu'un de proche (pas forcément géographiquement) ne convient pas à ce genre de "correspondance".
Cela bien sûr n'est que ma propre pensée.

Quant au peintre qui croit reproduire le réel, il suffirait de demander simplement à 2 artistes, au même moment, devant le même paysage, de peindre exactement ce qu'ils voient pour se rendre compte que chacun met, qu'il le veuille ou non. son propre ressenti dans la peinture.
Répondre
J
L'amitié, un grand débat! L'enjeu des réseaux sociaux! Une notion galvaudée!
J'en parle dans un prochain texte!
La différence entre les peintres, sur leur perception, leur technique et leur sensibilité, voilà en partie ce qui constitue l'art!