Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Lettre à un syndicaliste : exagération syndicale 2/2

Publié le par modimodi

Bien sûr, camarade syndicaliste, que tes convictions, ton histoire et tes valeurs t'ont mis au cœur, la mission de défendre les pauvres et les opprimés et d'exercer, sans relâche, ta vigilance citoyenne. Bien sûr, que tu sais, comme le disait l'humoriste, que le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme et le socialisme l'inverse ! Bien sûr, que tu ne brodes pas par plaisir, des jours sombres mais reconnais que tu ne fais pas, non plus dans la dentelle !

Tu ramasses partout la misère et le chômage et tu n'as pas de peine à faire du catastrophisme ! A gauche toute, contre les profiteurs exploiteurs, les odieux actionnaires qui mettent tout à gauche ! Tu en as fait ton parti et la crise est ton fonds de commerce.

Attention ! Tu ne dois pas te faire oublier de tes camarades, car bientôt aux élections, il faudra battre le ou les collègues syndicalistes en face. Si tu veux rester majoritaire, il te faut être le plus actif, le plus pertinent et le plus convaincant aux yeux de tes adhérents ou sympathisants. Ce n'est jamais l'extinction de la lutte ni du brasero !

Pas de détail et pas de quartier ! Tu as des revendications à revendre et des pétitions à faire signer. Salaires, temps de travail, emplois, pouvoir d'achat, santé, sécurité et modes de production sont tes articles en magasin. Tu en as le monopole et tu en fais réclame au porte-voix. Tes flyers sont tes tracts et ton enseigne est ta banderole et ton drapeau.

Tu vends de la lutte et de l'espoir. Tu es dans le combat permanent. Délégué par ton syndicat, désigné et élu par tes camarades, ta colère est légitime. Contrôler, analyser, sonder, suspecter le prochain coup de grisou patronal, creuser et tailler dans les mesures est ton filon inépuisable ! Tu as bonne mine de défendre ceux qui n'ont pas le choix ou la veine d'aller au charbon.

Tu es dans l'étude de chaque événement et tu prônes la résistance aux changements qu'on te propose. Pourtant tu souhaites imposer les tiens à longueur d'arguments et de slogans. Tu perturbes sans cesse en attendant le grand chambardement.

"Le poisson commence par pourrir par la tête".  Alors, tu te réfères toujours au sommet de l'entreprise. C'est ainsi que tu es sans cesse au comble de l’écœurement. Les méthodes qui descendent du plus haut degré de la hiérarchie, sont de la dernière extrémité ! Bien informé, tu es d'ailleurs au faîte de tous leurs projets.

Tu échafaudes des contre-propositions. Tu contestes à fond, tu sapes les actions et les résultats pour toujours mieux en protestant, tester, agiter et consulter ta base. C'est sur elle que se fondent l'énergie de tes convictions et la légitimité de ta révolte...

Voilà, c'est fait ! Enfin ! La direction a daigné répondre. Tu es mandaté pour négocier ! Demain, tu feras entendre ta voix. Tu vas exiger, taper du poing sur la table. Avec la force collective des camarades, tu vas asséner tes contre-propositions et poser tes exigences. S'il le faut on bloquera l'usine et prolongera la grève ! Ce n'est pas pour rien que tes camarades t'appellent "crame-palettes" !

Les propositions qu'on va te soumettre, seront comme toujours inacceptables, irrecevables, et justifieront le maintien de la grève. En face, le patronat dont c'est l'intérêt, joue bien sûr, la montre et le pourrissement. Toi-même, à force de repousser les offres, tu vas te retrouver acculé au fond de l'impasse.

Alors, au final, tu vas encore être dans le compromis, sans bien sûr, te compromettre pour n'obtenir que quelques clopinettes. Tu vas sauver la face. Chacun aura l'impression d'avoir gagné... surtout le patron qui n'a cédé qu'au minimum, selon la limite qu'il s'était fixée et une issue qu'il avait largement anticipée !

C'est ainsi, en idéaliste idéologue, qu'au fond de toi, tous les soirs sont des grands soirs... Tu le promets au plus grand nombre. Tu voudrais donner le la de l'hallali ! La tête pleine de visions, tu rêves sûrement, la nuit, du défilé du prolétariat autour du catafalque de la bourgeoisie. A la lueur vacillante des 36 chandelles du front populaire, au son de l'internationale, les camarades processionnent, tous derrière toi, ô grand thuriféraire de la révolution sociale ! On le chante dans les congrès et les universités : "Insoumis un jour, insoumis toujours !" La véracité est dans l'hologramme !

Oh ! Camarade, mais, excuse-moi, voilà à mon tour, que j'exagère ! On peut adhérer à un syndicat, être adhérent d'un parti, coller à un point de vue, sans être adhésif ! C'est pourquoi, il ne faut pas se remplir comme une outre de vaines promesses mais passer outre, toute outrance... Dans le pays de Parmentier, des bourguignons, de Hollande et des macs (à) ronds, il est vain, de balancer la purée, d'en faire tout un plat ou tout un fromage !

L'histoire de France nous l'a appris. Un croissant avalé trop vite, au café ou dans la rue, peut être néfaste. La sagesse dit : " Qui trop embrasse mal étreint ! " Quand la démesure atteint des sommets, souvent la souris accouche d'une montagne et le passage du col se fait dans la douleur ! Alors faut pas pousser trop fort ni traiter l'autre d'enflure. Un jour ou l'autre, on se déballonnera comme une baudruche.

La grenouille qui a voulu se faire plus grosse que le bœuf n'est pas devenue forte comme un bœuf ! Tu sais coâ ? Elle a muté en grenouille-taureau mugissante et elle pousse désormais, des cris taurins. Dans l'atelier, sur ton estrade, sous la pluie parfois, dans ton mégaphone, quant à la place de cocoricos, tu pousses tes beuglements, que tu crois faire un effet bœuf, tu en es, un peu la caricature...

Tu as gagné la lutte et tu la crois finale, quant au nom de la justice sociale, fiscale et environnementale, dans la rue, désormais la nouvelle arène syndicale, le peuple défile drapeau rouge et muleta en tête. Ce n'est que le marais qui court en sautant de joie ou de colère pour assister à la corrida des batraciens de la politique ! Le marais espère en débordant, noyer et faire vaciller la République. Les médias sont à l'affût des moindres signes de crues.

Les rassemblements sont le conglomérat de manifestants en meutes qui déboulent de partout dans l'espoir d'obtenir la convergence des conflits sociaux. Il n'y a plus de service d'ordre, chacun se presse en mots d'ordre et, en ordre dispersé... bien vite par des forces de l'ordre, musclées et souvent prises à partie. Pourtant, tu te dis que la cause est juste puisqu'on manifeste pour le droit à manifester.

La lutte n'est jamais finale. Hier, c'était les bonnets rouges. Ici, ce sont les gilets jaunes jonquille qui rêvent du printemps social, du muguet d'un nouveau 68 et d'un bonheur partagé et certifié par un référendum d'initiative populaire ! R.I.P, requiescat in pace, la cinquième République !

Là, ce sont les Verts écolos en détresse climatique qui ne manquant pas d'air pollué, s'accrochent aux branches des arbres de la liberté dans l'espoir de respirer à pleins poumons. Ce sont les scaphandriers qui plongent à l'aveugle dans des mers de plastique !

Ce sont des mécontents de la politique d'austérité, des contestataires des dernières lois passées en force, des revendiquants du droit à la différence, à l'égalité professionnelle hommes-femmes, à la liberté d'expression, etc. Ils accourent de partout, crient leur ras-le-bol et battent le pavé. Avec leurs meilleures intentions, ils croient ainsi échapper à leur enfer.

"Tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin, elle se casse !" Qu'importe, toi, tu ne crains pas la rupture ! Car tu as le choix dans le renouvellement constant des motifs de revendications et des moyens d'actions !

Tu peux tout te permettre, même grenouiller et être dans les débordements de la vase. D'ailleurs, tu es déjà dépassé par ta base et tes défilés sont infiltrés par des casseurs. Alors, inutile de pleurer sur ton sort. Dans les affrontements, on t'offre illico les lacrymos gratos !

Mais tu n'es pas en peine. Tu survivras à tout, tu es déjà vacciné ! Tu peux toujours corser la dose pour que ce soit fort de café et la lutte encore plus robusta ! Tu peux forcer la note pour faire entendre tous les couacs et faire croire à l'union, aux lendemains qui chantent. Tu peux aller à la pêche aux adhérents et pousser le bouchon pour noyer le poisson. Tu peux faire monter la mayonnaise pour agiter les huiles et même charrier dans les bégonias pour le leur dire avec des fleurs ! C'est le printemps des luttes !

 

Commenter cet article