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Lettre à un syndicaliste : exagération syndicale 1/2

Publié le par modimodi

Too much, camarade, tu en fais toujours trop !... Une circulaire du grand patron : voilà que tu rougeoies, que tu t'enflammes et t'embrases aussitôt comme une grille de barbecue ! Tu es chaud patate ! Tu t'agites !...

On t'entend gueuler au mégaphone :

"Camarades, ne vous laissez pas avoir par le grand patron ! Ce n'est qu'un salaud de dirigeant exploiteur, y'a sûrement une entourloupe dans sa proposition ! C'est trop louche cette soudaine augmentation pour les bons résultats du trimestre !

Camarades, c'est encore une manœuvre de la direction pour nous faire travailler davantage et augmenter la production. Voulez-vous travailler davantage ?

Camarades, ne vous laissez pas endormir par les promesses de ce patron voyou qui a toujours refusé de vous augmenter ! Y'a pas de cadeau ! Cet argent, il vous le doit !

Camarades, n'oubliez pas ! Les cadeaux ne sont pas pour vous mais toujours pour les actionnaires !"

Allez ! Vite ! Il faut passer à l'action. Alors, toi, tu rédiges un tract et un bon slogan pour la manif : "Mobilisez-vous ! Mobilisez-vous ! Halte aux cadences infernales pour un profit maximal ! Halte aux cadences infernales pour un profit maximal ! " C'est ainsi ! Tu l'espères ! La répétition fixe les obsessions et prépare la révolution.

Petit syndicaliste hyper actif, tu abuses un maximum car il faut, parfois à tort, que systématiquement tu t'opposes à toute nouvelle offre du patronat. Sans cesse, tu es méfiant et tu dramatises accusant le capital ! Un comble même ! Voilà que tu montres le poing et gonfles la poitrine. 

Ne crois-tu pas que tu grossis l'événement et que tu majores, ce qui n'est qu'une simple revalorisation salariale ? Pour le coup, qui aura la première majoration de sale air, devant ses camarades syndiqués qui, à l'inverse de toi, apprécient plutôt l'aubaine pécuniaire ?

Pourquoi devenir excessif et excédant pour quelques bienvenus excédents ? Pourquoi être dans l’hyperbole quand pour une fois, tu as du bol et pas du bolchevik ? Ne réveille pas tes vieux démons ! Oublie ta formation idéologique, laisse en repos le petit Père des peuples, fuis la police de la pensée du marxisme stalinien. Le monde dans lequel tu vis, a évolué, les conditions sont différentes. Tu dates ! Tu as trois luttes et trois métros de retard ! Le système dans lequel tu agis, a choisi l'impérialisme libéral ! Tu n'es qu'un vieux grognard à contre-courant de tes modèles.

Autrefois, le mois d'octobre était meurtrier, plus aujourd'hui ! Le léninisme est lénifié. Alors pourquoi invoquer encore le grand Karl Marx, quand tu es en tendance Harpo et Groucho.

Tu as raison ! Les syndicats sont utiles, tu es bien payé pour le savoir ! La lutte des classes a laborieusement permis d'obtenir l'amélioration des conditions de travail et de nouveaux droits à la classe ouvrière. Chacun a aujourd'hui la possibilité de grimper à l'échelle sociale mais comme il n'y a pas que celui qui tient l'échelle, qui reste en bas. Alors toi, tu encourages l'escalade des revendications.

C'est à Leningrad, qu'on proclame encore : "Crois la Pravda et tu seras sauvé !" En vérité, Tovarich, tu peux bien sûr, chanter un soir, au théâtre municipal avec les chœurs de l'Armée Rouge, mais méfie-toi des cantiques accompagnés aux orgues de Staline.

Comme le disait babouchka : "Camarades, bateliers de la vodka, faut pas charger la barque, pour descendre la Volga !" Tu l'as déjà constaté. Tes camarades ouvriers, ivres de liberté préfèrent de beaucoup les dunes et la plage de la mer Noire à la grève sur le tas.

Tu honores honnêtement, ton mandat syndical mais tu es bien trop gauche, ardent gauchiste ! Tu restes imprégné par ton idéologie. Tes slogans sont encore de la monnaie de singe, du mauvais emprunt russe aux grandes figures révolutionnaires, aujourd'hui démodées. Ressaisis-toi ! Il te faut être de ton temps !

Malgré tes références à la grande Russie, à la discipline esthétique des défilés des gardes rouges, au bonheur promis aux masses populaires avec le muguet du premier mai, malgré toute cette apologie triomphante de la lutte des classes, tu n'as jusqu'à présent, vraiment pas fait école. Ne t'en surprends pas ! Les espèces sont menacées, pourquoi pas les syndicalistes et les syndiqués ?

Regarde ! Les rêves de nationalisation n'ont produit que des besoins individuels et des désirs de bonheur égoïstes. Tu parles de politique d'austérité aux salariés comme tu l'aurais fait autrefois aux esclaves d'un travail aliénant, aux forçats du labeur. Aujourd'hui, c'est aux victimes du capitalisme sauvage et de la mondialisation, auxquels tu t'adresses. Oui ! Mais tu as beau chercher... Où sont passés les damnés de la terre ?

Hormis encore quelques fanatiques, on n'appelle plus désormais aux manifestations de violences, aux révoltes armées et l'on craint davantage la répression. Ce n'est plus l'heure de la grande lessive, au nom de la liberté. II est heureusement aboli le temps de la terreur, blanche de linceul et de peur comme rouge d'horreurs et de sang...

N'oublie plus désormais la sagesse populaire. Celle-ci échappe à toute loi de la douma ou à tout pouvoir de libre soviet : "Qui savonne la planche, ferait mieux de laver d'abord son linge sale en famille." C'est peut-être le propre du collectivisme !

Car l'histoire l'a prouvé, camarade, avec les vertus de l'argousier : "Qui veut se faire mousser, risque de se faire laver la tête, pour un simple Kopeck !" Pour le cerveau, c'est sûrement déjà fait ! La réforme agraire a autrefois promis de l'herbe verte aux moutons de Panurge et de la taïga ! Oh oui ! Ils ont brouté et ruminé !... La révolution industrielle elle-même, n'a guère fait naguère, mieux que forger pour la guerre (tank you, Vladimir !) l'acier des canons en mettant ainsi du plomb dans l'aile de la colombe de la paix !

Avec ton affiche rouge, tu colles, causes, tant que tu peux ! Avec le petit père des peuples, toujours présent dans ta tête, tu sauves, causes, tant que tu peux ! Mais tu as l'impression de prêcher dans la toundra.

Par Trotski et le marteau, enfonce-toi bien cela, dans la tête ! Par ta moustache et celle de Nietzsche, par la barbe de Karl Marx, les temps ont changé ! Le syndicalisme de gauche a fait sa critique marxiste et tu n'es plus aux ordres du Parti, lui-même aux ordres du Kremlin.

A présent, le prolétariat ne se reconnaît plus dans un parti communiste affaibli et inaudible, sans doute plus préoccupé de questions sociétales que de questions sociales. Il se sent abandonné, mal défendu par des syndicats politisés et peu convaincants.

D'un mouvement ou d'un parti à l'autre, la base et les syndicalistes sur le terrain restent authentiques et motivés. Mais au niveau national, les étiquettes changent plus que les programmes. Les sacro-saints combats sont souvent de chapelle et les leaders sont des professionnels aguerris, en querelles d'égo comme en rivalités de scores d'audimat. Ils s'affrontent sur des détails sans parvenir à s'unir sur l’essentiel.

Et puis heureusement, que globalement les conditions de travail se sont améliorées, que les revenus ont augmenté. On ne meurt plus de faim et la cause ouvrière est un motif et un slogan moins accrocheur. Une partie du bon peuple qui veut s'embourgeoiser préfère même, à l'heure de la soupe populaire, manger des toasts au pâté de foie et des œufs de lump sur blinis, en buvant des cocktails à la santé de Molotov ! On se retrouve plus souvent sur les barbecues que sur les barricades. Faute de pouvoir partager les richesses, on partage saucissons, frites et merguez !

Pourtant, il n'y a pas que des consommateurs de l'essentiel et du superflu, y a toujours une vraie misère : des gens qui ont perdu leur emploi, qui ne peuvent boucler le mois, nourrir leurs enfants et qui sont mal logés. Je ne parle pas des S.D.F, des réfugiés, du quart monde. A part l'humanitaire et l'associatif, personne ne s'en occupe ni ne les représente. Il n'y a pas de syndicats pour les non productifs comme pour les misérables qui ne peuvent pas se syndiquer ni alimenter les caisses du parti !

Bon ! Je suis un peu comme toi, bien sûr que j'exagère en paroles ! Tu es un pacifiste, un défenseur de la laïcité et des droits, tu t'affirmes comme un citoyen qui teinte en rose la vie des gens en agitant parfois le chiffon rouge. Tu es libre de pensées et de mouvements, alors, pourquoi nages-tu encore dans les courants ?

T'a-t-on dit que tu pouvais être formé par le parti ou le syndicat sans pour autant être conformé en copie conforme ? Évidemment, c'est tout à ton honneur, que tu restes un militant, convaincu et convaincant qui ne s'avoue jamais vaincu ! Tu es un idéologue idéaliste, tu es un solide propagandiste, un pur et dur ! Tu vas gagner au moins le droit à être connu. Tu crois et tu y crois ! Si tu n'es pas sauvé, au moins rêves-tu de sauver le monde. Respect !

Le socialisme n'a plus l'écharpe rouge du prolétariat qu'au cabaret de la butte Montmartre, chez A. Bruant. Écoute camarade ! Y Rebroff chante : "Adieu, la charrette ! Ah ! Si j'étais riche, diguediguedich !" et non pas : "La gauche caviar qui déguste du miel et crache son fiel, boira la tasse et l'amer !" J. Higelin en a fait deux albums : "Champagne pour tout le monde." et "Caviar pour les autres." Moi, je te le dis, conseil d'ami : "Aux bornés, faut surtout pas faire franchir les bornes !"

C'est certain ! Au temps des cerises, l'air est plus aimable, les cieux toujours plus bleus et le temps plus Clément ! "Les gouttes de sang" perlent encore aux "plaies ouvertes" du communisme et laissent à nos belles comme aux nostalgiques "des peines de cœur"... Aujourd'hui, la faucille emblématique ne coupe plus que les herbes folles de la rêve party de la fête de l'Huma. 

L'avenir est dangereux. Tu vois rouge, tu n'as pas d'endroit ou de résidence secondaire pour te mettre au vert alors, t'enfile ton gilet jaune et tu t'aères en tournant en rond dans les ronds-points et tes revendications ! Dans le brouillard des lacrymos, on t'en fera voir de toutes les douleurs !...

Par Maïakovski, les œillets rouges des poètes ne font même plus la révolution politique ni littéraire !

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J
Merci Pénélope! Un bonnet rouge avec des edelweiss?
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P
Aujourd'hui, il est plus à la mode d'avoir "un bonnet rouge" qu'une carte syndicale.
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