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Le début et la fin 1/3

Publié le par modimodi

On dit d'une histoire qui fait des têtes à queue avec le bon sens, d'un récit qui finit en queue de poisson, d'un raisonnement sans queue ni tête, qu'ils ne tiennent pas debout !

Comme si l'homme était une tanche, toujours entre deux eaux et que son équilibre n'était pas autant une question de jambes que d'aplomb dans la tête !

A moins d'être un acrobate de l'esprit, un funambule de la pensée et de savoir jongler avec les idées, l'homme stable a les pieds sur terre, en accord harmonieux dans ses proportions physiques et mentales.

Généralement, l'être humain a de quoi se rassurer. Tout est bien qui finit plus ou moins bien ! Sa vie se déroule, du début à la fin, dans la logique des causes et des conséquences. Ainsi du début du jour à la fin du jour, l'activité humaine s'accomplit de l'aube au crépuscule. La naissance et la mort marquent les termes de l'existence, à l'alpha correspond l'oméga et il n'y a pas de premier sans bon dernier.

Vive la grande loterie céleste ! Il ne faut jurer de rien. Les grandes questions métaphysiques n'épargnent pas les humains terre à terre. Ah ! Nom de Dieu ! Y a-t-il des quantités de dieux ou un seul Dieu ? Qu'est ce qui nous attend à la fin ? La mort infinie ou la vie éternelle ? ... Qui croire et qu'espérer ? Y a-t-il une vie après la mort ? Un avenir radieux ou un cul-de-sac enténébré ? 

Bienheureux les baptisés et les croyants ! La prophétie évangélique chrétienne leur promet un dénouement inattendu, un au-delà, un après eschatologique qui promet d'inverser le sort : "Les derniers seront les premiers."

Miracle ou supercherie ? La phrase magique de promesses produit un double effet pour les naïfs estampillés et tous les nigauds crédules ! Car oui ! Voilà bien, une belle consolation terrestre ou un encouragement au moindre effort pour tous les perdants et les accidentés de la vie ! Voici, encore une belle incitation à la fructification des excédents et des profits, pour les moins nombreux mais heureux gagnants de la vie ! De fait, ceux-là n'ont plus qu'à se hâter d'exploiter leur filon, avant de régresser et alors de tout perdre ! L'inversion promise des hiérarchies fait ainsi patienter le bon peuple, même si, déjà le valet ignore qu'il est la caricature du maître ! 

Car chacun le sait, paradis ou enfer, néant et damnation ou purgatoire en attente de résurrection, la naissance annonce déjà le début de la fin. Chaque jour qui passe rapproche du terme. Si la dernière heure fatidique figure au grand livre du destin, ils sont nombreux à espérer pouvoir en déchirer la page finale. Car inexorablement et finalement, l'épilogue de notre passage ici-bas s'impose à chacun, d'heure en heure ! Rien n'est constant et tout s'achève, car à la fin du compte à rebours, l'homme comprend qu'il est initialement programmé biologiquement. Il restera sur sa fin.

Sur le circuit, il n'a pas pris le départ de la course de la vie, sans un jour ou l'autre, penser au dernier sprint et au finish. Si sa destinée terrestre n'est rien d'autre qu'une course contre la montre, au départ, il vise déjà, sans le savoir, l'arrivée. Sa vie est réglée comme une horloge. A la minute ou à la seconde, tout le monde est sûr d'arriver à l'heure !

Mais l'humain n'a conscience du but de son existence que progressivement. Quand il réalise qu'il a vécu la mise en jambes de l'enfance, que tous les prémices des plaisirs du jeune premier l'ont conduit de l'âge de raison à l'âge adulte, alors, il sait que rien ne dure éternellement et qu'il n'y pas de début sans fin ! C'est ainsi que  la sagesse populaire lui enseigne que : "Avant l'heure, ce n'est pas l'heure, après l'heure, ce n'est plus l'heure !" 

Chaque démarrage, chaque arrêt et chaque reprise ne font ainsi que retarder l'échéance ultime de la minute de vérité. L'un patiente, l'autre espère un sursis avec l'intime espoir de ne pas arriver dans les temps, d'être en retard et oublié par la grande faucheuse !

C'est à la toute dernière heure, que chacun découvre amèrement que l'arrivée correspond à la fin de l'existence. C'est alors que la vie s'emploie à remettre les pendules à l'heure et que chacun passe un dernier et sale quart d'heure ! Mais pour exprimer cette macabre issue, l'écrivain amodie la fatalité de ce funeste destin en jouant délicatement et pudiquement avec les mots.

"Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l'ancre !

Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !

Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,

Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !" (Le Voyage - C. Baudelaire.)

Dans les chroniques du temps qui passe, l'Homme affirme qu'il ne veut pas chercher midi à quatorze heures car il n'y a pas d'heure pour les braves ! Il écrit que l'arbre de la vie est persistant de sève mais que ses feuilles sont caduques. Et, il sait encore que : "L'esprit est ardent mais que la chair est faible..." Une faiblesse humaine qu'il assumera jusqu'à l'extrême de l'épuisement vital...

L'humanité expérimente ainsi, à longueur de temps, l'éphémère de chaque instant, quand dans le même temps, elle rêve de continuité. Alors, jusqu'à la der des ders, pour maintenir la permanence du nom, pour tenter la pérennité, l'homme sème ses descendances. Ne voulant pas disparaître, en espérant demeurer, il perpétue la vie !

Ah ! La bonne heure d'un espoir infini ! Car sinon, du début à la fin, la vie n'aurait pas de sens, elle serait sans queue ni tête, une absurdité existentielle !

 

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C
Je dirai maintenant : : Hic et nunc ! Quoique ! Je préfère Ici et maintenant, c'est plus musical à entendre !
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J
Chère Chantal, tout me sied ou me va! Je retrouve mon latin de cuisine!
C
Un petit commentaire ici, pour parler du "Ici et Maintenant".
Une pensée de Vladimir Jankélévitch :
«La mort joue à cache-cache avec la conscience : où je suis, la mort n'est pas, et quand la mort est là, c'est moi qui n'y suis plus.
Tant que je suis, la mort est à venir; et quand la mort advient, ici et maintenant, il n'y a plus personne.»
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J
Pour un cœur toujours ailleurs, là-bas, à jamais!
T
Hic et nunc (*_*)
J
Pas de commentaire sur la pensée d'un maître! Très Grand Merci Chantal!
T
Vaste sujet.. (*_*)
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J
Question essentielle, d'essence ciel! Merci de votre lecture!