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Lettre aux écrivains : Charabia ! 2/3

Publié le par archibald_06

 

La langue aux chats !

Chers confrères gratte-papier, si les paroles s'envolent et que les écrits restent, je m'efforce de parler moins pour enfin mieux écrire.

Sans être dépositaire d'une parole d’Évangile, aux forcenés de la création qui me ressemblent, aux plumitifs de romans, de contes et de nouvelles, j'assène cette vérité : "Votre langue est l'expression de votre style".

S'il est fleuri, c'est que vous savez conter fleurette et exprimer votre passion avec des fleurs, les plus belles de la rhétorique. S'il est châtié, c'est que vous avez corrigé et épuré son état suburral. S'il est empâté, c'est que l'imagination a mal levé et fait des grumeaux pâteux et patauds. S'il reste ampoulé, c'est que vous vous prenez pour une lumière ! Dans ce cas, pauvres illuminés, votre culot littéraire fait de vous des lampistes. Vous brillerez un jour, mais au bal des lampions ! En cette attente, vous êtes lanterne rouge !

Alors, en toutes circonstances, soyez bavards de pensées, discrets ou prolixes de mots mais accessibles. Si vous le pouvez, maîtrisez votre fièvre scripturaire et vos éruptions volcaniques mettant en ébullition l'encre au fond de votre encrier. Pas de forme magmatique et visqueuse.

Parlez une langue compréhensible, écrivez dans un langage accessible. N'employez pas de charabia, l'authentique langue d'origine réservée aux émigrants auvergnats ! Soyez si vous le voulez magnétiques pour déboussoler et désorienter votre aventurier mais sans jamais, vous-mêmes, perdre le nord de votre sujet.

Laissez jaillir votre expression mais canalisez-en le débit. Pas de logorrhée ! Votre langue de la plus belle eau doit être courante et potable, qu'elle ne charrie pas des allusions alluvionnaires. Remontez-en le cours jusqu'à la source de l'émotion. Si elle est populaire, qu'elle ne soit pas vulgaire mais simple et folklorique, de racines authentiques !

Votre vocabulaire argotique, sans pour autant être trop familier risque de vous couper de votre lecteur familier ! Hormis pour les tripiers, le loucherbem ne vaut pas tripette, iI fait de vous un mal embouché, un vrai mâle, en boucher ! Dans ce cas, vous n'avez plus de toute urgence, qu'à charcuter dans le gras des mots et à abandonner les obscénités grivoises, ces bas-morceaux qui ne s'accordent qu'aux crudités des salades que vous servez !

En toutes circonstances, il vous faut donner des morceaux choisis, de l'extra, pas de l'ordinaire, des bouchées de premier choix ! Offrez de l'enchantement au palais de la découverte, du ravissement aux regards étincelants et pétillants de curiosité malicieuse. Pour les délices succulents et lactés, retrouvez vite, votre langue maternelle afin d'être bu comme du petit lait.

Soyez attirants ! Souvenez-vous ! Les écrits de Joachim du Bellay, de Montaigne, de Chateaubriand, de Byron, de Poe, de Céline, de Fitzgerald et de Cocteau comme de tant d'autres grands porte-plumes fascinaient leurs chattes et leurs chats aux noms affectueux et originaux de : Belaud, Madame Vanity, Micetto, Beppo, Catarina, Bébert, Chopin et Karoun...

Pendant que leurs idées s'étalaient progressivement sur le papier, ils passaient fièrement entre leurs livres ouverts ou clos, les frôlaient et les caressaient puis se couchaient sur leurs écrits. Ils s'étiraient lentement comme les développements des paragraphes et de l'intrigue dans le voluptueux mystère de la création. Les greffiers retenaient leurs griffes comme celles de la plume taquinant le papier d'un effleurement d'encre bleue. D'une langue parfois râpeuse, ils lissaient leur pelage comme eux leurs expressions pour les rendre soyeuses.

Les chartreux ronronnaient bruyamment quand le sourire aux lèvres, le plaisir jaillissait dans la trouvaille des idées et illuminait le visage de leurs maîtresses ou de leurs maîtres. Ainsi toujours, entre eux, dans ces silencieux et mystérieux face à face, l'or du soleil étincelait dans le secret de leurs yeux de lumière afin que, par enchantement, leurs regards s'attirent, se croisent et se fondent dans le vert salamandre et l'alchimique feu de leur passion muette.

Confrères écrivaillons, soyez toujours délectables ! Ne vous sevrez pas de votre langue nourricière, faites de vos lecteurs des frères et des sœurs de lait qui vous dégustent d'une seule traite. Ayez un style onctueux pour qu'on vous considère toujours comme la crème des écrivains.

Amis de plume ou de calame, mon langage est bien sûr, le vôtre ! Il est l'expression personnalisée de notre belle langue. Elle est poétique, littéraire, technique mais elle ne peut être affectée au risque de causer une mauvaise affection et provoquant un mortel ennui, d'emporter celui qui vous lit.

Déçus, vous l'êtes parfois !... Parce que votre cachet n'a pas eu l'effet escompté ! Vous espériez son affection par un attachement à votre aisance narrative, vous ne lui avez donné hélas, que la maladie du bâillement frénétique. Vous vouliez le faire rêver, vous êtes soporifiques. Votre style est de plomb comme son sommeil. Vos efforts comme vos écrits sont vains, n'écrivez plus à poings fermés !

Pour toucher le lecteur, il faut retoucher et retoucher sans cesse ! Pour être correct, il faut corriger, inlassablement corriger. Sinon vous prendrez, de lui mais plus encore des fourbes critiques, ces vengeurs masqués, une bonne correction.

Pour tenir en éveil, il faut veiller à la forme. Pour créer du suspense, il ne faut pas laisser la vigilance sémantique ou stylistique en suspens. Du mélo pourquoi pas ! Mais sans méli-mélo ! Du sélect sans affect, ni dialecte ! Du look sans être plouc !

Pas de lexique spécifique pour être bien compris ! Pas d'argot non plus, c'est le langage des malfaiteurs et des gueux, réservé aux initiés ou aux exclus. Pas de sociolecte, sauf si vous aimez la culture populaire des faubourgs ou le parler branché des milieux... Ou sauf si, par don, vous avez, bien évidemment le talent des Queneau, Dard ou Simonin ! Si, votre style est fripon et effronté, gouailleur et truculent comme un dialogue burlesque entre un Titi parigot, un demi-sel et Zazie, dans le métro !

Moi, je suis pléthorique et si généreux d'explications qu'en principe, personne ne mendie le moindre éclaircissement. Ne craignez donc, jamais d'être par trop éblouissants ! Personne ne vous lit avec des lunettes noires.

De même, ne soyez pas de beaux ténébreux, enténébrés ! Soyez secrets mais pas hermétiques, équivoques mais pas flous ! Soyez elliptiques et écliptiques mais pas troubles ! Sachez, que c'est parce que vous êtes si particuliers, amis écrivains, que personne ne peut voler votre talent de si haut-vol !

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P
On dit parfois:
-Il ferait mieux de se taire plutôt que de dire n'importe quoi.

Pour certains écrivains (ou qui se disent écrivains), on pourrait dire :
-Ils feraient mieux de laisser tomber la plume plutôt que d’écrire n’importe comment.

Vos écrits sont loin d’être niais et ennuyeux.
Ils sont tout le contraire.
Alors, en toutes circonstances, continuez à nous régaler.
Laissez jaillir votre imagination pour notre plus grand plaisir.
En toutes circonstances, donnez-nous vos morceaux choisis.
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J
Merci PENELOPE! Faites bonne chère de mes morceaux choisis! Je prends plaisir à écrire comme à être lu! Au fond, j'ai bien de la chance!
M
N'ayez crainte vous êtes toujours délectable et bu comme du petit lait ! Quelquefois éblouissant mais jamais empâté ni ampoulé !!! Toujours heureuse de vous lire cher Ami !
Répondre
J
Merci MORGANE! Le plaisir de l'échange est partagé! Vous me motivez!