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Lettre aux écrivains : Charabia ! 3/3

Publié le par archibald_06

Droits d'auteurs !

Oyez gens de lettres, prosateurs et poètes, voici le dernier plat de résistance littéraire ! Il y a du rab à la table des matières.

Pour la potée auvergnate, on ne repasse pas le plat refroidi ! Donc, amis écrivains, nous ne servirons pas à nos avides de lecture, un second service d'idées confuses et bourratives. Invitons-les à un joyeux claque-sabots pour danser la bourrée !

Pas de fade platée au supplément gélatineux ni de lourd et vilain charabia, plus rudimentaire qu'alimentaire ! C'est un peu comme de la chorba, de la bonne soupe populaire, mi potage et bouillon, mi ragoût et légumes, étymologiquement, du dialecte arabe pour berbère. Autrement dit, aussi bien de l'hébreu pour le mur des lamentations ou du galimatias pour le bas latin de cuisine !

Si par nos écrits, nous donnons à boire et à manger, nous faisons bonne œuvre et belle action pour mettre l'eau à la bouche des bouquinovores ! Mais attention ! Trop de salaison assèche la qualité de la promesse littéraire ! Le salmis se gâte. Surtout... Quand il devient con, "dis m'man" ! C'est alors un affreux salmigondis aux propos crus et salés pour glouton assoiffé, lecteur affamé ou esprit gaulois et paillard ! Un peu trop de sel, et voilà, une sale heure pour le sale ami et le sot piqué ! Le salace doit dessaler. S'il convient d'y laisser le lard, il ne convient pas de laisser l'art littéraire au saloir !

Dans nos écrits ou nos discours, n'employons pas non plus de jargon, il est réservé à la grande Marie de France ! D'ailleurs, son langage des oiseaux ayant trop gazouillé a fini par jouer les monte-en-l'air. Au fil des siècles, le voilà devenu un langage crypté et codé pour alchimistes ou malfaiteurs. Incompréhensible, hormis pour quelques initiés férus d'ésotérisme ou des malandrins, gens de sac de nœuds et de corde raide.

Nous recourrons nous-mêmes à ce genre de procédé, quand nous jouons avec les sonorités ou les allitérations, quand volontairement ou inconsciemment, nous faisons naître des évocations. Certains mots contiennent des sens cachés qui laissent entendre des idées et des significations différentes. Comment ressentez-vous l'expression : "Je veux que tu me tutoies !" Vous affole-t-elle ou vous effraie-t-elle ? Quel sentiment sage ou coquin éprouvez-vous dans la prononciation entière ou syllabique de "Concupiscent" ou "Je suis paniqué". Je suis certain que vous en avez bien d'autres en mémoire.

Rares sont les confrères commentateurs, qui, pour faire savant et cosmopolite, jargonnent en compilant dans les dialogues, des expressions, en arabe, en anglais, en italien, en espagnol, les langues maternelles de leurs héros. Certains compareraient plutôt ces dialectes particuliers à du sabir. A ne pas confondre avec la tradition orale, poétique et contée des griots et encore moins avec l'appellation bannie de "petit nègre" dans lequel excellent encore quelques gribouilleurs de pages noires ! Des employés aux écritures, des "nègres" rétribués pour de faux écrivains. " Ça craint sa race de l'évoquer !"

Ainsi donc, gens de plumes, pas de patois pour pavoiser, ni de charabia pour blablater ! C'est de l'embrouillamini d'images déjà brumeuses. C'est de l'énigmatique langage obscur pour de nuageux plumassiers... 

C'est du baragouin de BZH, des expressions envolées comme des crêpes, mal retournées et tombées à plat, des mots répétés au vent de la lande, restées incompréhensibles aux coiffes comme aux chapeaux ronds ! C'est du pain et du vin pour le Pardon, du far bourratif et du cidre bourru pour le fest-noz, la vraie grand-messe bretonne ! C'est, dans une nuit noire d'encre, du crachin têtu sur la lande immobile.

Excusez mon franc parler, amis, mais certains poètes ombreux qui perdent leur temps à compter les voyelles de la métrique grecque, en ont fait leur marque créative. Ils croient qu'il leur suffit d'être férus de statuaire antique, calligraphes des pensées aux références hellénistiques, d'avoir un style hermétique et ésotérique pour être poétiques en vers et contre toutes rimes ou raison prosodique. C'est voyez-vous, l'approche du genre amphigourique maniéré des précieuses ridicules ou l'emphatique grandiloquent des mégalos hyperboliques !

D'autres scribes ayant troqué le calame pour la plume, de longueurs périphrastiques, en circonvolutions d'arguties, parlent et écrivent pour ne rien dire ! Dans le psittacisme agaçant des formules rabâchées, ils revendiquent, à tort, leur droit d'auteur. Ils ne sont souvent que de maladroits plagiaires, mal inspirés, abonnés à l'errance grammaticale et syntaxique, pataugeant dans l'impropriété des non-sens et des faux-sens, des barbarismes et des solécismes. C'est bête à dire, mais infatigables et inaptes, ils produisent de l'inepte avec un talent fou !

Vous le savez ! Le romancier doit être subtil et sa romance, comme un parfum, volatile, semblable aux volages amours. Écrire est un vrai métier ! Il ne suffit pas de broder des ornements pour faire un beau canevas ! Il ne suffit pas de compiler les poncifs pour élever l'écriture au sommet de l'art ! Au faîte, la bêtise n'a pas besoin de mettre le point sur le i pour être à son point culminant ! Ceux, qui se montent le bourrichon, ne monteront pas pour autant au Pinacle !

Que de difficultés pour parvenir à l'apogée de l'art littéraire ! Je semble, ici, vous donner la leçon, alors que je suis moi-même le plus verbeux et le plus plâtreux d'entre vous, un généreux bourratif, indigeste, trivial et licencieux ! Quelle prétention exaspérante ! Quelle inconscience affichée ! Et pourtant, je persévère comme tant d'autres, dans la déraison orgueilleuse de l'écriture obstinée !...

Nous tentons tous, un jour ou l'autre, l'aventure du texte en l'espérant original. Mais en fait d'écrits, nous ne barbouillons au plus que des écriteaux, des poteaux indicateurs qui désorientent ceux qui nous lisent et ne les mènent que dans l'impasse des talents en-cul-de-sac. Nous ne serons pas couronnés de lauriers mais sûrement coiffés sur le poteau !

Dans le fatras et le fouillis des genres et des pensées, trop souvent, nous déconcertons les lecteurs. S'il en reste encore, surtout quand un texte mérite une deuxième lecture attentive pour en saisir tous les sens. C'est hélas ainsi ! Qui veut écrire d'une plume d'ange, fait souvent la bête pascalienne ! L'idiot du village s'accroche à son idiome local comme le bedeau à sa cloche et le plumitif à son style !

Bienheureux l'obscur pisse-copie désencombré de tout calcul, le chantre du mystère aux textes énigmatiques, l'épique épistolaire aux épopées opaques, le maître incontesté de l'inconcevable ! Bienheureux tous les niaiseux, les stupides stupéfiants, le gratin des créatifs crétins, le ravi de la crèche des auteurs sur la paille ! Longue vie à mes vénérables frères et sœurs, tous ces grandioses talents en miniatures, ces cacographes comme moi, tous ces faiseurs d'écrits vains et de textes sans queue ni tête !

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J
Mes textes méritent une lecture attentive, voire plusieurs. C'est l'avantage d'en avoir plusieurs gratis, en un seul! Plaisirs multiples!
Merci Pénélope!
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P
Si cette troisième partie se voulait provoquante, je pense que c’est réussi !

Il n’y a que vous pour ramasser toutes ces lettres qui se trouvent en haut, pour illustrer ce texte et les rassembler afin d’en faire une composition qu’il nous faut lire et relire pour en comprendre une petite partie à chaque lecture.

Mais je pense qu’il ne faut surtout pas oublier que l’humour est toujours présent dans vos écrits de ce style.

J’imagine la grande délectation qui devait vous habiter en rédigeant ce troisième « Charabia » et en pensant aux yeux écarquillés que nous allions faire en essayant de le comprendre lors de la première lecture !
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