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Lettre aux écrivains : Charabia ! 1/3

Publié le par archibald_06

Goûteurs de mots et de phrases

A tant triturer les mots, à tant tordre les idées, je passe parfois aux yeux d'un lecteur pressé, pour un incompris. Mais je ne suis pas tout seul dans ce cas !

J'éprouve moi aussi, la même difficulté à lire certains de mes contemporains ou de mes amis de plume.

Je les lis attentivement avec l'envie de me délecter. Mais je suis parfois désarçonné. Que penser ? Comment prendre du plaisir quand je passe, d'une prose maladroite et empruntée au style prétentieux et emphatique ? Quand je me retrouve face à des phrases encombrées de contre-sens et de tournures alambiquées ou lorsque je me heurte à de la poésie éthérée et absconse, rongée de petits vers boiteux, mon intérêt faiblit. Je perds mes repères, j'en perds mon latin ! Ipso facto, nolens volens, je m'écris : Pauvre écrivain !

Chers confrères et amis, aux pavés de mille pages, jetés dans la mare aux canards littéraires et promis au pilon, permettez-moi, sans le moindre orgueil de vous mettre en garde. Qu'elle soit morte ou vivante, la langue doit se respecter ou bien allez illico, vous faire lire chez les Grecs ! Qu'il s'écrive ou se parle, le langage mérite le plus grand soin, au sens propre des mots.

Afin de ne pas vous faire rire jaune, je vais avec humour et sans langue de bois, vous prodiguer quelques conseils. Ainsi, chers plumitifs, prenez garde à vos propos.

Si votre langue est blanche comme votre page, inutile de la tirer ou de la charger davantage. Si elle est verte, vous n'êtes pas mûrs pour la couronne de lauriers mais pour la couronne mortuaire. Inévitablement, vous finirez abattus, dans la dernière rafale des formules plombées de votre style buté. Si elle fourche, ce n'est peut-être qu'à cause d'un simple cheveu qui peut vous faire friser le ridicule.

Inutile de conter des vertes et des pas mûres, de brouter les trèfles ou d'en faire tout un foin ! Restez bucoliques ou à défaut, rustiques mais ne soyez pas mauvaise langue !

Si elle est truffée d'expressions du terroir, c'est que vous espérez épater votre fouineur de lecteur en supposant qu'il ait du chien et du flair. Mais si elle lui apparaît fourrée, "finger in the nose", c'est que vous l'avez, à tous les coups, malmené en le menant par le bout du nez, sans renifler que c'est vous qui passerez pour un mufle ou une truffe !

Alors, ne soyez pas naïfs ! A coup sûr, après vous avoir lu, il se vengera en se payant votre tête de tuber melanosporum, bien loin, vous en conviendrez de l'odeur de sainteté. Il vous enverrait bien vous brosser mais sûrement préférera-t-il vous tirer la langue et vous frotter les oreilles. Vous aurez alors un nouveau style de figure, faute d'une nouvelle figure de style. Car vous avez beau donné votre langue au chat, suer et chercher à perdre haleine, la bonne inspiration, votre langue chargée vous donne une très mauvaise haleine et rebute votre lecteur !

Humez et subodorez ! Il fleure peut-être autour de vous un parfum d'étrange, des remugles de souvenirs fleuris, des impressions colorées et des odeurs, des enchantements et de fraîches émotions de voyages !

La nature a horreur du vide, ne soyez pas inconsistants, ni débordants de bons sentiments. Rassurez-vous, persévérez dans l'écriture, le souffle littéraire n'envoie pas, en principe, d'effluves empuantis. Mêmes les romans à l'eau de rose n'ont pas, pour autant, une fétide odeur putride. Peste soit des empesteurs qui ont voulu poéter plus haut que tout, dans l'espoir de faire leur trou !

Par leurs goûts douteux ou leurs mauvais sentiments, certains refoulent les taste-mots de bon terroir. Dans un relent, s'ils viennent à faire Ah ! Ah ! Ah ! Ce ne sera pas d'admiration ! Les écrivaillons tirent parfois une langue pendante et dégustent, simplement de n'être ni entendus, ni goûtés, ni lus et approuvés !

Apprentis marmitons ou grands toqués de la littérature, soyez donc savoureux par vos morceaux choisis ! Que votre stylo ne glisse pas dans l'épais potage aux plâtreux grumeaux.

Étonnez et intéressez, déroutez et ne tombez pas dans les ornières de la facilité descriptive ! Ne vous répétez pas dans les idées ni dans la structure répétitive des phrases ou des paragraphes ! Variez votre style, ménagez vos effets ! Ayez du mordant sans vous mordre la langue.

Emmenez votre globe-trotter, votre gobe-trotteur de pages illustrées en voyage dans sa tête. Dédoublez-vous en lui pour qu'il perçoive ce que vous racontez et le tableau que vous peignez. Que vos créatures soient les siennes. Aucun risque pour lui ! Sinon, les auteurs seraient eux-mêmes dévorés par les monstres qu'ils ont créés. L'image évoquée doit surgir dans son esprit. Soyez original, imagé et pittoresque. Amenez-le à voir, à penser, à aimer, à ressentir et à vous suivre. Lire, c'est cheminer à chaque pas avec l'auteur, c'est le lui emboiter et parfois sauter son pas pour progresser et le dépasser, même d'une courte tête imaginative.

Mettez-le en appétit ou laissez-le frugalement sur sa faim pour qu'il ait envie et besoin de manger à votre table des matières. Il faut que votre style soit digeste, goûtu et pas dégoûtant. Nom d'une pipette, il faut qu'il lui donne du nectar au compte-gouttes et du plaisir instillé, au goutte à goutte ! Ne soyez jamais dégoulinants ni dégouttants, même de bons sentiments. Vous essuieriez des revers et souffririez mille et un reproches de ceux qui n'entendent et ne comprennent goutte !... Même la dernière peut faire déborder le vase ou la vase ! Les critiques grenouillant dans les eaux saumâtres des marécages littéraires ne manqueront pas de sortir du marais pour s'exclamer : Non ! Mais c'est coâ ? C'est vraiment n'importe coâ !

Aux maladroits, à tous mes frères de plume empesée, je leur dis : Ayez un langage léger et délié, choisi et approprié ! Il met en valeur votre langue ! Il vous identifie par la parole ou l'écriture. Il fait de vous un auteur, à la hauteur des exigences et des attentes. Il est révélateur de votre milieu et fera de vous, un vrai caïd, à condition de n'être pas un copieur-pilleur avec en plus un mauvais sujet ! Votre langage est expressif. Il s'adapte et se spécifie suivant le thème, il en éclaire la matière, surtout si vous l'avez grise, non pas de mélancolie, mais d'éminente spiritualité !

Pas de charabia, de mots couverts, ni de style maniéré ! Soyez clairs et compréhensibles, même si vous êtes auteurs de romans noirs ! Vous êtes tenus de produire de l'énigme sans être nébuleux et ténébreux. Le mystère peut être épais mais pas votre style ! Les secrets les plus lourds méritent une plume légère, sans de pâteux pathos !

Votre texte ne bénéficie pas de voix, d'intonations, de signaux ni de mimiques pour être mieux perçu. Il faut que les signes graphiques soient de sens et de forme déchiffrables et décodables ! Les graffitis sont réservés aux gribouilleurs, les pattes de mouche aux noircisseurs, les pâtés aux écrivailleurs qui se font un sang d'encre et les racleurs d'encrier aux gratte-papiers. Les propos fumeux n'attirent que les indiens ! Ne vous croyez pas sur le sentier de la gloire, mais plutôt sur le sentier de la guerre avec vous-même.

Ugh ! A toi, mon frère ! Ô grand sachem, grand chef à plumes des plumassiers, sans grand panache ! Nous sommes de la même tribu !

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M
Suis d'accord avec Pénélope, devant un tel maitre, soyons clair et net, choisissons le bon mot sans en faire trop !!!
Ce fut encore une fois un belle lecture !
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J
Point trop de modestie, chères lectrices! Vos goûts sont sûrs et vos références solides! Surtout vous Morgane, qui avez un sacré brin de plume et tant d'élégance sensible et poétique!
J
C'est clair et expressif! Merci gentille Pénélope!
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P
J'ai tourné sept fois la langue dans la bouche.
J'ai réfléchi longuement avant de formuler à haute voix ce que j'allais bien pouvoir écrire comme commentaire.
Aujourd'hui, il ne s'agit pas de se tromper dans la façon de s'exprimer!

-"Pas de charabia, soyons clair!"

Alors, je dirai simplement que vos écrits nous apportent l'envie de lire par la richesse et la variété de leurs contenus.
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