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Conte de Noël

Publié le par modimodi

C'est Noël! J'ai l'esprit au Père, qui se fait la paire et qui cas hotte! Bellâtre scintillant, je m'en vais te narrer un conte mélo, dis! Tout émaillée de faux pas et de fausses notes, mon imagination des fêtes l'a trouvé, ce matin, au fond de ses gros sabots.

Ils se rencontrèrent au conservatoire. Elle jouait de l'épinette, lui, de la viole de gambe. Elle avait un cor d'harmonie qu'elle pratiquait dans sa chambrette. Elle l'invita. Il accepta. Ils partagèrent quelques accords, en cor à corps.

Touché à la corde sensible, il en pinça pour elle. Amoroso, larghetto, allegro, crescendo, fortissimo! C'était le plus beau duo de musique de chambre. Au programme: branle, gaillarde et sarabande! (Trouvez l'erreur!). Ils se produisirent sur toutes les scènes d'Europe, accompagnant maestros et divas!

Mais les chemins de la gloire ont parfois des voies de traverse. Sur les bords du beau Danube, bleus au cœur, leur amour éclata! Elle s'éprit d'un valseur mondain. Il était jeune, 25 balais! Aussitôt dans ses petits chaussons, elle fut emballée!

Il dansait comme un dieu, le meringué et la matchiche, le boston et le black-bottom. Son cœur fut transpercé par le clou du spectacle! Dans la danse du fakir, aie! aie! aie! Quelle extraordinaire vitesse de pointes! Il en brûlait les planches, elle en brûla d'amour, croyant à son étoile!

Soupirs, silences et pauses, faux pas et grand écart... C'est pour ces diables de chaussons, qu'elle envoya aux pommes son pauvre musicien. Ils donnèrent encore ensemble un impromptu en contretemps, un galop, une fugue mais pas de suite. Final et dernier accord plaqué! Voulant rompre ses fers, elle brisa même la chaîne de haute fidélité!

Sous d'autres cieux, avec son étoile, elle fila, m'a t-on dit, pour le parfait amour... Chorégraphie du grand pas de deux! Fondus et portés, style aérien! Pour les petits rats, la nuit, tous les entrechats sont gris!

L'infortuné croque notes n'étant plus de la revue, s'éloigna, à son tour sur la pointe des pieds. Abattu, il battait en retraite quand il rencontra un jeune, battant tambour. Il avait un petit nez, en trompette et en renommée.

_ "Ma corniste au cor de chasse, s'en est allée, lui dit-il! Après m'avoir fait marcher à la baguette, elle est partie, sans tambour ni trompette, dans une vulgaire caisse de frimeur, rouler quelque part sa caisse avec un gambilleur!"

_"Mon ami, imite-moi et ne désespère pas. Donne-toi à ton art, ouvre-toi encore plus à la musique! Ne perds pas de temps et du duo passe à l'orchestre polyphonique! Ne te frappe pas, si dans ce mauvais coup, c'est ailleurs, que ta rouée est partie danser la bourrée! L'amour est une histoire de gongs, une romance de deux balles, à cymbales.

Il n'y a pas d'accord parfait! Reste tonique! La passion n'est que du pipeau qui, sur toute la gamme prend le vent et se donne l'air! Adagio, moderato, lamentabile! La partition, en mode mineur, souvent inachevée, ne vous donne le la qu'avec des si. Bien fat est qui s'y fie! Nos muses s'amusent en dissonance. Change d'air ami, reprends ta cadence et la clé des chants!"

Le timbalier avait raison. C'est en cherchant une autre voie, qu'au hasard d'un brouillard, il la croisa. Elle faisait des vocalises sur les bords de la Tamise. Romances, cantates, trilles de cristal... Il en resta sans voix et lui demanda de l'accompagner dans tous ses récitals. Après quelques roulades, il se mit vite au lied avec la Prima donna!...

Amoroso, languido, gracioso, agitato! De syncope en comma, elle se pâma entre ses bras. Vertiges et feux sacrés, harmonies aux rimes embrassées. Mais un soir de gala, la cantatrice haut de gamme, coinçant dans le contre ut, s’époumona. Dans le grand air: << Gratte-moi la puce que j'ai dans le do! >> Le sol se déroba. Ce fut le fiasco, un vrai méli-mélo, en pleine mélodie. Un vrai chant du départ, un chant du cygne. Il la quitta. Elle déchanta.

Or,un 25 décembre, c'était réglé comme du papier à musique, le père Noël, ce facétieux offrit au musicien un final plus mélodieux. Ce jour là, à l'Opéra, il retrouva sa douce amie, au corps de rêve et au cor d'harmonie. On y donnait ce soir, le ballet Petrouchka. A l'air fameux: << Il avait une jambe de bois... >>, voulant aller plus vite que la musique, son danseur de mari, à la pointe de son art, glissa sur le parquet et se brisa talons et pointes. Adieu ballerines, adieu tutus, l'amour, l'amor! Les cinq sens, dessus dessous, devant derrière! Dernière danse macabre! Adieux!

Alors ne sachant plus, elle-même, sur quel pied danser, sans doute préféra-t-elle son joueur de viole de gambe à son éclopé des gambettes... Amoroso, maestoso, prestissimo! Prenant leurs jambes à leur cou, ils s'enfoncèrent dans la nuit claire...

On dit qu'il dansent pas à pas, la danse du tambourin, le passepied et la contredanse. On dit qu'étourdis d'amour et de bonheur, il dansent à en perdre la tête, la danse de Salomé et la danse de Saint Guy puis le boogie-woogie, avant les prières du soir et les dévotions de la nuit!

Joyeux NOËL! Ô alanguis, ô guillerets, au gui l'an neuf!

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