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Correspondance amoureuse

Publié le par modimodi

Ma très chère, je prends la plume, je vous l'avoue, contraint, forcé et à vrai dire, contre ma volonté. Mais vous savez que je refuse ces contrariétés d'humeur comme ces chicanes de passage qui ne sont que de stériles déplaisirs entre vous et moi.

Vous m'avez, ma douce amie, demandé de vous écrire autre chose que les habituelles banalités amoureuses. Vous n'aimez pas les lieux communs ni les déclarations d'usage. Vous en avez assez de mes répétitifs je t'aime, jetés aux quatre vents par mon cœur girouette et ma petite tête en l'air !

Je proteste et tempête ! Pourquoi l'amour, le nôtre surtout, serait-il plus original qu'un autre ? Pourquoi le temps épargnerait-il sans les marchander, nos quatre saisons d'aimer ? N'est-ce pas, parce que votre vie est soumise à leur cycle, que vous avez parfois l'impression de tourner, comme la terre, sur vous-même et en rond ?

Oui ! Je peux satisfaire vos caprices, me précipiter comme l'averse soudaine et vous écrire sur le champ, en renversant l'encrier et en couchant les herbes folles et en bataille de mes déclarations échevelées ! En ce jour même, mon cœur peut vous donner des mots en bourgeons de printemps pour s'accorder à vos reproches déjà chargés des larmes rouges de l'automne. Je pense parvenir à vous faire regretter les trahisons des branches, lourdes et cassantes du gel de votre amertume. Je peux vous offrir les frissons de fleurs enivrées, d'une sève ciguë en leur calice. Car voyez-vous, ingrate, en nature comme en poésie d'amour, les vers sont dans le fruit !

Mais, à quoi bon, pour le réchauffer, couvrirai-je votre cœur frileux de mes plumes d'oie d'écrivain ? Pourquoi devrai-je accorder du renouveau à mes missives et mettre mes idées en semailles, puisque je suis sûr que, le moment venu, vous viderez mes mots comme des pommes, sans même penser à en boire l'eau-de-vie.

Oui ! A ma guise, je suis en capacité de tout vous donner, du meilleur de moi-même... Je sais que l'été, est votre saison d'aimer préférée ! Je peux vous promettre les beaux jours, le soleil levant, l'éther le plus pur et la mer immobile piquée de voiliers blancs. Je vous offre les fleurs, les fruits et la lumière.

Je peux chanter le sublime d'un instant somptueux, la pureté d'un trille, la beauté d'un panorama ouvert comme votre cœur sur le plein ciel. J'ai l'art de célébrer la transparence de l'air et ses vibrations, le charme intime de votre présence quand votre corps est en offrande et le don de versifier à loisir, des odes et des sonnets romantiques ou lyriques. Je peux vous écrire sur le sable des paroles de vent, à faire gonfler les dunes de votre cœur. Mais à quoi bon ? Et pourquoi tracerai-je nos initiales enlacées, si vous êtes l'écume qui emporte mes traces ?

Voyez-vous ? L'amour circonscrit ses signes de cœur, calque sur le hasard, les échéances de ses lignes de chance. Il projette même les ombres désertées des sentiments en fuite. Vous n'avez pas le pouvoir de délimiter en moi, comme en vous, l'immensité des possibles émotions. Vous ne sauriez borner nos intuitions, juguler nos sensations, freiner le cours de nos pensées ni programmer nos souvenirs. Nous ne pourrons jamais nous aimer contre notre volonté et nous émouvoir sur commande. Nous ne serons jamais rigoureusement semblables, sauf à faire semblant.

Je ne voudrais pas être soumis à votre exigeante influence et écrire sous la dictée, tous vos souhaits ou vos diktats. L'unicité de l'amour réside dans nos expressions singulières et nos élans pluriels. Aurions-nous même la possibilité d'être dans le même ton, nous ne serions pas pour autant, au diapason ! L'harmonie entre deux êtres n'est jamais préétablie. En amour, les coïncidences ne deviennent des correspondances de sentiments que lorsqu'elles sont en concordances.

Les lignes tracées sur le papier sont éphémères et plus légères que les lignes musicales sur la portée du destin. L'encre finit un jour, par sécher dans l'encrier comme vos propres larmes, qui ont un jour fait pâlir les signes et les mots que nous avions échangés.

Pourquoi voudriez-vous, vous arroger le droit de prendre nos sentiments au pied de la lettre pour en faire d'abord une, puis de nouvelles correspondances amoureuses ? Pourquoi êtes-vous récalcitrante à la rapidité bien plus pratique des courriels et exigez-vous exclusivement des courriers ? Prenez-vous du plaisir à attendre et du moral à espérer ? Ô ma très chère, n'est pas Pénélope qui le veut.

Allez ! Je vous mets en garde ! N'allez pas prendre tous mes petits pas vers vous, à contre sens. N'égarez pas mes indices amoureux à contre-voie de votre cœur. Ne placez pas mes preuves éclatantes à contre-jour et mes rimes à contre-pied. Sur les tablettes de votre cœur, j'avais gravé des hiéroglyphes, j'avais enluminé et imprimé des incunables en préservant la marge et les marges, d'énigmes comme d'erreurs ! Vous ne deviez ni les effacer ni les égarer.

Avez-vous douté de leur authenticité et de leur persistance ? Hésiter, ce n'est pas tromper l'autre, c'est parfois se tromper par incrédulité. Sachez, ma confidente, mon amour de toujours, qu'il n'y a jamais d'écrits vains, si les tendres mots des aveux s'impriment définitivement en l'autre.

Si vous ne vous êtes pas dissipée, ni vous n'avez pas estompé vos primes émotions et grisé nos souvenirs, vous me possédez déjà. Mon cœur vous appartient dans nos confidences échangées et l'écho, même lointain de ma voix. Vous avez la possibilité de ressusciter, à loisir, mes fiévreux émois exprimés avec passion dans ces nombreuses correspondances parfumées et enrubannées. A condition, belle inconstante, que vous n'en n'ayez pas fait un feu de joies réduites en cendres !

Sans doute, avec le temps, estimez-vous que je me sois éloigné de vous. Il n'en est rien ! Sachez que je vous aime toujours à distance et à perte de vue ! Alors, en synchronie de nos deux cœurs, aimez-moi à votre tour, les yeux fermés. Oui ! Au fond de mes pensées obscurcies, cet amour m'avait aveuglé et j'aurais peut-être dû avec doigté, vous écrire en braille ! Parfois ressentir est plus utile que voir !

Malgré toutes les réticences que je vous ai exprimées doucement mais fermement, je suis contraint de constater que vous persistez encore dans votre requête ! Alors soit ! J'accepte de reprendre la plume.

Et comme nous en avions convenu : entre nous, il n'y aura pas de mièvrerie ou de sensiblerie à deux sous ! Vous espérez de moi que j'aie à nouveau du répondant. Alors soit ! Même si je demeure quand même, bien hésitant...

En effet, je ne pourrais que répéter en les copiant les déclarations de mes premiers élans. Je ne suis pas un copy cat, serial lover ! Les mots n'auront plus la même fraîcheur de l’innocente spontanéité. Je ne suis pas un tricheur de sentiments ni un expert en faux-semblants. Vous en êtes avertie et consciente, je l'espère !

Alors, ne vous attendez pas à trouver ici, sous ma plume, l'obole d'un billet doux et quelques galanteries d'aigrefin cavaleur. Quand l'amour est un faussaire, il faut rendre la monnaie, à ses cinq lettres de créance et ne pas trébucher pour y donner le change. Je vous fais donc crédit d'avance et je vous fais déjà contre mauvaise fortune, bon cœur !

Banco donc, si c'est pour vous plaire ! Je vais tâcher de me montrer inventif et succulent d'amour. Vous pourrez vous payer au magot de ma prose, au gousset de mes phrases et croquer de la galette aux amandes de mes mots. Goûtez donc à nouveau, l'amour comme une friandise !

Prenez mon cœur pour argent comptant et mes prochaines lettres comme un capital confiance, à placer et à conserver ! Qu'importe les aléas des futurs rendements épistolaires, c'est peut-être l'assurance-vie, voire survie de notre amour ! On ne sait jamais, peut-être, avez-vous raison et avons-nous intérêt, en cœurs et en corps, à nous épargner, l'un et l'autre !

Mais ne perdez pas mes missives adressées cette fois, en poste restante de votre cœur.

 

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