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Lettre à ma fugueuse inspiration : Attentes ! 2/2

Publié le par modimodi

J'attends ! Je t'attends ! Que de fois, ai-je prononcé ces mots !

A toi, mon heure dans le temps suspendue, toi, ma bonne heure de douceur absolue ! Ma muse inspirée ! A toi, mon égérie, mon amour de toujours ! A toi, mon idée créatrice, la lyre de mes chants !

A toi, mon supplice, ma roue des angoisses, mon tourment et mon crève-cœur ! A toi, la torture de la croix sur toutes mes idées ! A toi, ma condamnation, l'interminable attente du châtiment, tant notre séparation, de quelques heures, un jour, un intervalle, semble une éternité !

A toi ma promesse et ma promise ! A toi, ma conception immaculée du désir ! A toi, ma symbolique intellection, mon esprit fécondé de germinations créatrices ! A toi, pensée si pure, apparue fugacement, en mon innocent cœur d'enfant comme la Vierge Marie dans le creux du rocher et dans le don de Dieu ! A toi, vers qui je lève les yeux et hisse ma plume, au ciel !

Je t'attends, toi, mon tout espoir, toi, ma persévérante illusion ! Toi, mon refuge, mon abri, je me blottis en toi et me serre contre toi au sein de mon récit. Je t'exhorte toujours et contre toute attente, je grave des sons, des signes sur la cire de ton cœur ! Nul écho ! Rien qu'un silence ému en place d'impression !

Je t'attends, toi, qui probablement, m'as cyniquement pris pour ce bon Diogène ! Toi, ma lumière vacillante d'imagination, toi, qui me fais lanterner en promesses de feu ! Toi, ma veilleuse dans la nuit de l'esprit, ma lueur de fanal, mon phare éteint dans le brouillard de mes pensées. Toi, qui me jauges et m'envoies tes foudres et qui penses que mes idées sont du même tonneau !

Toi, Muse de caprices, intransigeante vertueuse, la vraie rebelle d'entre nous deux ! Je te suis pourtant, fidèle en idées fixes comme un chien à sa maîtresse ! Mais à quoi bon ! Toi, si tu es loyale, ce n'est que pour me prouver ton fort attachement et ton assiduité dans la constance des abandons comme dans l'inconstance de ma volage inspiration.

Je t'espère pourtant, toi, qui m'as sûrement pris pour Sir Charles quand je me croyais un darwiniste homme de plumes, dans l'espoir insensé d'être sélectionné pour l'avenir littéraire ! En l'espèce, j'avais au microscope de ma vision étroite, constaté ton existence et anticipé tout naturellement ta venue.

Je t'avais conceptualisée. Mais tu m'as laissé spontanément sans progrès, dans l'antichambre de l'évolution et de la vie de l'esprit ! Je subis la sélection naturelle de ta complexion et de tes goûts ! Mes écrits restent fades et stériles de la moindre trouvaille. L'amélioration est un vain espoir de métamorphose.

Je t'espère encore, malgré tout, toi, mon atavique expectative du grand amour des belles lettres ! Toi, muse callipyge, génie du Parnasse, hérédité plastique de la forme parfaite, métamorphose des sentiments, sublimée en la beauté d'un cri ou un jet de la plume ! Toi, ma timide tendresse romantique et mon exaltation, toi, ma passion déchaînée dans l'impatience du terme juste !

Je désespère obstinément dans le champ de ma rusticité stylistique ! Toi, Muse rebelle, qui mélanges mes aveux et mes rudimentaires mots d'amour comme on confondrait betteraves et navets ! Toi, qui me fais passer du plan de poireau au pied de grue ! Toi, qui me mets les gros sabots pour labourer mes pensées de glaiseux populaire ! Toi, qui embourbes mes chants d'amour dans des ritournelles terre à terre.

Je désespère de toi, ma cruelle, ma persévérance romanesque aux doigts crochus. Toi, ma tordeuse de vers, aux pieds fourchus de mes poèmes, ma rebouteuse d'entorses prosodiques ! Ô toi, qui as donné la fermeté à tous mes pas perdus et la malédiction à mon enfer pavé de tant de bonnes intentions stylistiques !

Je t'ai pourtant choisie, toi, à qui je me suis accroché et comme un lierre attaché à la muraille de mes défauts fortifiés ! Toi, qui m'a fait prendre racine, à mon arbre généalogique en attendant le nouveau Messie, le dernier génie littéraire !

Mais tu devrais mieux me connaître ! Je ne crois plus au Père Noël, à ce snob et ce mondain d'un seul jour ! Loin de moi, ce bonimenteur, ce conteur amateur, ce prometteur de bons mots enveloppés dans du papier-cadeau !

Je persiste dans l'aveugle confiance. Oui ! Je te veux, toi qui t'incarnes dans mon manque d'ardeur, d'audace et d'enthousiasme ! Je te veux toi, ma nostalgie romantique et mes regrets d'amour ! Toi, ma mélancolie passagère, mon vague à l’âme vagabonde ! Toi, ma reine de l'absurde en mes textes ineptes !

Je suis obstinément tout à toi, ma reine des préjugés ! Toi, ma résistance au changement par peur de tes lubies ! Toi, à qui j'offre mon fatalisme navré devant tes humeurs réactionnaires et à qui je fais don de mon conservatisme apeuré devant tes délires rétrogrades. Toi, qui me laisses, mesquin, borné, progressiste déchu, dans l'ambivalence de l'esprit critique et de la foi en toi ! Je t'espérais classique, académique, surréaliste, tu te donnes, satirique, tragique et prosaïque !

Ô muse, tu muses, tu t'amuses, tu abuses ! J'attends ! Je t'attends ! Je t'attends !... Entends ma mélopée ! Entends !... Je te veux ! Sois inédite ! Prends-moi et surprends-moi !... Calligraphie et enlumine mes pensées, donne-leur l'accolade ! Inspire mes billets doux, donne-leur du volume ! Mets ton auteur d'écrits vains à la hauteur de l'ambition de l'écrivain...

Ô Enfin ! Enfin ! Ô grand et immense Bonheur ! Je n'ai plus à t'attendre, à psalmodier ces lancinantes litanies, à prononcer ces mots obsédés et exaspérés ! Tu es enfin apparue pour éclairer ma route d'essayiste et embellir thèmes et sujets au lexique de chaque jour. Tu es venue te blottir cette nuit dans le fond de mon encrier, te jeter dans les bras des idées ! Je peux crier merci !

Ô toi, ma fleur de modestie ! Ô toi, que je croyais avoir perdue, toi, mon petit myosotis en fleur de rhétorique, toi, la simple délaissée dans l'inconstance de ma mémoire. Toi, que j'avais trop vite mise en gerbe de souvenirs symboliques, au mémorial des oublis et du temps passé ! Toi, mon cœur régénéré d'émois et de soupirs ! Oui ! Toi, Muse enfin triomphante, porteuse de nouvelles et d'inventions ! Oui ! Toi qui rayonnes en mon esprit étincelant d'intuitions et qui sous ma plume, en chaque page vient étoiler l'azur.

A toi, tout entier je me donne ! Tu embellis et parfumes ma vie de ton florilège ! Ma primevère, mon impatience, ma fleur de jeunesse et de vaillance littéraire ! Toi, ma fleur de l'âge, ma marguerite effeuillée de délices et de déraison anthologique ! Toi, ma petite fleur céleste, couronne d'immortelles pour mes écrits posthumes !

A toi, je m'abandonne ! Toi, ma goutte de sang sur l'épine de l'amour constant ! Toi, mon amour confiant, don absolument pur de charme, de fascination et d'extase. Ô Toi, tu es à jamais la fleur et la grâce de l'Au-Delà, au-delà de toute attente ! Je peux respirer sans soupirer, je peux expirer, tu m'inspires.

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J
Belle sagesse, Pénélope! Vous méritez le mieux et toujours plus! Vous avez raison d'attendre et d'espérer!
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P
Dans une de ses chansons, Pierre Bachelet chantait:
"Si vivre c'est attendre, alors j'ai bien vécu."

C'est vrai qu'attendre quelqu'un ou quelque chose, c'est espérer et l'espoir fait vivre.

Mais attendre toute sa vie, est-ce vraiment bien vivre?

Il faut apprécier les petits bonheurs que l'on reçoit.
Il faut aussi savoir donner.

J'espère toujours que demain sera meilleur qu'aujourd'hui. Donc je vis!
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