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Sans voix ! 2/2

Publié le par modimodi

Avec mes écrits "sans queue ni tête", on me dit que je donne du prurit aux puristes. Mes textes leur donnent des boutons, ils me font la guerre! Je réplique à tir nourri d'inepties. Mes mots que je tire en rafales sont mes seules armes !

Certains bedeaux ou thuriféraires de la belle jactance voudraient bien me sonner les cloches mais je pense qu'ils envisageraient le tocsin !... Moi, je suis mort de rire... d'un rire bien gras comme mon expression écrite, elle même, empâtée et grasse comme celle d'un moine copiste, tandis que mes idées sont restées maigres comme un cent de clous !

Au régime, serait-ce mieux ! Je suis déjà face de carême prenant et l'on me fuit comme un pestiféré croûteux ! Je me sauve et me traîne. Je ne peux plus faire entendre aux bigots, à l'esprit de chapelle littéraire, que ma petite et grinçante voix de crécelle !

Les critiques au verbe haut m'ont fait un procès verbal. Certains vieux conformistes jouent même, les jeunes premiers de la modernité ! Ils s'estiment du plus haut degré, alors qu'ils n'ont jamais réussi à atteindre le second !

Ceux-là m'ont bâillonné et muselé. Ils m'ont donné du discrédit à discrétion ! Je suis sans voix ! Je reste coi, allez savoir pourquoi ! Ma peine est inaudible de tant de cris sourds et intérieurs, de tant de pauses et de soupirs. Il ne me reste que des signes graphiques comme autant de signes de détresse.

Je ferais mieux de me retirer et de me murer dans le silence ! J'ai tout franchi: le mur des lamentations d'une voix éplorée, le mur de la honte, d'une voix pathétique et le mur du son, d'une voix éclatante. Concrètement, désormais je n'ai plus atterré qu'à me terrer et à me taire !

Tantôt, j'étais aux abois, je bramais, hurlais et braillais au fond des bois avec les loups, tantôt, j'étais à fond de cale, à fond la caisse, à fond sur tout et partout ! Déjà au fond, au très profond !... D'autres fois, je n'avais plus qu'un filet de voix cristalline qui murmurait et se la coulait en douce ! Aujourd'hui, je suis abasourdi et ma petite voix est sourde.

Le succès et l'inspiration me font sans cesse la sourde oreille ! La désolation fait entendre sa voix plaintive. Mes lecteurs internautes restent souvent sans voix: un misérable smile d'une seconde et d'un doigt pour un texte écrit besogneusement, pendant plusieurs heures !...Temps mort ou temps perdu font l'air du temps qui court  !

L'écho lui même n'est que celui de la voix funeste et lugubre de l'indifférence ou du mépris ! Je touche le fond de l’abîme. "De profundis, clamavit ad te!" Silence de mort!... Mes écrits ont de la profondeur, celle du silence des agneaux !... Je psalmodie : "Le Seigneur est mon berger... rien ne saurait me manquer ! Dans de verts pâturages, il me fait reposer." N'écoutant alors, que la voix de la nature, je bée et je bêle ! Mon talent broute, je rumine ou je pais, dans la paix des braves, tombés au champ d'honneurs, sans doute hélas, posthumes !

Certains qui me voudraient le muet du sérail, disent que j'ai une voix d'eunuque et que je devrais me voiler la face ! Doucement les basses ! Mezza voce! ... J'ai des sanglots et des larmes dans ma voix blanche ! Ma douleur est silencieuse, comme celle d'une odalisque.

Hier encore, je claironnais, je cornais comme un chapon, aujourd'hui, dans un langage châtré, je suis en sourdine ! A la basse-cour des miracles, m'adonnant à la pantomime, le pitre est piteux, le pantin est pantois ! Au diable ! Je dois me laisser maudire sans mot dire !

Me voici, taciturne, chercheur d'or du silence ! Sans trop savoir pourquoi, me voilà gardien du secret des mots. Un seul rébus me met au rebut. Je suis placé en réserve, comme l'animal libre de la création débridée ! Espèce, mal protégée, en voie de disparition ! Je dois me réserver peut-être pour l'énigme et le mystère !...

Alors, je m'impose une totale discrétion. Je vis dans la ouate, je pense à voix feutrée! Je garde ma langue dans ma poche, quand j'ai tant envie de vous la tirer !...

Je ne dois plus jamais parler pour ne rien dire... Interruption de l'image et du son ! Mutisme des carpes et des tombes ! Non, je n'ai ni avalé ni perdu ma langue mais dans un interminable face à face avec le grand Mystère, j'observe le silence !

Pourtant ma plume en secret se veut bavarde, elle jacasse et cancane, elle cajole et enjôle ! Mais maintenant qu'en vain, j'attends qu'un ange passe, je sais que j'ai eu tort de changer mes plumes d'oie pour quelques plumes de paons, oiseaux du paradis ! Désormais dans un silence éloquent, le mot chute, s'écrit et s'écrie Chut !

Alors, grands dieux, si je suis muet, c'est sans doute parce que l'e muet est une caractéristique de la langue française! Il faut comme moi, le laisser tomber ! Il est caduc, il ne peut pas être prononcé, comme mon éloge ! Excepté le funèbre ! Mais si possible, Seigneur, après encore... une pause, un très long temps d'arrêt !

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