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Fadeur et fadaises 2/2

Publié le par modimodi

Les mots au fil du temps se sont dénaturés. Ils ont perdu leurs couleurs et leurs sens d'origine. Ils se sont affadis en altérant les nuances de leurs goûts originels. Ils ont même été déracinés de leur terroir. Ils survivent encore souvent dans la fadeur du terreau populaire et les fadaises tourbeuses du langage parlé.

Lecteurs de passage, n'allez pas me contester, vous vous contrediriez ! Au sens étymologique, il faudrait d'abord que vous fournissiez des témoins pour pouvoir plaider votre cause. Le désaccord devra être prouvé !

A chaque plage de mes récits, inutile de ramasser les galets de la discorde littéraire. Attaquer mon style lapidaire ne suffit pas. Si les frondeurs ont besoin de pierres, ils doivent au moins savoir viser juste. D'ailleurs les bonnes pierres de taille ne sont jamais d'achoppement mais de touche.

Si vous êtes tièdes dans vos propos, votre vengeance ne tardera pas à devenir un plat froid qui vous restera sur l'estomac. Pour éviter de barbouiller, mieux vaut être amers à boire que d'arrière-goût, mieux vaut être imbuvables qu'indigestes !

Oui, moi, je peux aussi faire dans la douceur mais pas dans l'insipidité ! Je peux être dans le style tarte à la crème ou tout sucre et tout miel sans être mielleux. Je n'attache pas mon lecteur avec un style poisseux et encore moins pisseux ! Pas de piquette ! Pour l'enivrer d'un bouquet capiteux, pas de vaporeux ni d'éventé ! L'art de ne pas écrire en vain, s'apprend avec de la bouteille. Foie de Bacchus, j'ai bu avec ivresse tous les calices jusqu'à la lie ! Serment d'ivrogne qui ne craint pas les foudres !

D'ailleurs, pourquoi être quelconque quand on veut être quelqu'un ? Pour signifier le talent, l'art ne peut être insignifiant. Le commun est trop conventionnel et la platitude uniforme, souvent ennuyeuse. Il est préférable d'avoir du relief, d'être haut en couleurs, qu'éteint, terne et banal. Pour être au net, l'expression doit être polie, mais pas trop...

Au fil des idées, il faut du frivole et du subtil pour joindre le futile à l'agréable ! Chers confrères plumitifs, si votre plume est émoussée, n'espérez pas être à la pointe. Vous ne percerez jamais et ne ferez pas votre trou en étant creux. Vous n'aurez pas le plein de lecteurs en étant vides ! Vous n'obtiendrez pas lourd de recommandations si vous êtes trop légers. Vous n'aurez pas matière à critiques ou louanges si vous êtes inconsistants !

Il est acceptable d'avoir des prétentions, voire à la rigueur, d'être vaniteux et fat d'aise quand on a des facilités scripturaires. Mais attention à ne pas délayer, s'épancher ou se répandre ! Pour être épatant, le coup de patte ne doit pas être épaté. Mieux vaudrait s'écraser que d'être aplati par les critiques qui vous laminent.

Par contre si la médiocrité déteint sur vos textes, l'encre sera délavée et vos écrits deviendront monotones. Vous verserez dans l'écriture volatile et sympathique d'une triste prose à hics ! Mais par faiblesse et médiocrité ambiante, certains pourront aimer votre style figé. Vous risquez même de plaire aux visages pâles de la littérature et à quelques tristes sires, adeptes du musée Grévin. Bas les masques ! Hein posteurs !

Pour ne pas être fade, il ne faut ni écrire ni conter des fadaises. D'ailleurs moi, je ne scribouille pas pour les fadas qui raffolent de bêtises et de calembredaines, de fariboles et de balivernes. Parfois, s'il m'arrive de faire dans la bagatelle, en galant homme alors, je brode mon style de dentelles. Oui, mes lectrices au cœur de jouvencelles, oui, mes princesses en organdi et crinoline, je préfère les fariboles et la gaudriole à la gloriole et ses protocoles !

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