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Ordre et désordre 3/3

Publié le par modimodi

Mes amis, tout est ordre ou désordre dans le monde, en nos esprits ou nos cœurs !

Depuis la grande omelette cosmique jusqu'à nous-mêmes, nous avons fait la découverte et l'apprentissage de l'ordre et du désordre. Nous savons qu'en cassant des œufs, nous en brisons l’unité et l'homogénéité. Et pourtant ! ... C'est en les battant qu'il est possible de leur donner une nouvelle homogénéité et d'atteindre aux délices des œufs brouillés ! "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme." Lavoisier reprenant le philosophe grec Anaxagore a raison ! " Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau." La matière se conserve et le désordre engendre l'ordre. "Ordo ab chao", bien plus qu'un symbole...

Dès l'école, nous avons appris la logique et la suite des nombres. Nous avons admis sans pouvoir nous y soustraire, le principe des combinaisons opératoires ! Nous savons que nos vies sont des équations aux multiples inconnues. La logique mathématique nous a constitué les enchaînements de notre structure mentale. Elle a imprégné la physique et notre compréhension de l'univers. Elle en a donné l'esprit des lois.

Elle a offert et imposé même une morale à la classe sociale. Elle nous a préparés à tenir notre rang ! De l'ordinal aux vertus cardinales, elle a distribué des ordres de grandeur à nos actions et nos valeurs.

Comme d'instinct, nous avons su rêver, il a fallu donner un cadre logique à notre imagination. Nous avons appris à penser pour agir. Le sens de l'ordre et de la méthode nous a été donné pour organiser nos jours, quadriller nos années, organiser nos vies et géométriser à la manière pascalienne nos probabilités.

Le préférant à l'anarchie, le monde aime l'ordre, il en a grand besoin pour se maintenir. De la simple demande à l'injonction, l'ordre s'impose. Et Oui ! Commander, c'est bien, mais être obéi, c'est mieux !... "Oui, Chef, Monsieur, Maîtresse, à vos ordres !" A l'école ou à l'armée, pour faire ses classes, il faut des règles et du règlement, de la rigueur et de la discipline dans un système bien structuré.

Alors, le troufion suit le mot d'ordre. Il s'exécute sur le champ, qui n'est pas encore son champ d'honneur. Il est prêt à passer avec la troupe, en revue et à défiler au pas, poitrine gonflée de sentiments patriotiques, aux éclats cuivrés de la musique militaire et de son hymne national. Et pourtant bien souvent, jusqu'à nouvel ordre : "avant d'exécuter l'ordre, il lui faut attendre le contre ordre."

Ainsi parfois nos dépits sentimentaux ! "Souvent femme varie, mal habil qui s'y fie.", aurait gravé François 1er sur la fenêtre de sa chambre. Victor Hugo avait presque reprise mot à mot cette sentance et l'avait complétée de : "Une femme souvent n'est qu'une plume au vent." Réalisme amoureux ou déçu, cette misogynie n'était en fait que la projection du désordre des aventures et des amours de leurs auteurs.

En voulant organiser nos existences, réguler nos sentiments, prendre influence sur la sphère de l'intime, aucun système, aucun pouvoir n'ont réussi à éliminer l'incertain et supprimer l'incertitude. L'application méthodique de la raison n'empêche pas l'expression des différents degrés de violence personnelle ou sociale. Les révolutions se sont nourries de ces tensions humaines et contradictoires entre l'ordre imposé et le désordre provoqué.

Heureusement, cette plume est douce et légère afin que les idées effleurent le lecteur et que les expressions caressent chaque page. Ses sentiments et ses impressions font le reste. Elles atomisent son esprit d'affinités avec son cœur. Elles lui permettent de voir plus loin qu'avec ses yeux en lui offrant une vision intérieure.

Paul Claudel a dit : " Si l'ordre est le plaisir de la raison, le désordre est le délice de l'imagination." J'ai moi-même ce goût du fatras des idées et des mots ! Quand chacun s'évertue à ne pas perdre le sens commun, moi j'évite par tous mes sens emportés et figurés d'être commun ! Les dérèglements intellectuels de certains de mes écrits prouvent l'instabilité rationnelle quoique volontairement méthodique de l'auteur et sa jouissance imaginative !...

Celui qui "délire", par anagramme est en train de "délier" ce qui l'entrave : ses obsessions, ses incohérences, ses carcans du réel, ses rêves hallucinés. L'illuminé fuit la lucidité, ébloui peut-être par trop de lumière. Celui qui divague se débat dans la houle agitée de ses contradictions, dans les déferlantes ou les ressacs de ses intuitions tourmentées, dans les remous déchaînés de la tempête d'idées écumantes, sous son crâne. Peut-être parce que la raison qu'on croit acquise, procède elle aussi du désordre des fausses convictions !

Pour ne pas devenir une croyance figée, la foi doit-elle rester inébranlable et hermétique face aux preuves de la science ? Ne convient-il pas de bouleverser ou au moins de déranger ses propres certitudes ? Examiner n'est pas renoncer... A quoi peut bien servir d'être fidèle à sa parole si on ignore à qui on l'a donnée ? Pourquoi promettre et s'obliger si on ne sait envers qui on s'engage ?

Devant le désordre des incertitudes et le silence glacé de la réponse, ne reste-t-il qu'à confirmer sa foi par l'abandon du questionnement ? Croire n'est-ce pas finalement accepter dans la joie, le mystère par-delà les doutes ?

Salutaire introspection et merveilleux problème épistémologique et philosophique à cogiter sans fin, au hasard des études comme des pensées fugaces ! A. Rodin a donné forme humaine et dimension universelle au Penseur. Si l'esprit est libre, l'Homme se débat entre l'ordre et le désordre de ses pensées, de sa raison et de son cœur.

 

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