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Lettre à mes petits enfants. 2/2

Publié le par modimodi

Mes tout petits, mes chéris, mes sales mômes ! Oui, nous avons des nouvelles de l'oncle Cro-Magnon ! Nous avons reçu une carte de vacances. Il les passe chez Lucy avec grand-père Mathusalem !

Ils vont même aller au festival des vieilles cavernes ! Ne vous moquez pas ! Nous leur ressemblons ! Nous aimons les shows, les concerts, les sunlights, les teufs comme vous dites, eux, aimaient les jeux du cirque et les combats des arènes. "Autres temps, autres mœurs !"

La vie elle-même, nous donne la représentation ! Levez la tête, mes p'tits zamours pour la danse de la Grande-Ourse ! Monsieur Loyal annonce l'ouverture de la piste aux étoiles. Ah ! Bien sûr, vous voulez y briller comme des stars, d'un jour, d'un soir !

Nous, évidemment, nous sommes des saltimbanques, de vieux guignols, des rasoirs et des funambules sur le fil de l'existence ! Vous, vous êtes des enfants de la troupe, des artistes acrobates. Vous jonglez avec des bulles de bonheur multicolores, vous êtes des enfants de la balle. Votre destin est dans votre paume ! Votre vie, est un grand chapiteau pour la toile de vos rêves. Nous devons vous laisser la scène et vite descendre des tréteaux ! Heureusement parfois, jeunes allumeurs de réverbère, les étoiles et les morveux se font moucher !

Vous avez une âme d'enfant. Vous ne pouvez donc être que puérils et nous, que des vieux jeux, déjà hors-jeu, à mettre sur la touche ! Vous êtes sévères avec nous, sans indulgence, de vrais enfants terribles ! Nous ne comprenons rien !... Nous ne devons surtout pas penser que vous êtes bêtes comme chou qui vous a vu naître ! Vous ne faites pas l'enfant, vos gamineries sont des caprices créatifs, vos enfantillages des preuves géniales d'ingénuité ! C'est nous qui gardons, pensez-vous, des traumatismes infantiles.

Et pourtant ! Sans qu'on s'y attende, sans qu'on le souhaite, un jour, une heure !... Un sanglot, une plainte sourde, un nuage dans le ciel bleu de l'adolescence, une barre au front de l'insouciance ! Une peine immense, la première trahison, celle de l'amitié !... "Allo maman, bobo !" Pauvre petit oiseau blessé, petit enfant perdu ! Voilà, le retour de l'enfant prodigue !...

Vous ne pensez plus à votre tablette, votre cœur se met à table. Retour aux sources de la vie et de l'amour ! Vous vous pressez en confiance dans l'abandon et la douceur du réconfort. Vous retrouvez nos bras, votre nid d'ange. Dieu ! Que c'est bon alors, de se faire dorloter par papa et maman !

Mes enfants chéris, je vous le dis, le temps passe toujours trop vite à travers les branches du temps. Vous vous accrochez aux rameaux tendres des amourettes comme nous, aux frondaisons dégarnies de notre arbre généalogique !

Un jour, vous verrez, mes cascadeurs de la vie, vous renoncerez à vos voltiges pour le fun et les frissons. Vous prendrez le balancier du petit bonheur des jours, vous aimerez l'équilibre du cœur comme ses emballements, les saluts spontanés de vos vrais amis et les aveux tremblants de l'être aimé. 

Un jour, un soir, pas encore le grand !... Vous vous souviendrez et vous saurez comme moi, qu'il devient plus périlleux de jouer le vieux casse-cou.

Oh ! Je le sais ! C'est bien trop tôt pour vous ! Mais un jour, comme dans la pantomime, vous pressentirez alors qu'il faut vous préparer au grand saut avant de tirer votre révérence. Aujourd'hui, votre insouciance est bien légitime et réconfortante à constater. Vous avez tout l'avenir devant vous. Profitez-en !

Vous ne pouvez pas encore l'avoir appris mais, quand la représentation tire à sa fin, indifféremment de la comédie ou de la tragédie, il faut être prêt à baisser le rideau... Moi, déjà je m'y prépare !

On ôte sa perruque, on se démaquille des jours qui vous ont fardé. Les cheveux blonds sont devenus des cheveux blancs !... De la neige pour vos souvenirs glacés !

Mais je souris rien que d'y penser. Je vous imagine... A votre tour, vous vous agacerez et répéterez en marmonnant : "Ah ! Les sales gosses, les petits polissons ! De mon temps, la marmaille était plus respectueuse, elle rentrait à l'heure au bercail. Il n'y a plus d'enfants !"

Alors, vous sentirez bien, comme un pieux paroissien, que la messe est presque dite. L'enfant de chœur que vous avez été se rappellera d'avoir bu les burettes en cachette, d'avoir aimé la ferveur des cantiques, la nuque parfumée et les cheveux fauves d'Emma quand elle se baissait pour recevoir l'hostie de la communion.

C'est l'œil humide, qu'à la fin du repas, vous vous souviendrez, des grivoiseries de régiment du père Jules et que vous rirez du coup du père François. Votre sourire s'éclairera quand vous évoquerez la douce sévérité paternelle et les cadeaux de papa-gâteau. Ah ! Mes aïeux ! C'était une autre époque, celle des langes, des blouses et des culottes courtes !

Mais en cet instant, je vous observe en souriant ! Gentils frères et sœurs, vous patientez, vous soupirez dans ce repas qui s'éternise ! Vous vous provoquez à voix basse, vous balancez des coups de pied, sous la table, fin prêts pour la chamaille ! Entre deux rappels à l'ordre, vous écoutez distraits en espérant enfin le dessert chocolaté de grand-maman ! Et puis soudain, vous vous taisez quand l'ancêtre se met à fredonner, un sanglot voilé dans la voix, une berceuse, celle que lui chantait sa maman !

Soudain ! En l'observant, vous pensez qu'il vieillit davantage, que sa mémoire commence à fuir. Vous ne comprenez pas son émotion, quand par la fenêtre, ses yeux se perdent un instant, dans le silence du jardin et qu'ils traversent lentement l'espace pour se noyer dans une trouée d'azur. Vous le voyez plonger comme par mystère, dans le bleu céleste, exactement celui du regard maternel.

Vous le croyez absent. Vous ne pouvez alors percevoir sa piété filiale, le pèlerinage au sanctuaire du cœur. Tout au plus, pensez-vous peut-être, intrigués et touchés que votre-grand père a l’œil qui larmoie quand il se souvient avec pudeur et recueillement de son enfance.

Ne vous moquez pas enfants ! Un jour, vous aurez son âge ! Vous comprendrez pourquoi, il a plus que jamais le sens de la famille, qu'il pressent le devoir impérieux de laisser une empreinte, de délivrer des messages, de transmettre des valeurs à sa postérité. L'héritage qu'il vous laisse est spirituel et moral. Écoutez-le ! Il ne vous parle que d'amour !

 

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