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Assurance... vie !

Publié le par modimodi

En ce jour banal et sans intérêt particulier, mon esprit flotte, mes idées flânent. Je ne sais pas pourquoi dans cette nonchalance, le visage solaire au regard bleu profond de ma mère m'apparaît ! Douce et tendre nostalgie ! Je l'entends me dire : Quand je partirai rejoindre votre père au séjour éternel, vous ne serez pas sans rien, ton frère et toi ! J'ai une belle assurance vie !

Aujourd'hui, qu'elle me manque tant, ces mots résonnent de toute leur ironie !...

Et me voilà, en ce jour, songeur, intimidé et déconcerté ! ... "Est-ce ainsi, que les hommes vivent ? Et leurs baisers au loin les suivent comme des soleils révolus." Aragon, Rilke, Léo, "Poètes vos papiers !"...En attendant les derniers vers accrochés au bout de mes lignes, de mes strophes et de ma vie, je mène et nous menons nos existences au gré des événements, poussières d'étoiles dans le vent léger de la vie.

Nous voudrions tout maîtriser, le cours du temps, le fil de l'eau, mais nous devons nager et banquer. Les flux et nos comptes courants nous emportent et nous flottons comme des bouchons au fil de l'eau. Nous voulons saisir l'instant comme un poisson dans la rivière mais il glisse et nous échappe. C'est le temps qui nous ferre avant de nous prélever.

Pauvres pêcheurs, nous n'avons qu'une certitude celle de nager entre deux eaux, avant la touche ! Pauvres épargnants, nous avons l'assurance de devoir passer à la caisse. Quand la vague nous entraîne et nous rejette au bord, sans liquidités, dans les vases ou sur le sable des dépôts, c'est le vague qui nous recueille pour nous offrir notre nouveau terrain d'expériences. Dans ce no man's land des errants, gluants et poisseux, nous sommes à découvert. Nous avons cherché l'aval, nous avons touché le fonds...

Notre temps de vie ou d'amour est comme le marché monétaire et la météo, variable ! Je revois ma mère tapoter sur son baromètre pour faire pression sur la Pythie et interroger ses oracles atmosphériques... Présomption de beau temps dans le doute des orages ou des avis de tempêtes, dans les hypothétiques éclaircies ou les imprévus capricieux du ciel ! Seul, l'amour maternel était toujours en haute pression et tempéré, sous parfois quelques nuages d'altitude, car d'exigences !

Mais aucun de nous n'a de certitude de beau fixe permanent sur notre bonne terre ! Les pessimistes, les velléitaires trop prudents ont toutes les raisons d'hésiter pour s'engager ou agir, tels des oisillons avant leur premier envol...Les passifs peuvent évoquer les contingences et prétexter l'aléatoire pour rester figés et englués dans le marais de leurs habitudes. 

Quand maman se dépensait pour nous sans compter, ceux-ci s'épargnaient des tourments, ceux-là économisaient leurs efforts. D'autres fervents optimistes plaçaient leurs espérances dans l'activité ! Ils se plaçaient eux-mêmes, espérant un rendement de leurs parts sociales et spéculaient sur l'intérêt de leurs actions !

C'est ainsi que va le monde ! Il adore le veau d'or ! C'est la bourse pour la vie ! Chaque jour de transaction sociale et professionnelle est un gain qui enrichit l'expérience et qui ruine le capital temps de chacun ! En effet, dans notre portefeuille, nous conservons toujours une ultime obligation, à terme, un dernier chèque de voyage !

Oui! Le temps, c'est de l'argent. Alors croire en l'existence et en l'autre permet de jouer sur le marché d'échanges, de se vendre ou de se racheter. A plus d'un titre, nous donnons de la valeur à nos transactions humaines dans l'attente de revenus substantiels ! Hélas ! Malgré les assurances mutuelles, les contreparties ne sont pas toujours lucratives ! Les fruits ont plus de peaux épaisses que de juteux nectars !

Celui-ci, qui s'est lancé hasardeusement, s'est mis à découvert dans ses projets, celui-là, qui s'est mal associé, a presque tout perdu, passant du boom au krach ! Il en avait mis sa tête à couper mais elle a roulé à la corbeille !

Nous sommes pourtant tous des nantis. En effet, dès notre naissance, nous recevons une assurance de vie, un chèque en blanc, un titre au porteur ! C'est notre unique assurance car nous en ignorons le montant exact. Quand nous espérons une rente, nous n'avons en avoirs que des escomptes. Quelques bulletins de santé périodiques nous servent de relevés de compte et nous placent en crédit mais surtout en débit !

Et puis, un jour, comme ma petite maman, on reste sur la souche ! On réalise qu'il faut souvent encaisser et toujours débourser. Après quelques boni en dividendes, la vie nous demande d'endosser ! Car nous avons tous une dette d'honneur inscrite au grand livre ! Un soir, notre grand soir, le contrat est, soi-disant, rempli... Nous devons alors l'apurer et nous-mêmes, passer en pertes et profits !

Inutile de crier, "Remboursez !", nous avons droit à un dernier transfert pour l'eau, pour l'au-delà. Alors, qui viendra nous dire ?... Est-ce que l'assurance "vie terrestre" n'est qu'une garantie temporaire ou une couverture tous risques pour l'inexorable mystère glacé ?... Existerait-il une assurance "vie éternelle", qui nous certifierait que nous ne perdions pas en vain, nos illusions et même, nos dernières gouttes de sang froid sur le marbre blanc de la nuit ?

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