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Lettre à distance : Intervalle 1/3

Publié le par modimodi

Mon amie, mon bel esprit, c'est souvent que tu me dis ou m'écris : "Tu me manques".

Ce soupir, cette plainte, ce reproche ou ce cri m'obsèdent. Qu'expriment-ils au juste ? Les ratés de notre liaison ? Ma maladresse qui a échoué à t'atteindre et à te toucher profondément ? L'envie ou le besoin exaspéré de me voir ou de m'entendre ? Le vide que mon absence crée en ton cœur ? N'est-ce pas plutôt une expression toute faite, corrélative du dicton : "Loin des yeux, loin du cœur !"

Dans les relations humaines qui unissent socialement ou affectivement deux êtres, la distance est une question primordiale. Comment se tenir ni trop près, ni trop loin pour éviter les confusions et les amalgames, l'étouffement ou l'indifférence ? Comment être en adhésion et pas en adhérence ? Quel espace choisir entre l'interstice et l'étendue, l'ouverture et l'impasse ?

En effet, sauf à choisir les tendres effusions du corps à corps, n'est-il pas préférable de veiller à conserver un espace instinctif ou négocié dans le face à face ? La fusion mène à la confusion et le miroir de soi en l'autre n'est qu'une psyché narcissique.

En échanges de communication comme en amour, je me plais à te répéter : "Le plus délicat, c'est de gérer l'intervalle !" Cette gestion est d'ailleurs autant matérielle qu'affective. Qu'il s'agisse d'un départ ou d'une absence, elle s'exprime en intonations, en mesures de longueur et en temps ! Mais nombreuses sont les nuances entre "hors de vue ou hors de portée", entre "au bout du monde" ou "à des années-lumière" ! Importante est la différence entre : "ça me paraît long !" ou "mais, c'est un siècle !" ou encore "c'est une éternité !" 

L'absence, quand elle n'est pas synonyme de disparition brutale provoquée par l'exil ou la mort n'est souvent qu'un éloignement. Les degrés d'intensité de notre perception, notre sensibilité plus ou moins écorchée, notre humeur du moment peuvent nous faire croire à un abandon, alors qu'il ne s'agit souvent que d'une vacance limitée dans le temps.

Bien sûr, ce temps est un temps vécu, c'est le nôtre ! Inutile d'en démontrer ici, l'importance psychologique. Nous avons tous ressenti un jour, le poids de la durée, de moments qui s'éternisent ou d'instants passés trop vite ! Le simple effet des intervalles de temps, pourtant strictement identiques, suivant qu'ils sont appréciés objectivement ou subjectivement, modifie notre perception !

Quand je te dis, "Amour, je serai là dans une heure !" Le laps de temps peut être vérifié sur ta montre mais cette courte absence peut être vécue différemment par toi. La conscience que tu éprouves de la durée de ce temps est alors fonction de ton activité plus ou moins prenante ou de l'impatience irrépressible que tu manifestes pour mon retour ! Gérer l'intervalle, c'est admettre les décalages de nos sensations !

Je me permets d'aviver ton érudition. Tu sais bien que les philosophes Husserl et Bergson ont précisé ces notions en parlant, l'un de temporalité liée à l'activité et, l'autre de durée vécue, de temps ressenti ! Ne trouves-tu pas que nous voilà d'un coup, l'esprit plus léger pour vivre ce manque, ce vide de l'absence ! Évidemment, chacun trouve et donne sa réponse dans le dialogue intérieur entre son cœur et son esprit !

Ne t'alarme pas ! Comment pourrais-tu admirer le soleil qui s'éclabousse de rayons dans la flaque devant toi, s'il n'y avait pas une distance entre lui, l'eau et toi ? Comment te réjouir du chant de l'oiseau, s'il n'y avait pas un espace, entre ton oreille et lui, niché dans le feuillage ? Tu t'enchantes de cette vision et de cette perception sans t’inquiéter le moins du monde de cet écart de position. Alors pourquoi te contrarierais-tu de l'éloignement passager entre toi et moi puisque l'amour rayonne en nous et que nos aveux fredonnent leur tendre mélodie !

Nous sommes toi et moi, en conjonction de pensées et d'intentions. Nous sommes étroitement attachés l'un à l'autre. Sachant que les parallèles de notre intervalle se rejoignent à l'infini d'un absolu d'amour, nous nous aimons, cœurs battants, d'élans en soupirs, à intervalles rapprochés. Nous convergeons dans l'attente d'une prochaine jonction. Notre couple est une alliance d'espoirs, une mise en regard dans la coulisse de notre intervalle.

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P
Très beau texte.
Difficile pour moi d'écrire un commentaire plus long.
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