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Pierre qui roule... 1/2

Publié le par modimodi

J'aime trop les Rolling Stones pour aller plus vite que la bonne musique ! ... "I can't get no satisfaction"... A quoi bon me moquerai-je des rockstars, aujourd'hui septuagénaires ! Allez ! Roulez jeunesse éternelle des rock n'rollers !

Roulez où bon vous semble mais roulez jusqu'à moi ! Que votre énergie infuse mes écrits en volume et puissance. Ma plume chante avec vous les révoltes et danse les pas endiablés de l'amour libéré, dans des transes de plaisirs extrêmes.

Les pierres musicales qui roulent de par le monde peuvent entraîner les voyageurs de tout âge, qui se trémoussent sur les pistes, au son des guitares électriques, des claviers et d'une batterie aux rythmes survitaminés. M'alimentant à leur énergie, à mon tour, je m'efforce de transformer le plumitif en plume, hâtif.

Je ne rirais jamais, non plus des Rouletabille, des rouleurs de mécaniques ou des rouleurs de bosse qui n'ont pas toujours roulé carrosse et mérité le moindre roulement de tambour ! ...  Pour ne pas me noyer dans un océan de divagations aux vaines prétentions moralisatrices, j'abandonne aussi, ici, les marins et moussaillons qui bourlinguent et écument les mers aux vagues mousseuses. Je les laisse s'encanailler dans les bastringues enfumés autour de chopes, gorgés d'alcool comme de musique criarde et surmodulée. Le proverbe a raison : "Pierre, mer ou bière qui roulent n'amassent pas mousse !"

De ma plume toute émoussée, je m’apitoie plutôt sur Sisyphe et l'absurdité de sa vie ! Lui, ce pauvre héros obligé, pour avoir défié les dieux, de faire rouler éternellement jusqu'au faîte d'une colline du Tartare, un rocher qui redescend indéfiniment, avant d'avoir atteint son sommet !

Pauvre Sisyphe, condamné à un travail harassant et interminable, stupide et déprimant de par son caractère répétitif ! Moi, je ne peux comme A. Camus, l'imaginer heureux.

Oh ! Bien sûr, passe encore pour un piètre écrivain comme moi, d'avoir le grand bonheur de se référer à N Boileau :

"Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage :

Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez..."

Je le fais volontiers car l'effort répété et exigé poursuit un noble but, celui de l'amélioration poétique ! Et puis l'artisan du classicisme et le gardien du bon goût littéraire a pris, en exergue, le soin de me conseiller. Avant d'entreprendre tout travail :

"Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage."

Je me le tiens donc pour dit. Je ne suis, moi-même, chaque jour, qu'un petit Sisyphe qui concasse et sème inlassablement, dans un style caillouteux, des mots dans ses écrits. Je taille ma plume, j’affûte ma pensée, j'aiguise mon style, je rabote mes tournures, je polis mes phrases et j'adoucis mes expressions. J'applique même, comme je le peux, dans ces textes lapidaires jetés à des inconnus, cette autre sentence précieuse de" l'Art poétique" :

"Avant donc que d'écrire, apprenez à penser."

Je m'y efforce et me mets à évoquer tous les pousseurs de pierre, ces journaliers qui s'usent les mains et les pieds à hisser la charge et à grimper la pente. Je pense à mes frères humains qui se fatiguent souvent pour rien, sans autre résultat que la sueur au front et la stupidité de leur abrutissante condition humaine !

Infernale destinée ! Sans force, recommencer, toujours recommencer pour toujours retomber plus bas et mordre, faute d'un tapis de mousse fraîche, la crissante poussière. Lutter sous le poids, esquiver, se jeter de côté, pour ne pas être écrasé par la fatalité aveugle de l'existence. Supporter la répétition des jours et des nuits, des causes produisant les mêmes effets !

ET malgré tout, garder confiance en soi, croire et espérer, arc-bouté contre l'obstacle, que l'épreuve va enfin atteindre son sommet d'efforts et de souffrance. Et puis, se révolter peut-être, mais toujours en vain ! Parce que, sournoisement et sourdement, le non sens de la vie rend à l'usure, chacun fataliste. Certains optimistes diront sage pour résigné et serein pour angoissé ! ...

Et encore et encore rouler sa pierre, infiniment jusqu'à la fin. Attendre la mort pour glisser, sans bruit, sous la pierre tombale, dernière pierre terrestre d'achoppement... Et puis, au final de sa destinée, se voir offrir : la stèle pour le commun des mortels, l'obélisque pour le héros descendu de l'Olympe et la montagne des Muses, le haut Parnasse pour les poètes.

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