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Bouteilles à la mer 2/2

Publié le par modimodi

Sur le journal de bord de naufragé involontaire de tous mes textes "sans queue ni tête", j'ânonne et j'épèle, je parle pour ne rien dire, j'écris pour ne pas être lu !  J'ai le bec dans l'eau ! Je divague. Je doute ! ...

Dans mes entrefilets, je ramasse des coquilles, vides de sens que je brise et rature. Bernique ! Par Saint-Jacques et clovisses, les grenouilles de bénitier ont aiguisé les couteaux !

L'océan des vaines prétentions est, faute de lauriers, mon linceul de varechs. Je fais le lit, bateau des muses qui paressent au lit des ratures. Hélas ! J'ai fait rimer scribouillard et plumard, j'ai confondu page et pageot. J'ai mis la puce à l'oreille des belles lettres. Au fond de mon pucier de grand litté-rateur, je me suis battu les flancs contre le bat-flanc de mes contradictions. Je me suis empalé au pieu de ma paresse. Je suis le grabataire pathétique de la littérature, liée par ses ratures, ses ratés d'écriture. Personne à l'horizon. Ma corne de brume sonne là, la lie de vains écrits.

Au pied de la lettre, au creux de la vague, je me noie dans ma bouteille à l'encre ! Je manque de caractères. Je n'ai plus que des minuscules et je naufrage entre deux signes de détresse. Tirets, points, je tente le morse ! Je ponctue mon désarroi, je lance des S.O.S d'accents aigus et graves. Je n'ai plus qu'à jeter ma ligne de mots hameçonnés de hiéroglyphes.

Quand je reviens sur terre, je piétine sur la berge de la réflexion. Ma nasse fuit, mon épuisette est vide. Je pêche par omission d'idées. Mes rêves paressent au fil de l'eau. Ils flottent comme des bouchons. Ils me narguent, passent et m'échappent d'une rive à l'autre.

Ô Virgile ! Ô V. Hugo ! "Et ruit oceano nox ! ... Et la nuit s'élance de l'océan." Les flots m'attirent... Je cours sur la jetée mais la digue est déserte ! C'est l'amer à boire ! Je mets les voiles mais les vents me sont contraires. Mon inspiration mollit, mes phrases moutonnent, mon style clapote. Le cabotin cabote.

Flasque fiasque de pensées, mon esprit reste en carafe. Ma muse doit me prendre pour une cruche et se payer ma fiole... Lassé de lancer des bouées aux lecteurs naufragés, je lance des bouteilles à la mer. J'y enferme des mots, des vers, des cris d'amour. De ma fenêtre, je les regarde danser sur les eaux, plonger, rebondir, tourner sur elles-mêmes, décrire de libres arabesques. Elles deviennent mes voiliers d'espoir, cinglant pour l'Amérique ou le Parnasse. Je les suis jusqu'à les perdre du regard...

Mais voilà que rompant le silence des pensées vagabondes,soudain se fait entendre un joyeux tintamarre de cacophonies criardes. Ce sont des mouettes rieuses en train de battre le rappel pour raconter la dernière anecdote marine.

La nouvelle a été rendue officielle au palais princier ! Au musée océanographique de Monaco, ils ont capturé une nouvelle espèce de poissons. Ils ont analysé les mouvements et les sons de leurs bouches. A leur grand étonnement, certains vocalisaient de petits cris "d'écrits en liberté", en battant des nageoires.

Oh ! Joie pour votre serviteur !... Vaincu, l'atavisme du muet bâillant comme une carpe, du menu fretin littéraire, des figures de style plates comme une limande, du vain écrivain, mauvais pêcheur qui noyait son poisson ! Le destin m'a enfin tendu la perche ! A force de tourner autour de mes bouteilles à la mer et de tenter de déchiffrer mes messages, quelques poissons de Méditerranée ont acquis l'intelligence inespérée de mes lecteurs tant désirés.

A la criée, je vais enfin retrouver des surfeurs du Net, des internautes, des liseurs frais comme des gardons ! Alors, excusez-moi, je dois vite vous quitter. Car même, s'ils ne se serrent pas encore comme des sardines, je me dois à mon nouveau public !

Tchao ! Votre vieux loup de mer se jette à l'eau ! Un poisson d'avril ou une sirène m'attend peut-être...

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