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Goutte-à-goutte

Publié le par modimodi

Si, comme le dit le proverbe, c'est "la goutte d'eau qui fait déborder le vase", moi, je ne crains rien. Je n'ai pas la tête dans l'amphore, je ne finirais pas cassée au mont Testaccio ! Non ! Mes amis, je ne me noie pas dans une goutte d'huile, de vin ou d'eau, je passe entre les gouttes.

De gouttes de lait maternel en gouttes de miel, je fais offrandes antiques aux dieux d'ici et d'au-delà. Qu'ils me donnent l'ambroisie pour l'éternité !... D'ailleurs, j'espère toujours que mes mots en aient la douceur distillée et qu'ils soient un baume, de douce heure pour mes lecteurs. Suivez-moi, prenez sans vous mettre en nage, ma petite voix d'eau !

Voyez ! Jusqu'à ce jour, l'inspiration s'est instillée en moi, au goutte-à-goutte. Nulle crainte de la panne sèche ! Point de gouttes de sueur perlant pour rien au front, humectant mes lauriers ! Point de supplice de la goutte d'eau qui viendrait s'écraser sur vous avec la régularité du métronome. Point de torture !... "Plus fait douceur que violence !"

Bienfaisante petite goutte de sang de ma veine d'écrivain ! Elle rougit ma page et rosit à vos joues qui s'empourprent parfois de mes royales audaces ! Entre vous et moi, c'est ce lien du sang qui carmine nos joies des coquelicots messicoles. Oui ! J'aime quand vous venez moissonner les champs de blés mûrs, aux grains de mes mots ronds et chauds de soleil ! Je rêve avec vous !... Je vous entends sonner, de votre crête rouge, le réveil de mes matins d'été. Vous vous épanouissez en mon cœur, impressionnant de mille pavots, le tapis de promenade de Claude Monet !

Elle vous paraît sans doute fragile et inoffensive, cette gouttelette rubis sur l'ongle de ma main, de bon ou mauvais écrivain ! Détrompez-vous, amis ! Si elle ne fait pas déborder le vase de l'inspiration, elle a la force de creuser le roc de ma tête, d'humecter le désert de mes idées arides, de faire germer mes pensées les plus profondes, d'émulsionner le style et l'expression.

La moindre goutte d'encre me met à la tâche, en état de grâces parfois fécondes. Elle macule mes doigts semeurs d'espoir, de troubles et d'étrange... Je veille à ne pas dégouliner pour autant de bons sentiments huileux pour vieilles salades littéraires. Je dégoutte en versant sang et eau et je l'espère, sans trop vous dégoûter ni même vous bassiner, à la longue !

Je ne voudrais pas non plus mettre la moindre goutte d'eau dans le gaz, ni de citron dans l'huître. Mes lecteurs peuvent tout à loisir, éteindre ma flamme, exploser ou bâiller. S'ils s'ennuient, je leur offre bien sûr une goutte qui coule de sources de joie et de jouvence. Je les brumise de quelques aspersions de gouttelettes de bonne humeur patiemment cultivée par de multiples irrigations dans mes trouvailles fantaisistes. Qu'ils pensent comme moi, toujours à l'ubuesque Alfred Jarry qui disait : " L'eau, liquide si impur qu'une seule goutte suffit pour troubler l'absinthe !"

Amis de mes libations littéraires, je vous rassure ! N'ayez pas le mal de l'amer à boire. Pas de tempête dans mon encrier, mon verre d'eau ou mon tonneau !  Je sais mettre de l'eau dans mon vin. Et quand Bacchus me met l'eau à la bouche de son divin nectar, j'en tire avec ivresse des larmes que je vous offre de déguster en millier de lichettes ! Mais attention à la goutte qui fait déborder le nase quand il a abusé du grand "château la pompe" ! Le mauvais humour m'évite peut-être d'être insipide ! ... 

Je suis un pieux dévot des vignes du Seigneur mais je ne fais pas pour autant de neuvaines ! Ma mise à l'épreuve spirituelle m'a éloigné des spiritueux plaisirs de la Chartreuse, de la trappiste et de la Bénédictine. Ma crise de conscience et de foi m'a ainsi protégé des crises de foie et de goutte. J'ai provisoirement épargné mes articulations et mes neurones !

Mon catéchisme de bon vivant a le même credo pour l'eau bénite que pour l'eau de vie que je vous incite à prendre jusqu'à la dernière goutte et jusqu'à la dernière minute !... Enfin, dans ces eaux-là !...

Prenez le temps de laisser glisser le bateau de papier de vos rêves avec l'eau qui coule tranquillement sous les ponts. Capitaines, ô capitaines des saute-ruisseaux, veillez simplement à ne pas boire la tasse ou à naufrager dans la mauvaise flaque, avant de lever l'ancre ! 

Au fond, lecteurs de passage, je suis, peut-être comme vous, un éternel adolescent, dans les nuages ! Alors, considérez cette raison comme supplémentaire et suffisante pour éviter de crever trop vite et de tomber de la dernière pluie, en criant après moi, le déluge !

Avant, l'heure fatale de la dernière goutte d'élixir, faites comme votre trublion de la plume de l'ange de Lumière !...J'aurais, je l'espère, appris durant ma vie, à me protéger des inévitables intempéries et à ne pas nager en eau trouble. J'aurais veillé à ne pas trop me mouiller en passant entre les gouttes des douches froides. J'aurais aussi tenté de garder mon cœur à l'abri des gouttes de feu ou des pluies de cendres de quelques amours volcaniques.

Aujourd'hui, que mon puits n'est pas encore à sec, à cette heure vespérale, où l'existence m'aura donné l'expérience et la sagesse d'aimer la lumière qui décroît, je sais que j'ai encore à transmettre ma goutte d'eau pure tombée du ciel. Oui ! Comme le dit, un proverbe africain : " Le vieil éléphant sait où trouver de l'eau. " Je vous y emmène...

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J
La goutte de sang de l'écrivain perle du pinceau de l'artiste pour nous peindre les coquelicots messicoles du jardin de Giverny ou les vignes du Seigneur et le nectar de Bacchus. L'eau pure coule de source, l'eau de la rivière nous fait entendre son menu flot qui coule sous le pont japonais. Gouttes d'eau, gouttes de feu et de lumières, perles de rêves, le poète nous encense.
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M
Merci, Jeanne Marie, il y a de la pluie de compliments dans l'air! Tête froide, je reste au sec voire à sec d'idées!