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Mal baisé 3/3

Publié le par modimodi

Si le proverbe : "Qui trop embrasse mal étreint" est une mise en garde, un amoureux ardent ne devrait brûler ni les étapes, ni la politesse. Il devrait savoir se consumer dans la tendresse.

Rien ne vaut, paraît-il, un courtois et délicat baisemain. Mais surtout, ne le dites à personne, vous passeriez pour un démodé, un vieux jeu qui préfère l'accolade au bouche à bouche !

Vos conceptions amoureuses devraient alors faire peau neuve... Au risque de la laisser sur le champ de la tendre guerre, adoptez pour corps de doctrine érotique, qu'un corps volcanique peut vous incendier d'un seul baiser de ses lèvres en feu...

Loin de la passion de Dante pour Béatrix, ce proverbe est sans doute un avertissement pour amants nouvelle vague, du style Antoine Doisnel ! Ne faites pas de cinéma pour "un baiser volé"...  Dans la grande "comédie humaine" balzacienne, le lys amoureux se meurt dans la vallée de larmes d'un amour platonique et d'une impossible trilogie entre Henriette, Félix et Arabelle.

Par contre, dans la petite comédie humaine quotidienne, qui trop embrasse à pleine bouche vous étouffe assurément ! Alors éternels amoureux, petits cœurs d'amour, bécotez sans ergoter mais évitez de trop tirer la langue et méfiez-vous des petits coups fourrés.

Dans ce monde de Bisounours, celui qui vous fait de l’œil et vous embrasse mielleux, d'un beau baiser de Judas va vous trahir assurément ! Un baiser de langue de bois peut même être râpeux, une mauvaise langue peut avoir l'haleine sournoise du chacal, une langue d'amoureux transi peut avoir la froideur de la bise à ne jamais savoir fendre le moindre cœur de pierre. Sous la pluie ou l'avalanche de baisers, vous ne risquez que la goutte au nez ou un pied de nez glacé du bonhomme de neige.

Le secret de bouche à oreille ne demande pas de langue égarée...dans le tuyau de l'oreille. A quelles bouches alors se confier ? Hier, celle-là vous a offert les canons de sa beauté et des salves d'amour de sa bouche en feu, aujourd'hui hélas, vous tirez votre boulet.

A trop aimer, à en être mordu, à tourner sept fois sa langue dans sa bouche, ne risque-t-on pas l'usure pour à la fin, en baver ? A trop la tenir, n'étouffe-t-on pas soi-même sa propre nature et avec elle, la spontanéité des sentiments ? A l'usage, ne devra-t-on pas chercher à reprendre un second souffle ?

Alors, qui nous dira ? L'amant qui fait trop l'amour, le fait-il mieux ou moins bien que celui qui vous aime en faisant la fine bouche ? Qui pourrait me répondre, vite fait, bien fait ! Et si possible très bien fait ! Oui ! Je vous garantis un total motus et bouche cousue.

Qui, pour finir, viendra me contredire dans ma démesure proverbiale ? N'est-il pas vrai que celui qui embrasse une vue d'ensemble ou un point de vue général perd la finesse des nuances et des détails ? Qui trop embrasse sa carrière en oublie sa famille ? Qui fait fausse route et embrasse le mur, s'affiche bien mal, bouche le trou et fricasse son museau ? Qui embrasse un faux-cul, se fait baiser par derrière ?

N'est-il pas vérifié que celui qui embrasse la cause d'un parti embrasse la rose et ses épines ? Ou qui veut faire cause commune, se prend un coup de faucille ou de marteau ? Qui vous emporte dans un fleuve de baisers, est-il plus sûr de trouver l'embouchure ? Qui embrasse un drôle d'oiseau peut-il tomber sur un bec ? Qui modernisera donc ce vieux proverbe à l'eau de bouche d'incendie ? Qui osera la nouvelle version du bègue, bouche bée : " Qui, qui trop t'embrasse, t'en-t'embarrasse ?"

La sagesse nous recommande, sans doute de ne pas nous serrer de trop près et d'étreindre l'autre sans l'oppresser... Lèvres tendres et mots doux, tendresse buccale et délicatesse orale... Voilà pourquoi, amour, moi, je t'effleure de mes caresses, que je suis au bord de toi et que je t'aime en suspension, du bout des lèvres, ma sensuelle !

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