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Éloquence 1/3

Publié le par modimodi

Il est des phraseurs et des beaux parleurs qui ont aussitôt les mots pour le dire, pour ne rien dire souvent. Ceux-là sont dits éloquents, comme moi, peut-être !

Oui ! Je n'ai de cesse, gonflé d'espoir et d'illusions, de vous parler et vous écrire ! Je discours pour de virtuels lecteurs ou auditeurs, des muets le plus souvent, dont le silence est lui-même éloquent !

Ah ! Mais quelle bouteille à l'encre asséchée pour ma plume assoiffée de mots. Je suis le disert qui soliloque dans le désert pour les cailloux et les chameaux. A force, je déblatère et déblatère encore ! J'ai la harangue sur le bout de la langue généreusement tirée !

Je nomadise dans les dunes des réseaux sociaux. Au milieu des mirages, j'emprunte d'un pas lent de caravanier, les voies tracées pour les méharistes aux songes sableux ! J'irrigue même ici et là, dans l'espoir de créer une oasis mais le sol est ingrat. Il ne convient souvent qu'aux espèces acclimatées aux zones arides et incultes.

Je suis une espèce désolée et adaptée, réservée aux esprits stériles. Je m'enroche pour m'accrocher à l'ingratitude d'un sol pauvre et mince qui ne convient qu'aux terre-à-terre. Et si je chauffe à blanc, je prends de suite un refroidissement.

Ô vous les anonymes, indifférents, taiseux, je suis votre victime ! Mon enthousiasme subit vos variations de température et d'humeur qui éclatent et fragmentent toutes mes résolutions, pourtant dures comme la pierre. Je suis au bagne ! Un seul grain de sable suffit d'ordinaire à me gripper. Et là, des milliers de cailloux comme autant de scrupules sautant de vos chaussures, jonchent désormais le sol désertique de ma faconde inculte.

Je caquette pour rien, pour des scorpions assoupis au milieu des cactus désolés ! Quelques lézards et d'agiles vipères à corne s'insinuent au hasard d'un buisson de commentaires épineux, des araignées cherchent à tisser leurs idées, des gerboises songeuses et rongeuses de pensées recherchent quelques hypothétiques oiseaux nocturnes !

Rien ! Pas un souffle ! A peine le murmure soyeux d'une coulée de sable ! Mon style rocailleux a peut-être égratigné la moindre de vos idées. J'hésite moi-même entre l'erg et le reg ! A l'oued rien de nouveau ! J'attends comme un yucca la succulence d'une observation mais le moindre agave fait de la rétention comme un chameau cagneux !

Du fond de mon isolement, j'entends la plainte du poète : "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé."... Nulle âme qui vive ! Mes paroles s'envolent dans les murmures du simoun. Mon inspiration s'y érode. J'espère inlassablement que le sirocco les poussera jusqu'à vous mais je ne suis qu'un tourbillon qui s'élève dans le vent des tempêtes ! Au matin, chaque peine en mon cœur se dépose lentement, en rosée de silence sur vos roses de sable.

Devrais-je traverser la vallée de la mort de la fantaisie dans le dessèchement de votre indifférence ? Comment vous mettre l'eau à la bouche? En quel vide, vous êtes-vous condensés ou évaporés ? Si seulement, il pleuvait des reproches !... Je peux seulement rêver sous des cascades d'illusions!

La déception assèche mes plaisirs. Quelques rencontres de hasard ne parviennent pas à les tempérer. Comment voulez-vous être éloquent, quand seul le silence vous répond en écho ?... Sur l'écran de ma tablette, je vois bien que vous restez sans voix ! Votre statut d'internaute voudrait m'imposer sa loi ! Mais je n'entends rien aux sms, aux +1 et aux emoticons ! Je reste sur ma faim, tout assoiffé car je ne peux même pas boire vos paroles. Je ne peux que déchiffrer des signes vides.

Je ne goûte pas l'indigence de votre expression, votre prosaïsme est dérisoire. Je vais, je le crains, rester longtemps déshydraté. Je ne sais pas m'adonner frénétiquement à l'insignifiance et comme vous, béguer mes mots en style abrégé, dans des goutte-à-goutte de pensées troubles et agitées. Comment s'y abreuver ou s'en désaltérer ?

Je n'ai pas choisi la traversée du désert de votre platitude sèche et stérile. Pourquoi voudriez-vous que je m'y retire pour méditer en silence, si je ne peux parler à vos consciences ?...

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P
Courage!
La traversée du désert peut vous conduire dans une superbe oasis.
Une oasis où le désespoir, le dessèchement dû à l'indifférence disparaîtra sous un fleuve de louanges et un parterre d'admirateurs et... d'admiratrices.

-"Travaillez, prenez de la peine.
Cherchez, composez, rédigez;
...
Et vous verrez que:
Le travail est un trésor.
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