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Lettre aux marchands de soupe 3/3

Publié le par modimodi

 

La vache maigre et enragée est dans la garbure. Les ânes ont eu droit à la bouillie d'avoine ! Vous-mêmes, marchands de soupe populaire, vous n'êtes plus qu'un cheveu sur la soupe de la masse laborieuse. Mais avant même que le rouge de la honte ne vous monte au front, le peuple pourrait bien décider d'y monter à son tour !

Le plat de résistance des convives enfarinés et trempés comme des soupes par des pluies de promesses leur a été servi ! Pour les sans dents, c'est le plat idéal. Mais les malheureux n'ont pas le temps de la becqueter, tout contraints qu'ils sont de devoir continuer à faire bouillir la marmite. Au final, bien avant la lutte, tous sont affamés de ne plus casser que des croûtes de pain rassis et de devoir toujours boulotter et manger, sur leur pouce en deuil, les denrées défraîchies d'une cuisine électoraliste !

Vous espérez les faire manger à la fortune du pot aux roses ! Quand ils le découvrent, ils ne trouvent qu'un déluge de déceptions en traversant le pot au noir ! Vous les noyez dans un potage de belles paroles. Votre écrasé de bonnes prédictions n'est qu'un pot-pourri de lieux communs ! Oh ! Qu'est-ce qu'ils prennent et dégustent ! Le bonheur, c'est toujours pour demain !

Bisque ! Y'a pas de homard au menu, y'a que des lézards ! Oh ! Bien sûr que vous ne coupez pas l'appétit ! Vous ne coupez que les pattes aux indigents qui font la queue aux épiceries solidaires ! D'ailleurs, plus personne n'est dans son assiette et ne veut mettre d'eau dans son vin.

Mais le comble, affreux petits marchands, c'est que vous trempez dans de sales combines et que votre chabrot est en plus tout glacé ! Attention ! La vengeance aussi risque de se manger, froid comme un gaspacho épicé ! Je crains bien, qu'à force de cracher dans la soupe et faute d'oseille, la soupe de larmes finisse par noyer complètement le reste de soupe comestible que le bon peuple avait baptisée aux suprêmes gouttes d'espoir.

Dites-donc, les mauvais marchands de soupe, n'y aurait-il pas tromperie sur la marchandise ? Ne devriez-vous pas plutôt, quitter la politique et vous reconvertir dans la panade ? Vos potages sont des compotes pour pauvres poires en marmelade. Vous nous mettez allègrement dans la purée comme de pauvres pommes en attendant probablement que nous sucrions les fraises. Il est temps d'ouvrir une nouvelle cantine et de vous remettre à la popote !

Marchands de soupe, ne bâclez pas trop vite votre service citoyen ! Ne mettez pas trop vite le couvercle sur la soupière car le drapeau noir pourrait bien flotter sur la marmite ! Le peuple réclame une généreuse crème d'Argenteuil pas un maigre potage d'argent-deuil ! Attention à ne pas finir dans le court-bouillon, une arête en travers du gosier !

Vous avez beau faire partie des grosses légumes, si le peuple chaud bouillant est las de blanchir sous le harnais, vous blanchirez à votre tour et vous serez ébouillantés ! C'est le destin du "pot-bouille", la médiocrité communautaire, répandue à tous les étages ! E. Zola, hélas, n'a pas pris une seule ride ! L'eau de vaisselle est comme l'eau du baptême, éternelle !

A la fortune du pot, vous pourriez bien un jour ou un grand soir, rencontrer Ravaillac qui, le couteau entre les dents, vous liquiderait en deux coups de cuillère à pot et vous ferait goûter à la soupe au sang et aux fruits rouges ! A force de promettre la carotte, vous pourriez être forcés de déguster un potage Crécy et de devoir vous mettre pour cent ans à la soupe anglaise, voire même de finir à toutes les sauces !

Mieux vaudrait comme peut-être vos ancêtres, ne pas s'attacher aux pots de colle et fréquenter La Dubarry, une vraie comtesse, une fleur d'amour royal, un petit chou ! Alors, évitez par-dessus tout, les vieux croûtons et la Nini Peau de chien ! Préférez les dés de la chance des belles Juliennes à la compagnie des gros poissons !

Car même si les belles jardinières vous mettent dans le potage, entendez bien qu'à la fortune du pot aux roses de l'amour, c'est quand même souvent la vie de château et qu'il n'est pas toujours en vin, "l'élixir d'amour" !

Mais craignez surtout, qu'à la fortune du pot aux roses et aux épines, le peuple aimé finisse par prendre son bonnet et la Bastille. Il sera alors trop tard pour essuyer "una furtiva lagrima."»

 

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