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L'entonnoir 1/2

Publié le par modimodi

La politique a des cycles qu'elle exprime dans des domaines qui frappent l'opinion ! Les mœurs, l'éducation, l'enseignement, la santé sont des thèmes récurrents pour enflammer les esprits et les conversations.

Hier, la question des langues vivantes et mortes comme aujourd'hui, celle du méchant virus est un beau sujet d'expression populaire pour les repas de familles et les empoignades au café du Commerce.

Bien sûr, j'évoque ici ce temps béni, où nous pouvions nous fréquenter, nous réunir, aller et venir librement un peu partout. Une époque sans circulation de la Covid, où bars, brasseries et restaurants étaient encore ouverts.

Avec des statistiques approximatives et des chiffres jamais exacts, les improvisations gouvernementales se transforment en injonctions officielles pour imposer d'incessantes mesures contradictoires. On en perd son latin. Les conseils des ministres exceptionnels, les cellules de crise décrètent au fil du temps, l'urgence sanitaire : confinement, déconfinement, attestations à présenter, achats essentiels, mais pas tous en même temps !

Plus de bisous, plus d'apéros avec les potes ! Attention ! Pauvre peuple latin, tu te contamines au forum, aux terrasses des tavernes quand tu bois, parles et te réjouis, surtout après 21 h, alors on te ferme les restaurants, les bars et les boutiques ! Les rassemblements sont interdits... "Et ça continue, encore et encore, c'est que le début, d'accord, d'accord ?"

Ici ou là, vous faites triste mine, vous faites même la gueule, mais ça se voit à peine. Vous avez le masque, ça tombe bien. On vous a obligés à le mettre après vous avoir dit qu'il était inutile... Faut dire qu'on les avait brûlés, le stock était insuffisant ! L'imprévision était nationale mais le désespoir et l'espoir étaient assénés chaque soir dans le jugement de Salomon.

Au fur et à mesure que l'épidémie progresse, les hôpitaux sont saturés. Vous n'avez plus le choix. Suivez les recommandations, vous êtes observés, en vigilance renforcée, ce matin, animés et ce soir, réanimés.

Impossible de prendre la tangente, les interdits à géométrie variable sont quotidiens comme les déplacements officiels des clowns à roulettes. Il faut sans cesse se méfier de l'autre, se compter, regarder la couleur de son département, mesurer les distances, jauger ou regarder sa montre.

Le sport n'est plus possible en salle. Y'a plus que les politiciens qui surfent sur les vagues successives de la pandémie, sa reprise et ses pics de l'épidémie. Vous ne pouvez même plus aller où bon vous semble et changer de région. Si vous n'êtes pas d'accord, on vous envoie promener mais vous n'irez pas vous faire voir chez les Grecs ni aboyer en latin avec les oies du Capitole ! Dans l'arène  du grand cirque pandémique, le citoyen gladiateur doit affronter la Covid avec un moral de vainqueur : Vincere Covidam aut mori !

Tout le monde en perd son latin, sauf pour le mot virus, repris dans tous les médias et sur toutes les lèvres. Chacun parle de ce poison, de cette infection comme d'un venin contagieux et toxique. Cet ennemi invisible et actif court les rues, accélère et feinte pour offrir des variants de tous pays. "Ah mortel !" est l'expression à la mode qui vous donne l'impression d'être dans l'actualité. "Ave Caesar, morituri te salutant !"

Les Diafoirus du gouvernement, les docteurs en pandémie veulent vous mettre au régime sec et apaiser vos craintes en vous faisant perdre votre latin... Jean-Pierre, Georges, Bernard, mes chers condisciples, souvenez-vous ! Certains autrefois avaient même prévu de l'interdire ! C'était la marotte officielle d'un gouvernement qui ne faisait que décliner : rosa, rosa, rosam... !

A l'époque, le ministère voulait chasser son apprentissage de nos chères humanités ! Oh oui ! Je me rappelle, notre moral buvait la tasse ! Hélas ! Compagnons de tablées et de pupitres, il ne nous restait plus alors, que les souvenirs des paillardes pour pratiquer à grands coups de langue vivante, notre chère langue morte et à grand coups de langue sèche et râpeuse le temps des beuveries estudiantines !

Heureuse époque où nous pratiquions un latin, jusqu'à plus soif. Amis lecteurs, vous connaissez sûrement le : "De profondis, morpionibus" ou cette autre chanson à boire intitulée : "De frontibus" où, après avoir levé son verre sans le renverser, le gai compagnon de libation est appelé à le porter : "au frontibus, au nasibus, au mentibus, au ventribus, au sexibus...", avant que toute l'assemblée entonne l'entraînant et populaire refrain : "Et glou et glou et glou... Il est des nôtres, il a bu son verre comme les autres ! C'est un ivrogne, ça se voit rien qu'à sa trogne."

C'est ainsi que l'intronisation du récipiendaire au divin nectar était actée et Bacchus ressuscité, chaque jour de la St Vincent ! C'est ainsi que nous retenions le mieux ce cher latin. Mais c'est ainsi aussi qu'en fin de fête, le taste-vin de la confrérie des chevaliers était parfois lourdement chargé ! Dans les vignes du Seigneur, après dégustation des cuvées, quatre-vingts chasseurs venaient se joindre à la chorale et les chants séraphiques faisaient alors place aux borborygmes tonitruants, aux gueulantes avinées des chants bachiques !

Cette chanson latine et imagée aurait pu s'appeler "la chanson de l'Entonnoir". En effet, elle reproduit le bruit d'un liquide s'échappant d'une bouteille et descendant dans la gorge de la personne qui boit. Car le cône évasé qui pénètre dans le goulot d'un flacon et déverse son liquide fait un bruit similaire et saccadé à celui ingurgité par un gosier.

Des éviers qui se débouchent quand on enlève brutalement la bonde, des trop-pleins qui débordent ont les sons de l'onomatopée des déglutitions de ceux qui coincent la bulle d'air. Symphonie glougloutante du transvasement et du passage du vide au plein ! Les collets montés qui se poussent du col et les soiffards qui n'ont pas le goulot d'étranglement mais plutôt la dalle en pente donnent encore plus d'élan à la descente et plus de force au concert !

Fils spirituel et spiritueux de Rabelais, j'ai à mon tour plaisir à célébrer l'entonnoir : "Chantons, buvons, un motet entonnons. - Où est mon entonnoir ? - Quoi ! Je ne bois que par procuration !"

Ma famille généalogique, plus spiritueuse que spirituelle, s'origine sûrement de la descendance de Grandgousier, mari de Gargamelle et père de Gargantua. Moi, le brave latiniste, j'ai même pris le pseudonyme de Frère Jean-Michel des Entommeures ! : "Seigneur Dieu, da mihi potum ! ... Jamais homme noble ne hait le bon vin, c'est un apophtegme monacal."

Bien sûr, mis à part quelques-uns aujourd'hui, qui ont le gosier sec, premier symptôme de la Covid,  je n'ai nul besoin de me battre pour convaincre mes condisciples au bec verseur qui ont comme moi l'esprit de chapelles. Nos mémoires d'outre-tombe sont celles des caveaux ! Vive les carafons, les tonneaux et les entonnoirs !

Ne manquez pas la suite de ce texte, à déguster dès demain, jusqu'à la dernière goutte !

 

 

 

 

Commenter cet article

L
Boire du vin c'est boire du génie " Charles BEAUDELAIRE et puisqu'il faut un jour mettre fin à la vie, en guise de De Profondis j'éructerais : « Pour le vin, l'estomac de l'homme est une tombe joyeuse. ».
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M
Merci loupzen! Belle profession de foie!
A
Bravo Jean Michel ! Ca c est envoye !!
Je suis PARISi
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M
Merci Alain! La bêtise ne passera pas! Résistance!