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Le porte-manteau

Publié le par modimodi

Dans le jeu des expressions, les objets ont la force de décrire les attitudes ou les tempéraments humains. Si celui-ci est raide comme un passe-lacets, celui-là pourrait-être accrocheur comme un porte-manteau.

J'avais un ami élancé, hyper contrôlé, solidement campé sur pieds, guindé. Un vrai porte-manteau du style de ceux qu'on trouve dans les halls d'entrée : bêtement en attente, bras levés pour la ola des chapeaux et des manteaux, toujours disponible et se croyant utile... dans le sens de susceptible de servir à quelque chose et de remplir une fonction !

Longtemps, il se porta comme un charme mais sa femme qu'il avait portée aux nues, finit par porter la culotte et lui porter la guigne. Alors, l'existence cessa de lui être favorable, elle lui tailla un costard sur mesure et le malheureux finit sa carrière par une mise au placard.

Quant à l'origine supposée ou exacte du vrai porte-manteau, le mystère demeure ? Un facétieux internaute attribue l'idée créatrice de l'objet à la forme des cornes de mammouth qui éperonnaient, soulevaient et embrochaient nos ancêtres... Plus poétiquement admissible, la belle qui se baignait nue dans l'eau de la claire fontaine avait pu abandonner son vêtement à la branche d'un arbre !... La salle des banquets où ripaillent les quatre-vingts chasseurs a su un jour, convertir les trophées d'andouillers de cerfs pour fusils et cartouchières...

" Ô temps, suspends à ton tour, ton vol ! ", au grand porte-manteau de l'histoire !... Rien n'est absolument certain mais dès 1850, on a trouvé trace d'accrochages des uniformes ecclésiastiques et militaires. En bois, en fer, en plastique, fixes ou pliables, uniformes ou colorés, design et figuratifs, ces objets utilitaires ont suivi les évolutions des mœurs et des voyages. Chaque époque a eu besoin de porte-croix et de porte-étendard pour transporter les foules. Certains, je les comprends ont préféré la discrétion et l'emportement des dentelles et des porte-jarretelles.

Comme les porte-torchères étaient des esclaves nubiens, porteurs de flambeaux chargés d'éclairer les allées et les demeures, le porte-manteau était aussi un officier chargé de porter le manteau du roi, du prince, des notables. Personne ne nous dit si le préposé était un valet en livrée ou une armoire à glace aux épaules de déménageur. Peut-être, était-ce quelque volontaire qui rêvait de se faire la malle ou un repenti dont le destin avait capoté le jour où il avait retourné sa veste. Le bon saint Éloi lui-même portait-il la culotte du roi Dagobert ou vivait-il à ses crochets ?

Dans la fashion religion des défilés, entre deux navets nouveaux et trois patères, les vêtements s'accrochent aux humeurs de la mode. Le ridicule ne tue pas toujours, il fait tordre de rire et cintrer, même le mâle à barre ! Mais le quidam arqué, arrondi, cambré et bombé n'est pas assuré de garder sa forme comme le ferait pour le vêtement, un crochet ou un porte-manteau. La chance lui évitera peut-être d'avoir à porter un lourd fardeau sur ses épaules en lui offrant le léger et grand cadeau de porter le bonheur en son cœur.

Suspendre n'est pas pendouiller, le cintre n'a pas besoin de porte-à-faux. Le bien portant qui veut porter beau ne doit pas avancer bras ballant et ventre à terre. Sa courbe qui le boudine a moins de charme que celles de sa belle. D'ailleurs, il a d'autant plus besoin de support, d'équilibre et de cœur bien accroché, s'il porte déjà pas mal de bouteilles. Car l'âge ne manquera pas de lui porter, assez tôt, l'estocade et ses préjudices en les cassant et les vidant toutes, jusqu'au dernier cadavre.

La vie qui nous porte et que l'on supporte, un jour, nous emporte en nous tirant à bout portant. Au porte-manteau de l'existence, il n'y a pas de vêtement de rechange, rien qu'un justaucorps ou un déshabillé.

Loin d'espérer être porté au pinacle, le poète se noiera, lui aussi dans sa bouteille à l'encre, avant d'avoir pu revêtir la pourpre royale promise au "prince des nuées". Plus il a d'étoffe, plus son manteau risque de prendre des accrocs de style, de se râper sur des rimes rugueuses et de piquer de vers perçants et déchirants, sa poésie mitée ! Au bout de l'horizon noyé de brume évanescente, sur le porte-manteau des songes diaphanes, le destin lui réserve son grand manteau de nuit piquée d'étoiles éternelles.

Homme de passage, moi, je vous appelle au porte-voix. Me voyez-vous attaché comme un "porte-paroles" à mes mots, comme un "porte-feuilles" à mes livres et comme un "porte-plume" à mon habit d'écrivain ?

Mon statut exige de ne pas vous porter sur les nerfs. J'ai le devoir de me mettre à votre portée afin de ne pas porter le chapeau. Nulle envie de devoir aller me faire pendre ailleurs où l'on croise des chats noirs !... Mais par chance, vous êtes mon porte-bonheur !

 

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