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Le clou 2/3

Publié le par modimodi

Pan ! Pan ! Toc ! Toc ! Me revoilà ! Je me repointe !

Vous allez penser que je suis marteau, à taper ainsi comme un sourd sur l'enclume et le clavier. Vous pensez qu'il me manque un clou ou vous me pensez sans doute un peu frappé comme un écrivain en recherche de force de frappe.

N'est-ce pas vous qui déclariez ici et là, sur un ton pointu et avec une pointe d'ironie que j'étais trop occupé à passer mon temps à marteler mes marottes ? N'est-ce pas vous encore qui asséniez vos reproches en énonçant que je bosselais votre esprit pour y enfoncer un texte par trop pointilleux sur les clous ?

Agacé, ne tapotiez-vous pas le bras de votre fauteuil en disant que je vous prenais vraiment le chou et que je vous défrisais avec mes "têtes de clou ?" Certains ont même osé dire que je faisais mauvaise impression avec ces vieux caractères typographiques de hérisson préhistorique ! Vous me piquiez au vif en me traitant de bricoleur du dimanche et de bidouilleur en semaine.

Même si j'ai toujours eu une aversion pour les casques à pointe, j'ai bien sûr une histoire personnelle avec les clous. Mes maîtres d'école ont tambouriné à la porte de mon esprit. Ils ont vainement tenté de remplir ma "tête de clou bombé" et ma cervelle, à grands coups sur la tête. C'est d'ailleurs peut-être cette méthode pénétrante et obsédante qui a inspiré R. Char et P. Boulez quand ils ont composé : "Le Marteau sans maître" !

Les leçons de morale que l'on m'asséna devaient me mettre dans les clous de l'existence et de la société. Mais je peux vous certifier que les coups de règle ne rendent pas conformes à la règle, les petites caboches récalcitrantes ! Moi, je préférais d'ailleurs les courses en biclou dans le parc de Saint-Cloud ou les clowneries de mes congénères plantés devant mes acrobaties.

Quand par bravade, je disais, "je m'en tape !", je me retrouvais au piquet ou au clou. Dans cette pédagogie en pointe, on suspendait alors à ma bonne vieille tête de chou clouté, le bonnet d’âne aux grandes oreilles ! Je donnais le clou au spectacle et passais pour une tête de mule et de clown !

Mais assez parlé de moi, revenons à la typologie édifiante des clous de quincaillerie ! Dans la classification de l'espèce humaine, les rigides sont sûrement le premier prototype à l'image du clou en fer, droit comme un (i) et toujours ferme, quelle que soit sa longueur. S'ils ont le regard bleu acier et un moral bien trempé, ils en précisent alors le genre !

Les discrets au tempérament effacé pourraient plus facilement se reconnaître dans les clous "tête d'homme". Pour des assemblages soignés, la tête peut être escamotée et cachée dans l'ouvrage au moyen d'un chasse-goupille. Peut-être, cela expliquerait-il pourquoi vous recherchez sans fin ma trace et ma présence de tête pensante.

Bien sûr, le progrès a créé une variante : "le clou sans tête" ou "clou à finir" destiné à de fins assemblages et que l'on peut délicatement dissimuler à l'aide d'un chasse-clou ! J'y vois là un possible espoir de progrès pour un écrivain anonyme !

Le modèle "tête d'autruche" pour ceux qui veulent masquer la réalité en se bouchant la vue ou pour ceux qui ont pris un coup dans l'aile, reste encore à inventer. Moi, qui m'entête à creuser des idées, c'est la série des clous "tête de pioche", que j'attends impatiemment.

C'est sûr ! Ceux qui choisissent de bâtir leur vie sur de solides fondations sont armés pour la catégorie des clous à bétons ! Mais attention à leur bonne utilisation ! En cas de coups tordus, ils ne se tordent pas, ils cassent en brisant vos projets ! Ils se jettent, à bras raccourcis sur vous comme des inutiles.

Les ronds de cuir, ceux qui font des ronds de jambe pour la valse des circulaires administratives, ceux qui restent avec leurs yeux caramel, mous comme deux ronds de flan, les terrestres qui ne pensent qu'à changer de décor et les lunaires qui rentrent dans le décor appartiennent sûrement à la série des clous "à tête demi-ronde" !

Ceux qui s'accrochent à vous et veulent vous retenir ont leurs correspondants parmi les "clous cavaliers", en forme de "U à deux pointes", appelés plus justement "crampillons". Nous dirions plutôt crampions en picard ou crampons, surtout s'ils vous harponnent pour vous mettre un fil à la patte. Bref, vous reconnaissez ici, la nombreuse espèce de ceux qui vivent à vos crochets ou qui vous crampent, ayant ainsi rendue célèbre la crampe de l'écrivain aux écrits vains ! J'ai bien l'honneur !

Peut-être même, vous êtes-vous déjà décramponnés, désappointés par cet écrit pointu ou vous êtes-vous accrochés, à grands coups de pistolet à clous ? Est-ce vous que j'aperçois, le bec enfariné, cheveux ébouriffés, comme un oiseau cloué à la porte d'une grange ? Est-ce vous, bouche ouverte, qui vient de s'aplatir comme un rivet sous les coups de boutoir d'un écrivain marteau ?

 

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