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Le sac

Publié le par modimodi

Sur les marchés forains, s'il est un objet facile à trouver, c'est bien le sac décliné de mille façons, en mode utilitaire ou fantaisie. Sacs et pochettes en cuir ou sacs imprimés en toile, nous nous laissons tenter à pleines poignées.

Il emplit notre quotidien et bourre nos armoires. Nous ne pouvons pas nous en passer. Accessoire de mode ou objet multifonctions, cet article utilitaire a pris sa place dans nos vies de bazar.

Il est avec nous, il nous suit partout au point qu'il nous personnifie. Nous avons tous une contenance à ne pas perdre et toujours quelque chose à transporter, à protéger ou à cacher. De notre sac d'écolier, à notre sac à provisions, du sac à mains au sac de voyage, nous emballons sans cesse nos vies !

L'homme lui-même est un sac, un sac d'os, gonflé de ses provisions d'espoirs ! Au comble de son optimisme, il tapote sa cuisse en pensant : " Emballé, c'est pesé ! Cette affaire est in the pocket ! C'est dans le sac !" Il pense l'avoir mise en réserve si l'infortune l'épargne !

Tout lui sourira, s'il n'est pas panier percé ! Dans son cartable, l'enfance lui garde comme une ensacheuse ses trésors, son sac de billes, de bonbons et d'osselets. Dans sa trousse, les crayons de couleur gardent vivace l'arc-en-ciel du bonheur.

Le temps passant, il transportera toujours dans ses pudiques émotions ses sachets légers ou enflés de souvenirs. Sa jeunesse est elle-même, une joyeuse course en sac et son existence un ensachage permanent : des sacs de farine blanche d'innocence, aux sacs de charbon des idées noires.

C'est ainsi, l'individu s'est de tout temps conditionné, confondant son humaine condition avec un sac de conditionnement pour tous ses fardeaux, ses nœuds et ses embrouilles. Il a confectionné lui-même son sac, cousu main.

Regardez-le ! Chiffonné un jour, comme sa mine de papier mâché, malléable encore et déformable suivant ses activités ou ses rencontres. Il compose, il est artificiel, synthétique et rarement naturel. Il affiche la couleur même s'il a tendance à être transparent. Souvent, il n'existe que par sa plastique et cherche à vous emballer ou à vider son sac. Malheur à vous, s'il n'en voit pas le fond !

Si son corps élimine ses toxines, son esprit produit en permanence des denrées périssables, non recyclables. Seul son amour reste propre. Ses idées défraîchies, ses pensées en date de péremption ou ses projets abandonnés finiront dans le grand sac poubelle en plastique avec tous les sacs d'emballage de ses achats utiles ou compulsifs.

Pauvre monde ! N'en jetez plus ! La mer poubelle s'asphyxie, la plaine est pleine de déchets et d'oublis. Le monde est mis à sac ! Fantômes au mauvais vent d'hiver, claquant du bec comme des corbeaux, accrochés aux branches des arbres dénudés. Épouvantails dressés en pleine nature, empaillant l'univers, guenilles de la laideur crucifiant la beauté.

L'homme n'est lui-même qu'un sac, un sac de bonnes intentions et de rêves, parfois sans queue ni tête... Si vous le croyez fourbe, à double fond, gonflé de promesses fallacieuses, fuyez-le ! Si vous l'apercevez, affublé et difforme comme un sac à patates, c'est qu'il a fait en vain, provisions de chimères.

Tantôt d'un caractère de chien comme un sac à puces, tantôt roublard comme un sac à malices, il promène en bandoulière, sa besace pleine d'espoirs. Son baluchon gonflé d'aventures l'emporte parfois sur des chemins droits ou de traverse.

Il faut de tout pour faire un monde ! Celui-là gueule ouverte et avide de tout, remplit grain à grain son sac de blé. Pour lui, la bourse, c'est la vie ! Celui-ci, volatile comme un sac de plâtre cherche à épater son staff et cet autre vide son sac de pommes de discordes et de marrons.

Portant le sac, le silice et la cendre, si le saint homme fait pénitence, le jouisseur, poches sous les yeux, n'est pas forcément un sac à vin même s'il a souvent le matin, la tête dans le sac ! Parfois, il a tant collecté et amassé de litres, qu'on le ramasse sur le trottoir, directement à la rue.

Malheur à ceux qui sont pris, mendiant ou voleur de sac et de corde, la main puisant lestement dans le sac aux écus ou le sac aux jouissances. Ils garderont les poches et leur lit vides ! Leur baise-en-ville, le sac des doux transports a bien trop vite craqué ! L'amour s'est éventré.

Mon frère, mon semblable, vit ainsi ! Qu'il soit ouvert ou renfermé, qu'il soit du trou du cul du monde ou du trou du cul du sac, les Parques tirent les ficelles de la joie ou de la tristesse dans le sac de dés du destin !

Le bébé babille dans son couffin sous le tendre regard de ses fiers parents. La sacoche du facteur porte les lettres d'amour tant attendues. Le soldat parti faire la guerre, la fleur au fusil, ne sait pas s'il reviendra sans accrocs, du front avec son havresac et si la vie lui promet encore le bal dans sa musette. Dans la gibecière de la chasse aux illusions, qui est le faisan ? Qui sera le gibier ? Combien reste-t-il de munitions dans la cartouchière de la vie ?

Y'a du sport permanent dans le barda de l'existence ! Poussé dans ses retranchements, chacun s'adosse au sac de terre de ses mille besoins terrestres. Devant l'adversité, serrant les poings, il punche comme un boxeur dans le sac de la vie ou se la met comme il peut, en sac à dos.

Car après l'abondance des désirs, vient parfois la pénurie des plaisirs. Le cuir se tanne et se craquelle. L'étiquette se décolle du sac, la toile s'élime et les quilles se renversent. L'anse se casse, le sac à mains se vide, il ne vous reste qu'un vieux cabas. Le sac lacrymal se crève et répand ses larmes de regret. Le sac de sable de la poudre aux yeux se déverse lentement mais inexorablement au sablier. L'âge est un saccage des joies de la bonne chère et des délices de la chair.

Oh ! Le malin se vante d'avoir plus d'un tour dans son sac mais, c'est ainsi, qu'il gaspille ses plus belles opportunités. A force de bourrer son sac de papier, il le crève. Pour faire sursauter ses compagnons d'infortune, il le claque, dans un grand bruit sec, Pan ! Il est hilare. Mais c'est lui-même qu'il déchire et disperse, mettant sa fragile vie à sac !

Au négoce de la vie, chacun fait les soldes pour épargner sa bourse aux jours déjà comptés. Du premier au dernier, la vie est emballante et bio dégradable. De saccades en saccades, elle vous emballe le cœur au point de l'affoler. Au battement final, quand la vie ne pourra plus le sacquer, l'homme sait bien qu'un jour, il atteindra le grand cul-de-sac !... Seul, le pense-t-il, bien qu'avec tous, dans le même sac ! Telle est sa destinée, notre destinée !

Oui ! Le temps nous réserve bien au chaud son sac de couchage pour le dernier grand sommeil, dans une interminable nuit blanche et noire... Mais enfin, à la belle étoile !

 

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