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C'est ma faute, c'est ma très grande faute ! 2/5

Publié le par modimodi

La réforme de l'orthographe veut-elle sauver l'écolier français et l'aider à échapper à la méchante et sournoise faute d'orthographe qui le bombarde en permanence ?

Si nous avons retenu la leçon précédente, il suffirait simplement de remplacer les traits d'union par la soudure des mots, mis à part pour l'écriture des nombres au delà de 100 ! Mais non, mes petits pioupious ! C'eût été bien sûr, trop simple !

L'Académie française avait d'ailleurs bien compris avant de proposer sa réformette qu'il était impossible de prendre en compte tous les emplois du trait d'union !... Pourrions (-) nous le retirer dans cette simple phrase interrogative ? L'emploi syntaxique lors de l'inversion d'un pronom sujet exige de le conserver entre le verbe et lui.

De la même manière si l'on veut distinguer : " il intervient à propos" ou "il a de l'à - propos." La liste est longue ! Les hésitations et les différences entre dictionnaires prouvent les nombreuses disparités. Ecrit-on : mille-feuille(s) ou millefeuille, ramasse-miette ou ramasse-miettes... ? Les nouvelles dispositions à l'intention des lexicographes prévoient toujours de distinguer la langue-de-bœuf quand il s'agit de botanique, de la langue de bœuf que l'on cuisine, sans doute pour mieux la charger ou en varier les odeurs et les saveurs!

Le deuxième point proposé pour les rectifications de l’orthographe concerne le pluriel des mots composés. Un compte-gouttes devient un compte-goutte au singulier et des compte-gouttes restent des compte-gouttes au pluriel ! Ainsi, le trait d'union est resté mais le "s" a disparu au singulier ! Mais dites-moi ! Est-il bien besoin de compter, s'il n'y a plus qu'une seule goutte ! Une chose est devenue sûre, il n'y a plus dorénavant de science infuse ! Celle-ci s'infuse au goutte à goutte !

Désormais, dans les noms composés avec trait d'union, le second élément prend la marque du pluriel, lorsque le mot est au pluriel : Un après-midi, des après-midis, un pèse-lettre, des pèse-lettres et plus bizarrement des perce-neiges, (sans doute parce qu'elles sont éternelles...) et des abat-jours (pour les abonnés des mauvais jours ou les insomniaques aux nuits interminables...) Moi, qui croyais que l'orthographe avait majoritairement du bon sens intuitif, me voilà perdu ! L'école de la vie ne m'a rien appris.

Par contre dans cette réforme iconoclaste et, vous le constaterez, pas très catholique, on écrira toujours des prie-Dieu, des trompe-l’œil et des trompe-la-mort ! Adieu joyeux casse-tête de la grande loterie des pluriels incertains aux mots cure-dent et cure-ongles ! Cette proposition a enfin du bon ! On ne va plus se casser les dents ni se ronger les ongles, simplement les sangs quand l'orthographe tourne en eau de boudin !

Mes bons maîtres m'avaient appris à me méfier et à réfléchir quand j'écrivais un mot. Ils m'avaient convaincu que l'orthographe était à jamais une matière instable. Ils m'avaient appris que phonème ( s ) peut s'exprimer par des graphèmes différents : s / ss / c / ç / sc / t. Ils m'avaient dit que la prononciation était trompeuse et contradictoire : porc, coq, jonc, arc.

Il m'avait fait mettre les points sur les "i" et sur les "j" et appris à placer les accents. J'avais reçu quelques astuces pour échapper aux pièges. "Son avènement fut un événement" était un bon moyen mnémotechnique. L'accent grave sur les voyelles autres que "e" servait à distinguer "a" et "à", "la" et "", "ou" et "". Il fermait la prononciation tandis que l'accent aigu l'ouvrait. Mais ça c'était avant !

Depuis l'Académie est passée par là ! Le nouvel emploi de l'accent grave à la place de l'accent aigu modifie règlementairement les mots comme l'évènement ou le cèleri . Il influe aussi sur le futur ou le conditionnel des verbes comme céder : je cèderai, ils règleraient, j'altèrerai, ils allègeraient. Le modèle de référence est la conjugaison du verbe semer. Ironie probablement intentionnelle pour mieux semer dans la clarté ou le doute le brave écolier ! Puissè-je m'en souvenir moi-même !

Dans cette logique, on conjugue les verbes en eler et eter sur le modèle de peler et acheter. J'amoncelle les bêtises devient j'amoncèle les fautes. Tu époussetteras l'orthographe devient tu époussèteras, probablement pour mieux planquer la poussière sous le tapis et tu étiquetteras s'écrit, tu étiquèteras, bien entendu avec des étiquettes neuves ! Où est donc la bonne vieille logique dans cette modification prétendument amélioratrice ?

Car quand on croit que tout est simplifié, on déchante. Il faut bien en plus, comme toujours, quelques exceptions qui en jettent pour confirmer la règle ! C'est fait avec les verbes appeler et jeter. Ainsi écrira-t-on : "Je me pèle les miches car je t'appelle depuis une heure !" " Oh! Excuse-moi, au milieu de mes amis, je ne t'avais pas entendu m'interpeler !"

 

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