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C'est ma faute, c'est ma très grande faute ! 5/5

Publié le par modimodi

 

Vive la réforme de l'orthographe ! Il faut écrire droit et filer droit avec les orthopédagogues aux pieds plats ! Adieu l’étymologie, adieu la sémantique ! La langue française est reconnue difficile. Les sms et mms sont bien plus accessibles pour des esprits au bon sens abrégé ! Les 40 académiciens jivaros l'ont donc réduite et scarifiée.

Dans les grands faitouts de l'orthographe, 2400 mots portés au nouveau lexique vont subir ce lifting : "Oignon pourra s'écrire ognon et nénuphar, nénufar." C'est ainsi : soit tu pleures, soit tu t'effares ! Elle est éléfantesque cette réforme, mes bons enphants. Tout le monde pourra donc se tromper !

En restant droit comme un i, ne pensez-vous pas que nos habits verts auraient mérité de se prendre une belle tarte à l'ognon, un entartage à la pissaladière et d'aller s'occuper de leurs "onions" ! Boris Vian, lui-même, aurait sûrement "écumé tous les jours" de devoir tailler le nénufar qui pousse dans le poumon droit de Chloé et aurait déclaré nos immortels bons pour le caveau, de Saint-Germain ou d'ailleurs !

Mais ainsi l'ont-ils voulu ! L'imbécile frappé d'imbécilité fera moins de zèle qu'avec ses deux ll. Et comme on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs, on ne fait pas de réforme sans casser des "e" ! Chacun pourra s'assoir et se rassoir quand le maitre ou la maitresse qui ne feront plus porter le chapeau (ni le bonnet d'âne) vous mettront les points sur les "i" et vous y autoriseront ! Dernier chaussetrappe : le joailler pourra manger les fruits du groseillier ! Hi ! Hi ! Sans s'étrangler !

" Oignez vilain, il vous poindra, poignez vilain, il vous oindra." La sagesse est toujours proverbiale ! En attendant, c'est nous qui sommes piqués au vif ! Nous l'avons dans l'oignon, et des gnons et des gnons dans l'ognon ! Vous verrez bien qu'un jour, par pudeur, ils supprimeront la lettre Q pour éviter les coquilles !

Mais pour nous rassurer, la réforme non contraignante sera facultative et la graphie pourra être alternative ! Ainsi l'avait voulu en 1990, nos académiciens valétudinaires : " Il ne peut être évidemment demandé aux générations antérieures de désapprendre ce qu'elles ont appris et donc l'orthographe actuelle doit rester admise. " L'Académie, maison de tolérance et de délirium trémens !... La réforme est peut-être le symptôme de dégénérescence littéraire de nos perpétuels à la mémoire en pelures d'ognon !

Mais vous en ferez le constat, au final, voilà beaucoup de bruit pour rien !... Nous sommes en présence d'un statuquo linguistique pour une nouvelle langue clignotante et une écriture à clochepied ! Il nous est octroyé une double chance, celle de réussir ou de nous tromper. A la rentrée, les manuels scolaires présenteront les deux usages. Les nouveaux professeurs devront être formés aux différentes possibilités et aux tours de passepasse. J'imagine bien les corrections de dictée à options d'un français placébo.

Au grand piquenique de l'orthographe, c'est le prof croquemitaine qui te pique et te nique ! Mais assez de persifflage, inutile d'être combattif comme un boursoufflé, tirebouchonné de l’ego. Je suis, nous voilà tous embarqués sur le charriot ou la charrette révolutionnaire qui mène à l'échafaud du langage ! Inutile, la mort dans lame, de se faire en plus une crise d'exéma ou un douloureux harakiri.

Ainsi le diront haut et fort et le clameront les agités de la plume et de la bienpensance qui s'inquiètent depuis toujours des tempêtes dans les verres d'eau dans lesquels ils se noient ! Ainsi au nom d'un apriori souvent mal étayé porteront-ils l'anathème suprême en parlant de déchéance de "circonflexité" ou de nationalité pour ces jeanfoutre du français.

Mais inutile de s'entredévorer entre les sympathisants de la réforme et les classiques réfractaires ! Pas de vaines querelles entre les pas assez anciens et les presque modernes ! Tout est question de conventions. Rien n'est jamais figé ni gravé à vie dans le marbre, sauf dans celui de la mémoire universelle.

Au-delà de l'attachement affectif et esthétique à nos habitudes d'écriture, n'oublions pas, mes bons et indulgents amis lecteurs, qu'une langue est vivante. Elle se modifie en permanence à l'écrit comme à l'oral. Ni le ministère de l'Education ni l'Académie française ne peuvent freiner son évolution ! La vitalité est toujours créatrice. Nous sommes des millions en France et dans le monde à l'ensemencer, à la perpétuer et à l'aimer pour la léguer aux futures générations qui prendront notre relai. Éternels écoliers !

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