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Lettre d'un emprunté 1/2

Publié le par modimodi

A toi, ma lointaine, mon espérée et jamais oubliée, j'adresse ce discret bouquet de pensées entre les feuillets de ma lettre.

Dans ce demi-jour d'hiver crachin, je viens de feuilleter lentement l'album joyeux de ma jeunesse adolescente. Des silhouettes, des paysages, des décors, des ombres en groupes, des photos de nous et de nos camarades fluent et refluent par vagues mélancoliques à la mémoire de mon cœur qui se balance au large de la nostalgie.

Je nous revois au soleil insouciant de l'amitié, dans de bruyants éclats de rire jubilatoires, au milieu de nos jeux, de nos singeries, de nos acrobaties, dans les temps de défis et d'allégresse de notre adolescence. Toutes nos images de plaisirs resurgissent instantanément, en gerbes fraîches de gouttelettes jaillissantes et irisées dans l'arc-en-ciel de mes souvenirs.

Un kaléidoscope projette des flashes et imprime en moi des lieux, des visages, des prénoms, comme autant de fleurs épanouies au printemps de notre âge. Des instants éclatent sans bruit, des éclairs d'un bonheur trop vite enfui sont aussitôt ressuscités comme par magie. Des initiales aux cœurs entrecroisés demeurent incrustées dans l'écorce de l'arbre de ma vie.

Aujourd'hui, la morosité est en pause. Dans ce temps capturé et serein, les regrets ne sont pas de mise. Au contraire, je perçois nettement ta présence. Sa trace est intacte et préservée au milieu de la douce anarchie de mes pensées. J'ai même conservé les plus agréables, parmi mille et un de tes sillages. Je suis comme Guillevic, le poète : "Il suffit de tremper les pieds dans le ruisseau pour être regardé par le soleil." Tu m'éclabousses de ta lumière.

Simplement, sans que je le provoque, tu t'en viens battre avec insistance à la porte de mon cœur. Tu en seras certainement surprise... Après toutes ces années, oui ! Je pense encore à toi ! Comme c'est bête et inattendu !... Pourquoi maintenant ? Pourquoi surgir comme le mot, du terreau du poème et faire irruption en moi, dans cet afflux d'évocations ? Je suis comme Lamartine : "Non, tu n'as pas quitté mes yeux. " Mais pourquoi remonterions-nous le cours du temps perdu ? Pourquoi ce besoin subit de me confier à toi, de te parler dans l'ombre, toi qui es ma clarté ?

La sagesse me suggère qu'il n'est peut-être, jamais trop tard pour bien faire ce que l'on n'espérait plus ! D'ailleurs, je ne sais pas pourquoi mais depuis toutes ces années, j'ai gardé ton adresse. Sans doute, pas par hasard mais par un signe capricieux et tenace du destin qui nous guide par la main !...

J'ai donc eu envie de t'envoyer enfin, la lettre que je voulais t'écrire, il y a quelques années... Bien sûr, le temps a passé et jaunit le papier. Nous voilà pâlis et dispersés par les flots du temps qui ont emporté et ballotté nos émois et nos élans dans les bouteilles lancées à la mer !

Je ne cherche d'ailleurs aucune excuse. Je n'ai rien à me faire pardonner. Je te devais simplement cette sincérité avec des mots qui m'ont alors, cruellement manqué mais qui restent gravés dans le marbre coloré de mes primes émotions.

Je me souviens. C'était, t'en souviens-tu aussi, à notre premier rendez-vous ? J'avais mis tous les atouts de mon côté : pantalon de velours milleraies, veste de bonne coupe cintrée, un peu trop peut-être, un déluge de parfum d'eau de Cologne, sur mes trois poils de barbe et de moustaches naissants. Oh ! Beaucoup trop assurément !

J'étais, il est vrai, un jeunot réservé, mal dans sa peau boutonneuse. Je n'avais aucune expérience amoureuse. J'étais un tendre gringalet, vert de sève tentant de paraître sec et noueux comme un sarment de vigne des vendanges de la vie et de l'amour. Je me tortillais comme un liseron dégingandé, poussé trop vite entre deux pierres de mon chemin d'enfance. J'étais tremblant sur mes deux jambes mal bâties, comme une cabane en kit, posée sur pilotis.

Timide, rougissant, mon cœur s'est emballé. J'hésitais à te regarder, encore plus à te parler. Je n'ai su t'offrir qu'une pâle et dérisoire risette. J'étais crispé, gêné et regrettait de ne pas être à la place du bouquet de pensées et de violettes que je te tendais. Empressé, impressionné, j'ai bégayé, à peine audible un : "Bonjour, ça va, toi ? Tiens, c'est pour toi !" Je t'ai souri bêtement, niais, timide, à fleur de peau !

J'avais tant espéré, attendu ce moment, et là, à cet instant, j'aurais tant voulu être ailleurs ! J'étais gauche, quasi-paralysé de trouille. Pourtant, je croyais m'être psychologiquement bien préparé à notre rencontre. J'avais interrogé mon entourage et parcouru les rubriques de conseils aux débutants : Comment maîtriser sa peur et avoir assurance et prestance pour être remarquable et inoubliable dès les premiers contacts.

C'était au siècle dernier... Nous ignorions les s.m.s. et ce que les progrès techniques allaient faciliter pour la communication et les échanges.

Nous étions en octobre, il faisait doux, presque chaud, c'était l'été indien...

 

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M
Ravie d'avoir pris le temps de me délecter de cette évocation ....du jeune homme que j'ai connu bien sur il y a un temps certain ... mais en lisant ces mots je pensais à mon fils et ses premières SORTIES revenant en courant à la maison se Changer , se rafraîchir pour mieux courir après son bus pour retourner en ville ... A cette époque on marchait ... on courait ....mais aussi je voyais mon neveu encore étudiant mais qui n'est plus à ses premières sorties ... il a PASSE LE CAP ...un sms ... un texto comme ondit ...les fleurs ne se font plus ... c'est poiur les vieux ou pour amener au cimetière !!! Quelle génération blasée de tout qui n'aprecie plus ces petits moments de tendresse inavouée ... qu'on regrette plus tard ...Peut être eux aussi verront ces remors non ces regrets dans quelques années Nous en rirons ensemble !! dans les soirées de mariage par exemple en égrenant le PASSE ....Oui une douce lecture qui m'a bien amusée ... Merci ... de penser après coup que peut être mon "Amoureux" comme on disait à l"époque a pu penser cela !!! Du moins j'aime à y croire ...
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