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Le couteau

Publié le par modimodi

Nos ancêtres au temps du paléolithique, il y a plus de 25000 ans ont inventé le premier couteau. L'un d'entre eux à l'esprit affûté, s'est sans doute, en se coupant le doigt, rendu compte qu'une obsidienne ébréchée avait un côté plutôt mordant. Ensuite, les silex n'ont pas fait long feu pour s'éclater en mille morceaux ! L'ère des os de mammouths taillés, des pierres aiguisées aux vives arêtes ont eu vite fait de dépecer et de trancher la viande des animaux tués, comme de racler les peaux.

Outil du quotidien pour la cueillette ou arme blanche pour la chasse, les premiers hommes sont déjà à galets polis et à couteaux tirés ! L'utilitaire côtoie le défensif, le pacifiste comme le guerrier. Le dominateur veut tenir l'autre sous sa coupe. Le couteau est ainsi l'instrument bénéfique du coupe-faim et le poignard, celui du coupe-coupe, radical pour couper définitivement l'appétit ! De la mâche à la machette, nos prédécesseurs hachent menu et coupent la poire en deux ou plus radicalement le sifflet ! Mais inutile de couper court avec une bande de fiers à bras raccourcis !

Si je veux, à mon tour, trancher dans le sujet, je dois mettre en garde mes lecteurs affûtés sur ses emplois coupants et ses sens affilés... L'oie blanche doit se méfier de l'arme blanche de la voix et des belles paroles du bonimenteur, prédateur de basse cour ! Vous-mêmes, tenez-vous loin de votre voisin, surtout s'il a le visage en lame de couteau. De son double tranchant, il pourrait bien en jouer pour se faire une place au soleil ou vous planter dans le dos !

Depuis, de descendance en descendance, nous n'en finissons pas de couper dans tout ce qui se présente à nous ! La vie nous est donnée en bloc, le sort de chacun est un épais brouillard comme parfois mes textes, à percer, à couper au couteau ! Bien malin celui qui peut fendre son rocher de Sisyphe quand certains ne parviennent même pas à trancher leur cordon ombilical !

Tout le monde ne peut être au premier plan, il y a des seconds et des troisièmes couteaux qui font pis que pendre et ne sont que des manches ! Il y a des porte-flingue qui ne savent pas tirer, même les lapins.

Bien sûr! Il faut de tout pour faire un monde: des désosseurs qui vous tombent sur le râble et qui vous surinent ou bien des économes qui épluchent finement quelques grosses légumes. Vous avez malheureusement le choix de vous faire étriper, écharper, émincer, hacher par quelques tranchelards. Dans tous les cas, évitez alors d'être à couteaux tirés !

Moi, je n'aime pas les amateurs à court d'idées qui font du cinéma. Ils ne savent ni tourner court ni couper court à la facilité ! Car l'existence est une suite de plans séquences avec plus ou moins de relief et plus ou moins de coupures et de coupes sombres !

Le grand cinéaste du septième art de la Vie Éternelle, dans son studio au septième ciel se prend sûrement pour un dieu. Avec sa caméra super trois huit, il offre chaque jour, à tous les fondus et enchaînés que nous sommes, un long ou un court métrage de labeur ou d'existence. Personne ne le censure, ni ne lui coupe sa parole, elle est dite d’Évangile ! Et qui plus est, il est dit ineffable !

D'ailleurs, il n'est pas bienveillant ni miséricordieux, il est cruel et sans pitié. Le Caravage nous l'a illustré, quand il exige le sacrifice d'Isaac sous le couteau d'Abraham. De plus, pour achever le tableau, nous savons qu'il viendra aussi nous couper le souffle afin de couper court à notre tragique destin. D'ailleurs, nous apprenons, dès la naissance, que nous avançons, jour après jour, dans "la nuit des longs couteaux" et que nous n'allons pas y couper !

Mais pourquoi nous débiter ainsi la vie en tranches et nous-mêmes, en rondelles comme un saucisson à l'âne de la crèche ? Pourquoi permettre aux raseurs de couper les cheveux en quatre et de nous mettre en rogne ? Pourquoi autoriser les tourmenteurs à tourner leur couteau dans nos plaies ? Pourquoi nous mettre en porte-à-faux et laisser le grand faucheur à tête de mort sortir le couperet qui va nous prendre de court, si nous ne savons pas tenir le cou ?

Pour survivre, il faudrait, semble-t-il, savoir trancher en permanence dans la difficulté. Celui qui a plusieurs cordes à son arc comme plusieurs lames à son couteau suisse a plus de chance pour trancher les nœuds serrés de la difficulté. L'écrivain au style acéré pourrait ainsi aisément trancher les mots dans le vif de son texte et parler à mots couverts pour ne pas blesser le lecteur, qui lui fait l'honneur de passer à sa table de lecture...

C'est d'ailleurs, mon humble ambition d'écrivain émoussé. Mon couteau est de papier. Il ne peut nuire à quelques mines de papier mâché, lassées par tant de mes boulettes. Il ne goutte pas du sang de ma veine tarie ! Oui, je l'espère ! Il va luire enfin dans un éclair d'inspiration car sa lame est d'or comme le croissant que la lune offre à la terre, en se penchant vers elle.

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