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Lettre aux amoureux : le chapeau

Publié le par modimodi

Messieurs, les amoureux, pratiquants de l'amour, "Sortez couverts !" Ce slogan médiatisé et rabâché vous incite à acheter des préservatifs et à mettre votre petit chapeau pour entrer ou sortir, lors de vos dévotions à la grotte des plaisirs... Enfants de Marie, s'abstenir !...  Cet hymne en voix de tête, n'est pas pour vous !

Oui ! Oui ! Mes petits paroissiens, je vous assure que je connais des têtes de nœud qui ont appliqué ce conseil. Elles se sont ainsi préservées de penser profondément en o-pinant à tout. Petites ou grosses têtes, après s'être fait crêper le chignon, elles n'ont pas dû porter officiellement le chapeau !

Voici donc, la païenne litanie à psalmodier comme il vous chante, du bout des lèvres. Elle renouvelle peut-être, un peu le chant de la turlutte, tututte, chapeau pointu !

"Y'en a qui ont le melon et d'autres le chapeau mou, y'a des têtes à claque et des hauts-de-forme à calotte cylindrique ! Y'en a qui sont toqués d'amour et qui ne savent plus où donner de la tête ! Y'a des têtes de pipe culottées et même décalottées. Y'a de jeunes étudiants, des bizuts qui ont la faluche impudique et exhibent leurs pompons ! Y'en a même qui ont des chapeaux ronds, sûrement des marins bretons ! Des Jean-Yves costauds, qui ont la tête près du bonnet !

Y'a des as de la tête à l'envers et qui font des têtes à queue ! Y'a des fortes têtes qui s'entêtent à ne pas porter le chapeau et d'autres qui vous entêtent du parfum des petites vertus !... A en baver des ronds de chapeau, moi, je vous le dis !

Y'en a qui, sur les chapeaux de roue, dégomment et dérapent à vouloir foncer, tête baissée ! Heureusement ! Je ne connais pas d'enragés ou de gloutons à la mords-moi le nœud qui se soient fait manger leur chapeau. Juste cabossés ! Nom d'une pipe !

Y'a des artistes et des rêveurs, des têtes de linotte qui pour être original au plum' ont la plume au chapeau ! Y'a des prudents qui ont peur de capoter et qui ne veulent pas se laisser déborder. Y'a des basques qui enfoncent leur béret jusqu'aux oreilles et des poulbots qui se préservent hâtifs et se vissent la casquette. Y'a des têtes de turcs enturbannées et des délicats qui cherchent toujours des modèles en velours ou en soie pour leurs coups fourrés.

Y'a des puritains qui ont peur de se prendre un coup de mitre ou de tiare sur la tête et auxquels leur religion interdit d'accrocher un chapeau à leur sacré porte-chapeaux !... "Si elle n'en veut pas, remets-la dans ta calotte"... Oh ! Toi, le jeune séminariste, jeûne et abstinence ! Marie doit rester vierge ! Lex, Durex lex, sed lex !... L'amour est un heureux hasard, comme le divin plaisir qui se prend au doigt mouillé, comme l'eau bénite dans le bénitier !

Par contre, y'a des partisans de l'amour libre, des incontrôlables impossibles à chapeauter ! Y'en a qui n'ont pas la tête à porter le chapeau et qui, sans avoir le caractère rigide, refusent fermement de s'affubler ! Mais après le coup du père François et du polichinelle dans le tiroir, il faut savoir qu'il n'y a pas de ballon d'essai. Quand retentira : "il est né le divin enfant", peut-être seront-ils alors contraints de porter le chapeau !

Y'a des fervents amoureux qui travaillent assidûment du chapeau et qui font grand honneur, à l'expression : "L'amour ça décoiffe !". Y'en a qui n'hésitent pas à donner au passage, un petit coup de barrette ou de chapeau à droite ou à gauche à quelques besogneuses en charlotte.

Mais assagis, une fois qu'ils ont trouvé l’âme sœur, ceux-là ôtent définitivement leur chapeau devant leur dame ! Espérons que la vie conjugale leur évitera de se faire coiffer et de devoir porter d'abondance, bicorne ou tricorne."

Voilà ! Reprenez lentement votre respiration !... Chapeau bas, lecteurs amoureux et têtus, si vous avez tenu jusqu'au bout, la lecture de ce texte un peu gonflé, qui se répand dans une facilité linguistique, un peu trop spermissive. Moi, l'amoureux passionné des mots et de l'amour, je vous en ai fait voir de toutes les couleurs et je crains même votre débandade à me payer si gentiment votre tête !

Même si le sujet est plutôt juteux, je crains fort que vous n'y ayez compris goutte. Ce serait sûrement heureux pour mon honneur de petit écrivain, avec sa plume, flamberge au vent !

Oh oui ! Je sais ! Je ferais mieux de me presser le citron ! Mais je me gorge de prétentions enflées, je fais bande à part et je boursoufle dans un style turgescent d’orgueil littéraire pour bibliothèque rose.

Je vous le con-cède ! Mon talent ce jour, est sur la corde raide ! Il me passe allègrement par-dessus la jambe et déborde sans le moindre espoir d'atteindre le dessus du panier ! Allons, rassurez-vous quand-même, je ne ferai pas comme V. Hugo. Je ne mettrai pas "un bonnet rouge au vieux dictionnaire." Je prendrai mon pied, au pied de la lettre !

Je garderai haute, ma petite tête en l'air ! Peut-être, suis-je en train de découvrir chez moi, une vocation de modiste contrariée... Mais oui ! Mais c'est bien sûr ! Elle est forcément pour bibi, l'expression toute trouvée : travailler du chapeau !

 

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