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Lettre à Diogène : Impossible amour 2/3

Publié le par modimodi

 

Ô Diogène ! 

Tu n'as pas connu les moutons de Panurge ! Toi, qui élevais ton falot à hauteur de chaque visage, tu ne cherchais qu'un homme vrai, vertueux et authentique. Autant dire l'impossible, le vrai mouton à cinq pattes !

Car vois-tu, à l'heure du berger, après s'être fait doux comme un agneau, le bélier bêle toujours devant sa belle qui le fera tourner chèvre.

Ici-bas, tout va beaucoup trop vite, mon cher philosophe ! Bien sûr ! Je te donne raison d'avoir été cynique et d'avoir molesté de ton bâton, tous ces curieux railleurs qui t'approchaient de trop près ! Mais sans doute avais-tu quand même tort de négliger l'hygiène sous ton manteau crasseux ! L’héroïsme et le détachement du stoïque ne devraient pas employer la volonté d'intriguer le premier venu en négligeant ainsi l'hygiène.

Oh oui ! Aujourd'hui, pour sauver les apparences, les mœurs ont évolué... Autrefois, dans ses plus beaux atours, le damoiseau poète, aspirant à être son chevalier, soupirait, languissait d'amour, taillait, lissait sa plume pour une dame oiselle. Tandis qu'aujourd'hui, pauvre pêcheur, Momo se tape une parano à lancer l'hameçon pour gauler l’âme sœur et ramener une vieille godasse ou une pantouflarde, dans l'ultime espoir de prendre son pied.

Si le cheval est la plus belle conquête de l'homme, l'homme est celle de la femme indomptée, indomptable. Chacun cherche en l'autre son refuge ou sa propre image et naufrage comme un bateau ivre, en l'amour. Le matelot cherche le port et ne réveille que celui qui, homophoniquement sommeille en lui. Truisme de l'amour qui se veut altruiste.

Tu ne vas pas me contredire, Diogène le Cynique, toi, l'ascète sévère jusqu'au dénuement ! Ton écuelle, ta besace et ta jarre ne font pas de toi, un nanti de l'existence. Mais m'approuveras-tu vraiment, ô toi, à la personnalité complexe et si multiple ! J'en doute !

On ne prête, paraît-il, qu'aux riches ! Sais-tu qu'on te présente parfois comme un philosophe hédoniste, irréligieux et même débauché ! Bigre ! Quel talent !... Dis-moi ! Avec ta lanterne, cherchais-tu un homme ou une femme ? Voulais-tu les faire se rencontrer ou se confronter, se rassembler ou se diviser ?

Ici-bas, l'offre et la demande du plaisir alternent toujours avec guerre et amour. A chacun sa stratégie ! Le chevalier servant fait le siège de la citadelle interdite tandis que les canons de la beauté dressés tirent les premiers boulets.

Vogue donc la galère des amours ! A l'abordage ! Mais " rame, rame, rameurs ramez ! " Chaque amant galérien mis au banc, finit un jour enchaîné aux charmes de la belle. Il meurt d'amour embrasé par le feu grégeois de sa tendre ennemie qui a déjà mis les voiles.

Ô Diogène !

Toi, qui invectivais les passants et qui rejetais les conventions sociales, as-tu induit ces égarements ?... Tous les amoureux on, il est vrai, le choix des armes. La toquade du matador matamore se fait estocade devant la reine. Au bal, entre deux tirades enflammées au style pompier, le mauvais cavalier, à l'amour discourtois se conduit en hussard. L'artificier du dimanche, allumé, éméché, fait bonne mine dans l'espoir d'en faire voir de toutes les couleurs et d'obtenir le bouquet final.

Ici, avec tous ses sentiments en révolution, petit bourreau des cœurs vient de perdre la tête et là, badin badine avant de marcher à la baguette. Tu dois copieusement t'en moquer car tu avais vraiment la dent dure ! Pour tous tes contemporains, y compris les grands hommes ou les autres philosophes, jusqu'à Platon lui-même, tu as ouvertement la critique facile et mordante.

Aussi t'en amuses-tu sûrement, parce qu'à force de chercher son double, l'amoureux voit double ou s'aveugle en braillant son amour ! Sosie est esclave des ressemblances et l'apparence est souvent trompeuse. Il ne pouvait que l'ignorer mais Amphitryon chez Plaute et plus tard chez Molière, incarnent pathétiquement déjà le mari trompé, doublement exténué ! Le risque était-il à courir ? Illusion des déclarations, confessions pour concessions, séductions, confusion et surfusion. Je t'aime, moi non plus ! Conflits de soi, plaisirs de soie...

La volupté à travers le voile, pas à pas tentée, par appâts tentants, trouble les apparences et masque les appâts rances. Oh ! Peuchère que la chair est tendre ! Or, le cher et tendre ne veut que chère étendre et ne pense qu'à chair et tendre.

La concupiscence est conçue puissance, le prétendant est prêt, tendu. Mais et lasse aussi, la chère est faible et parfois si peu chair ! Oh Dallas ! Tout salace s'enlace, délace, lasse, passe et casse.

L'amour at home à d'ultimes atomes crochus. Attaques et contre-attaques, ruses et captures, duos, duels, lices et délices des corps à corps et chauds fourrés. Le soupirant est vite expirant, blessé d'amour car la morsure de l'amour est la mort sûre. Ah ! L'amor sûr ! Ci-gît le cœur... Tous ces lits, bas-terre se rapprochent et se collent pour que tout célibataire se lie et se marie de l'amour éphémère à l'amour effet-mère.

Mais l'amour n'est pas toujours bonne mère nourricière. A son désert aride, chacun poursuit des mirages. Pour le traverser, le chevalier se fait chamelier et le prince charmant, charmeur de serpents à sornettes. Le complimenteur est accompli menteur et tous auront, un jour à subir les épreuves de la vie et de l'amour entre le possible et l'impossible !...

Qu'on se le dise, ô Diogène, le grand amour comme les amourettes sont pour finir, du même tonneau ! Tu peux y rester pour encore méditer.

 

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