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Lettre à Diogène : Impossible amour 3/3

Publié le par modimodi

 

Oh Diogène, je me persuade que nous nous croisons souvent dans notre quête commune ! 

Tu cherches un homme comme mes semblables et moi, cherchons l'amour incarné ! Mais tu ne l'avais peut-être pas prévu !

La vie, tu sais, nous met des cornes et de gros sabots. D'abord, l'amour vache é meuh puis rumine vengeances et souvenirs d'antan. A nos rixes et périls en la demeure ! Alors, nous nous gardons, si possible, des peaux de vache et de leurs coups de pieds ! Quand il y a moins de chants d'amour, les beuglements répondent aux mugissements. Après le bal de musette et la bourrée, dans les beuglants, le cœur, autrefois violon, met parfois le holà. Oui ! Le haut la et le haut ton de la discorde.

À l'étable de la loi d'amour, la mangeoire des désirs se vide quand le râtelier des plaisirs a trop fait de foin. Au banquet des moissons, après avoir glané les derniers épis de tendresse, la table d'amour est vite desservie.

Rapidement, à la vacherie, l'autre compte déjà pour du beurre et rancit. Ailleurs, à couteaux tirés, le cordon bleu a le torchon qui brûle et le cœur d'artichaut en touchant le fond, tourne au vinaigre. D'ailleurs, à chasser plusieurs lièvres à la fois, de lâchages en lapins, l'amour n'est plus du râble, même pour un collet monté ! Il vaut mieux détaler.

C'est ainsi hélas ! Après avoir fait la cour, le galant est devenu galeux et l'amour princier n'a plus cours... même aux frais de la princesse. Après avoir conté fleurettes, joli cœur troubadour se fait envoyer sur les roses. Dans le ciel de lit, le bel astre est un désastre. Le trophée est trop fait. L'an nuit. L'abord d'âge est dit : fait rance d'âge ! Et... l'on s'aperçoit un peu tard qu’Éros rimait avec... et rosse !

L'amour au lasso, l'amour, oh l'assaut ! L'amour à l'essai n'est plus qu'à laisser. Alors, mon bon Diogène, tu aurais dû nous inspirer davantage. Sans lanterner, tu te devais de nous éclairer un peu mieux pour nous dire qu'un homme averti en vaut deux ! Car en enfants de marris, nous découvrons comme deux et deux font quatre, mais vois-tu, un peu tard, qu'un possible et puissant amour est souvent impossible et qu'à l'impossible nul n'est tenu !...

 

Ô Diogène !

L'homme n'est pas qu'un meuglant, digne de l'amour vache, c'est un ruminant, un éternel soupirant. Comme il ne peut atteindre aucun de ses rêves, il finit par se rendre, expirant au désir, dans un dernier silence ! Es-tu prêt à lui ouvrir les bras pour le recevoir, quand il tombe ?

Il te faudrait alors, être comme ton frère, le grand Racine afin de percevoir pour comprendre : "Caché près de ces lieux, je vous verrai, Madame. / Renfermez votre amour dans le fond de votre âme : / Vous n'aurez point pour moi de langages secrets ; / J'entendrais des regards que vous croirez muets." (Britannicus - Acte II, Scène III)

L'homme amoureux pousse ainsi des soupirs qui s'éternisent dans un infini abandon ! Dans les couloirs du temps, les entends-tu ? Les mots du cœur cachent ce qu'ils disent dans les murmures, les plaintes ou le silence. Toi, tu cherches un homme mais crois-tu être en capacité d'écouter gémir ton semblable ?... Tu sais, ses pensées d'amour ne sont pas immobiles, elles languissent sans bruit sur le chemin qui mène du cœur jusqu'à l'esprit.

Le pressentais-tu, Diogène ?

L'amour est la musique mathématique du silence. L'homme cherche son double pour l'appeler sa moitié alors que la partition musicale de l'amour est beaucoup plus subtile. Elle signifie ses silences comme des notes, en demi-soupirs et quarts de soupirs !

Mais à toi comme à moi, on n'a pas appris à déchiffrer. Comme le dit Roland Barthes, nous sommes comme " l'esclave qui a la langue coupée, qui ne peut parler que par airs, expressions, mines. " (Fragments d'un discours amoureux).

Le vent lui-même n'est que la musique du temps et la pluie, les larmes de sa perte irréparable. Nous sommes fils et filles du vent et des songes d'azur. C'est là, que nous nous retrouverons.

Notre différence, c'est que moi, j'en suis convaincu tandis que toi, tu l'ignorais peut-être : "Les amants séparés trouvent une foule de moyens mystérieux de correspondre. Ils s'envoient le chant des oiseaux, le parfum des fleurs, le rire des enfants, la lumière du soleil, les soupirs du vent, les rayons des étoiles, toute la création. Et pourquoi non ?" (Victor Hugo, Les Misérables)

 

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