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Lettre aux cinéastes et cinéphiles 2/5

Publié le par modimodi

 

S'il est un art de la grâce et de l'émotion, c'est bien le septième art !

Sur l'écran noir de mes nuits blanches, je suis comme Claude Nougaro ! "Je me fais mon cinéma !"

Messieurs les cinéastes, talentueux et éclairés, je prends ici un énorme risque en vous adressant cette lettre, bien sûr sans prétention ! Je cours autant votre courroux que la vindicte populaire en vous remettant ce billet d'humeur impudique !

Je vois vos noms défiler au générique. Je ne vous connais pas mais je vous reconnais quand vous me touchez, me faites rire ou sourire, rêver ou désirer. Je retiens votre nom quand j'ai peur, que je suis en haleine, que je m'identifie aux protagonistes de l'action ou quand ma réflexion s'éveille, que je me sens ému, heureux, transporté. J'aime quand la beauté des images, une réplique, une impression demeurent en moi. J'aime quand vous faites de cet art éphémère, un art durable, parce qu'intime.

Je n'ai aucune connaissance particulière, aucune autorité pour revendiquer un quelconque droit à mobiliser votre attention et à vous déranger. Jugez-en vous-mêmes !...

Il est des films qui illustrent bien ma prétention de beauf du noble art !  Un titre comme "Le corniaud", le personnage de "Monsieur Hulot", "le célèbre François Pignon" me vont à ravir ! Je n'ai hélas pas le talent burlesque d'un Keaton ou d'un Chaplin, je suis plutôt un amoureux des mots, comme Groucho Marx ou des dialogues comme M. Audiard. Je fais naturellement l'âne pour avoir du son !

Si vous voulez me situer, disons que le cinéma italien dans ses comédies sociales, néoréalistes, à la farce parfois grotesque permettrait de m'identifier. Je suis incarné dans des rôles de matamore et de bouffon, inscrit dans ma propre satire et mes travers parodiques. Je suis un sérieux client pour Dino Risi, Vittorio de Sica, Luigi Commencini, Ettore Scola, Federico Fellini, mais aussi pour d'autres, très grands comme Luis Bunuel, Woody Allen... Je suis l'archétype ironique du petit bourgeois prétentieux, du fanfaron extravagant, du raté sympathique ! J'ai en plus l'audace et le vice accompli de penser, d'écrire et de parler !

Je célèbre donc sous ma plume mon cinéma, le cinéma, ce septième art ! Septième artifice aux mille feux factices des projecteurs braqués sur les contradictions de notre culture, sur nos mythes éternels, nos pulsions, nos désirs, nos croyances et nos idéaux !

Hauts toujours plus ! Hosanna au fluo des cieux étoilés de starlettes pailletées de haut en bas résille. En vidéo et débats pour vamp, madone et Lolita espiègles, pulpeuses et siliconées, botoxées et sensuelles. Envie des hauts et des bas de soie des blondes Vénus, profils mammaires aux corps de braise jetant le show et l'effroi aux bellâtres attisés dont je fais parfois partie ! Pièges enchanteurs de tant de femmes fatales !

Cinéma physique qui vend la femme plus que l'actrice. Héroïnes, Eros-in d'un jour dont les lignes de fuite de mes perspectives visuelles rencontrent le point de chute des reins et des corps de rêves. Rounds pour tête à clips et à claps, entre bavure et maîtrise, entre sens sûr et censure, sen-surround !

Cinéphiles, je suis comme vous, j'aime le cinéma. Je suis un assidu des films en tout genre, productions hollywoodiennes, films d'auteurs, d'art et d'essai. Avec le temps, mes goûts ont un peu évolué, je ne recherche plus les grands espaces de l'ouest ni les westerns spaghetti de mon adolescence. Je les préférais pourtant aux comédies romantiques où je m'ennuyais ferme, lassé d'attendre vainement l'attaque improbable de la caravane par quelques vieux Cheyennes, profondément sourds ou terriblement en retard...

 

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