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La cloche

Publié le par modimodi

Je ne sais pas si j'ai envie de me taper la cloche mais par Notre Dame, mes oreilles bourdonnent.

J'ai le syndrome de Quasimodo ou du bedeau de l'église de Corneville. Je suis le grand virtuose des cloches de Canterbury. Découvrirai-je sur le tard une vocation de carillonneur ? Finirai-je, si je m'accroche, campaniste dans un beffroi ou résident d'honneur de Clochemerle ?

Mais au fait, dans ces inutiles querelles de clocher, dit-on du bien ou dit-on du mal de moi ? Sont-ce des acouphènes ? Qui me tape sur l'enclume et le système ? Est-ce Eustache qui me joue de sa trompe ? Dois-je baisser pavillon ? Ai-je un souffleur de sornettes qui tarabuste mon inconscient ou des bruits de sonnettes dans mes esgourdes ? En tout cas, il y a quelque chose qui cloche !

J'ai beau être un battant et boxer la vie à poings fermés, je suis sonné comme si j'avais été uppercuté. Je suis désarçonné et renversé, j'ai vidé les étriers. Ai-je pris le melon sous cloche ou une pastèque sur la calebasse mais j'ai l'éclairage vacillant à tous les étages. Je vois trente-six chandelles et j'ai modestement en tête la symphonie de Moussorgski. Les cloches de la porte de Kiev me lancent leurs croches et triolets.

Pourtant, nulle majorette à l'horizon ! Alors, qui joue du tambour dans mes caissons ? A part ce foutu crachin, nulle fête bretonne. Pourquoi entends-je ces obsédants couinements de biniou comme un bagadou ? Je me croirais à la grande parade celtique du festival de Cornouailles ! Holà ! Pour que l'inspiration me bombarde, ma vieille muse prend-elle abondance de plaisirs à me souffler dans sa corne ?

Il n'est pourtant pas encore l'heure de me faire sonner les cloches ou de prendre ma volée. Nous ne sommes pas à Pâques ni à la Trinité ! Ce ne sont pas non plus les vacances d'été et la grande transhumance des bisons pas futés qui, avec leurs bufflonnes, quittent le plancher des vaches pour le grand air ! Ah ! Le bonheur des alpages et le son des clarines !

Alors, quelqu'un dira que j'ai entendu un son de cloche mais que je ne sais plus dans quelle étable. Après avoir été fondu, on me croira fêlé. Sur mon passage, les enfants crieront drelin, drelin, le bélin ! On pensera que le coq de mon clocher troué fait la girouette aux quatre vents de la folie et que mes cloches rentrent de Rome !

Si je suis ainsi déréglé, j'ai grand peur que ça s'entende ! Frère Jacques m'en voudra-t-il à l'heure de sonner les mâtines ! Pourquoi ce grand désarroi dans le couvent, aux premiers coups des vêpres ! Entre "La récolte des pommes de terre" et "Les glaneuses", Millet lui-même ne sait peut-être déjà plus quand peindre "L'angélus" !

Alors, si c'est une facétie de ma bonne fée clochette, j'aimerais qu'elle me lâche le grelot et qu'elle renonce à l'agiter ! Je veux bien passer pour une cloche mais je ne veux pas être marteau. Je suis un vrai dur, un écrivain dur de la feuille. Je n'ai que faire de cette jolie lectrice ingénue qui va à cloche-pied. Je ne vais quand même pas me faire traiter de clochard par une belle ou quelques esprits boiteux aux raisonnements de travers !

Dois-je tenter quelque interprétation du phénomène et y voir un avertissement funeste ? Bon sang de bois ! Un jour, c'est la loi d'airain, je partirai, c'est sûr ! Comme une promesse en fumée ou entre quatre planches. Sans faire grand bruit, je déménagerai à la cloche de bois, au son lugubre du tocsin et de la marche funèbre. A gla-gla, j'ai les grelots, j'ai le bourdon et je refroidis déjà ! Sonnez pour le couvre-feu.

Ou alors, avant que ne sonne le glas de mon départ, dois-je le prendre comme une insistante invitation à me taper la cloche ? Il est vrai que j'ai gardé un solide appétit de vivre. J'ai encore faim d'aventures et d'émotions. Dans ce cas, j'ai bien volontiers l'esprit de clocher. Mais dans son clocheton, le sonneur de cloches ne doit pas me faire entendre qu'un seul son de cloche à fromages ! Qu'il carillonne dans tous les terroirs ! Je veux une symphonie de sonnailles à m'en emplir les deux oreilles et la panse ! C'est pain bénit !

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