Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Lettre à mon plombier : Le tuyau

Publié le par modimodi

Cher plombier, tu coules des jours tranquilles. Alors laisse couler ! Ne cherche pas à te racheter une conduite, sauf si ton avenir est bouché ! Tu peux même accepter qu'on te traite de buse car il n'y a rien de plus banal et de plus utile qu'un tuyau. L'eau y circule, le gaz et le pétrole y mènent leur vie de grands ducs !

En cas de grave problème, si tu brûles tes réserves et que tu es sous pression, plutôt que d'exploser, tu peux toujours avoir du pot et espérer en silence, un tuyau d'échappement. Mais alors, attention ne tente pas une percée !

Hier, tu avais des pieds de plomb mais te voilà désormais, branché et raccordé au monde par la bouche et le regard ! Tu tournes peut-être en rond mais tout est logique : qui se ressemble s'assemble ! Tu peux donc te laisser pousser du coude ! D'ailleurs, si ça ne rigole pas toujours, nulle inquiétude !

Où il y a de la gaine, il n'y a pas toujours du plaisir, disait un confrère électricien ! Toi, sans que les fils ne se touchent, tu peux toujours t'euphoriser au narguilé ou à l'humour de Fluide Glacial.

Tu sais l'égout pour les trop-pleins de tes contemporains et les couleurs argentées du liquide ne se discutent pas ! Il te faut être souple et flexible et éviter de te laisser refouler, pomper ou entuber. Le débit, c'est bien mais le crédit, c'est mieux, surtout quand on croit être de bon conseil et qu'on veut donner un bon tuyau !

Certains jours, c'est dur de faire la soudure par les deux bouts ! Il faut être franc, un sacré coup de collier ne suffit pas toujours ! Parfois, la vie te serre même un peu trop la vis. Prends-le comme une chance si celle-ci n'a pas en plus, le vice de foirer ! Il te faut alors inlassablement reprendre le collier.

Ici-bas, tout a les goûts du jour ou de l'air du temps ! Tout finit au collecteur. Tout s'enfuit et s'écoule sans demander son reste ! Mais un siphon, font font les petites marionnettes avant de vider les lieux ! Ceux qui lâchent les vannes et déconnent à pleins tubes peuvent d'ailleurs passer pour des siphonnés. Ceux qui ne maîtrisent pas leur réaction et dont les idées fusent en tous sens, n'y vont d'ailleurs pas avec le dos de la tuyère !

Toi, tu as toute ma sympathie. Tu sais toujours prendre la bonne décision et je te réaffirme mon estime pour ton grand professionnalisme. Mais moi, bizarrement, à cette heure, j'ai l'impression de faire fausse route. J'ai grand besoin de me tuyauter car nom d'une pipe, qu'est-ce qui se passe ? Chercherait-on à m'influencer par le tuyau de l'oreille. Renseigne-moi vite, svp, en PVC.

Vois-tu ! Le propos fumeux d'un esprit alambiqué me suggère que l'homme pourrait bien être l'incarnation vivante du tube, tant sa définition tubulaire lui correspond parfaitement : "un objet creux plus haut que large" ! Je me demande, si je suis alors moi-même souple ou rigide, déjà sous pression, bouché ou mal embouché ?

Les uns cherchent à me convaincre que la biologie n'est souvent que la science des tubes à essai et que les plus beaux bébés sont éprouvettes. Les autres m'affirment avec insistance que la famille tuyau de poêle n'en finit pas de s'emmancher !

Faut-il donc d'abord tout gober et tout avaler avant d'être sous pression et d'évacuer cette question existentielle par les tuyaux d'arrosage ? Ne serait-on qu'un tube digestif avec deux trous aux extrémités : la bouche et l'anus ? Ben mon côlon, même si c'est dur à digérer, l'humanité qui a du bol est, pour finir, c'est recta et rectum, dans la m... (Pardonne ce propos de proctologue, dû au subit relâchement d'une fuite de gaz dans le pipeline !)

D'ailleurs par les Grands dieux et demi-dieux du stade oral ou anal, nous constatons que nous avons tous la mort aux trousses et les fèces aux fesses ! Rabelais, passant du divin savoir au grotesque, nous avait déjà conté et poétisé les surprenants torche-cul de Grangousier et les petites misères "du boyau culier" dans l'incroyable et énorme chapitre 13 de Gargantua...

Allons, laisse s'envoler ces paroles de faces de pets. N'en rougis pas, continue à croire en ta vie d'ange ! N'en fais pas non plus des caisses ! Aère ton esprit et ventile ton local !

Oui ! L'homme n'est sûrement pas à tirer par le bas. Il est un joyeux drille de nature, un héros de Carnaval, toujours prêt pour la fête populaire ! C'est à qui poussera la chansonnette et fera vibrer les tuyaux d'orgue de barbarie !

"Comme à Ostende et comme partout / Quand sur la ville tombe la pluie ... Mais voilà que tout au bout d'la rue / Est arrivé un limonaire / Avec un vieil air du tonnerre / A vous faire chialer tant et plus..." Jean-Roger Caussimon me le fredonne dans le tuyau de l'oreille d'une douce nostalgie.

Oh ! La vie ou la gloire ne sont ni faciles ni garanties, même quand on force sa conduite. Mais à notre époque, c'est à qui veut être chébran ! Certains dépriment de patienter depuis trop longtemps. Seul Jérémie est parvenu à devenir célèbre avec ses Lamentations, son livre et son mur. Toi, tu l'es heureusement, de réputation par le tuyau cuivré et retentissant des trompettes de ta renommée. Ton nom éclate sur le bottin professionnel des entreprises de plomberie et robinetterie.

Aujourd’hui, à Jérusalem, New-York ou ici, il y a plein de cons primés dans les tubes du hit-parade mais les rengaines de leurs chansons scient rapidement leur succès. Des radios-crochets du bal des lampions aux néons des tubes cathodiques, chacun se voit déjà vedette, mis en lumière, en paillettes et fluo ! Et tout est permis ! De tourner sur les platines, d'être dans les tuyaux ou de passer sur Canal+, chacun peut rêver à plein tube ! La meilleure chance est... pour les buses !

Moi, je rêve simplement d'être primé au concours des belles lettres mais personne n'a voulu me tuyauter ! Tu as peut-être un débouché et une idée ? 

 

Commenter cet article