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De l'art de l'enfance à l'enfance de l'art. 2/2

Publié le par modimodi

L'œuvre propose par son organisation originale un visage aussi différencié que les visages humains.

Face à l'objet, nous sommes seuls et maîtres absolus des interprétations et des signes de connivence qui surgissent. En effet, dans les arts du spectacle, la danse, l'opéra, le théâtre, la résonance sociale est immédiate et fonction de l'interprète. Son art est de faire advenir ce qui n'était juste là que latent et de réaliser grâce à une complète maîtrise de virtuose le projet d'une perfection.

La musique, disait Leibnitz, est un exercice d’arithmétique d'un esprit qui ne sait qu'il compte. Attention ! Trop de technique et d'académisme dégradent l'oeuvre. Si l'inspiration ne soulève pas la danse, elle dissimule mal l'entraînement gymnique qu'elle impose.

L'intellectualisme qui ramène la contemplation esthétique à la perception d'un ordre rationnel ne respecte pas la spécificité de l'émotion esthétique. Apprendre l'esthétique par une analyse technicienne qui essaierait de révéler les procédés de la fabrication de l'oeuvre serait confondre l'artiste et l'artisan. L'art est toujours libéré de la technique.

Évitons de théoriser sur le beau. Nous nous rappelons ce que Voltaire nous laissait entendre. Si on demandait à un crapaud ce qu'est la beauté, il nous répondrait que c'est sa crapaude. La beauté de l'oeuvre n'est pas celle de la nature.

Les pouilleux de Murillo, les tabagies des peintres hollandais, les vaches de Potter ou les chaudrons de Chardin sont artistiquement beaux. La visite des musées ou des expositions peut inciter à peindre, la lecture de poèmes ou de romans peut donner l'idée d'écrire. L'Art sous tous ses aspects est une transposition et non un reflet du réel.

En bons pédagogues que nous tentons d'être avec nos enfants et petits-enfants, prudence et mesure ! Expliquer une oeuvre, c'est malmener son originalité brute. Tout au moins, pouvons-nous insister sur la mise en forme de matériaux préexistants et dire ce que les concertos de Bach doivent à Vivaldi. Mais l'histoire, la sociologie ou la psychologie n'expliqueront de l'art que ce qui en lui n'est pas artistique.

Le secret de la création est dans l'élan mystérieux qui emporte les matériaux, les sources et qui les métamorphose. Pour en faire des créateurs, faisons de nos jeunes initiés, des spectateurs, des auditeurs, des contemplateurs, des témoins heureux, épris de jouissances immédiates, emportés par leur joie intérieure. Ils ont déjà en eux, le don de l'émerveillement, la naïveté de l'innocence. Ils possèdent l'essence de l'art dépouillé de tout artifice maniéré.

Gardons-nous bien des succès trop faciles. Le mélodrame où Margot a pleuré n'est pas forcément une oeuvre d'art et l'émotion de Margot n'est pas non plus l'assurance de sa contemplation artistique. L'émotion esthétique n'est pas porteuse de coopération, elle est involontairement égoïste et individuelle car incommunicable.

Il faut progressivement amener nos juvéniles artistes à être ravis, arrachés à leur propre univers, emportés dans leurs rêves, envahis par une joie persistante, majestueuse, obsédante, exclusive, révélée, déjà transcendante et bientôt extatique.

Assurément, il n'est pas aisé d'initier de l'Art de l'Enfance à l'Enfance de l'Art !

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