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Harponnons la crevette !

Publié le par modimodi

J'attends impatiemment l'été et le repos. A la rouille du temps, mes pensées se corrodent. 

Ô mes amis, l'amour est une lente érosion. Il est toujours l'heure de la solitude et des colchiques vénéneux d'amertume. J'en ai les ongles mauves de déchirer l'instant. Je sublime mes doutes dans l'écriture, je les noie dans l'encrier. Je recrache les silences dans la fureur des mots. Ma page est un espace trouble où se brise le souffle traqué des voix qui se sont tues, où s'épuise le souffle des souvenirs pillés. Que de cris vains dans ces écrits vains !

Pourtant amis, nos vies sont des bouquets de soleil et de pluie, de vents et de nuages. Nous avons cent mille ans, des milliards de planètes identifiées à l'absolu. Qu'importe l'infidélité de ces quelques muses en partage d'inspiration ! Qu'importe mes amours, ces corps de bois pour le bûcher, ce chant de feuilles et de cendres.

Avant de quitter la caverne du jour noir par le regard de la pierre percée, il faudra bien que je m'unisse à la terre pour comme Merlin encercler des paroles impossibles dans le hasard du premier mot, retrouver Brocéliande et déchiffrer la pierre écrite.

Si j'étais poète, je saurais célébrer les noces lilas des méduses et de l'eau. Mais je ne sais que croquer l'hostie noire de l'aube après chaque nuit blanche. J'ai besoin de lumière mais je confonds midi et minuit. Je suis un symboliste.

Je suis pourtant prêt à tout : à percer la cathédrale de la nuit aux croisées d'ogives des étoiles, écrire au couteau pour menacer les silences, transformer le caillou en chemin, suivre le cours des rivières souterraines pour aller vers le soleil qui gît dans l’étincelle du premier feu.

Amis, vous le savez, il faut enterrer le grain pour qu'il éclate et mûrisse ! C'est la torture de la terre qui le fouille et le fait exister. Nous sommes nous-mêmes encore et toujours enfouis, nous n'existons que dans la mémoire des hommes pour les siècles futurs.

En attendant, l'avenir s'étoile et nous pensons s'étiole. Voilà, onze mois qui se sont étirés ! Des travaux forcés à perpète ! A fond les manettes, à ras les brouettes, à plein les tablettes pour entasser en nos chaussettes encore et toujours plus de petites piécettes et sans panache, nourrir l'écureuil de noisettes !

Moi, j'en ai assez de mes petites ronflettes et des bavettes taillées, bien douillettement sous les couettes en évoquant les fées d'hiver ! C'est désespérément long, une année presque pleine de compète et de casse-tête avant de pouvoir enfin conter fleurette aux bancs de sardines de Messine ou aux harengs de Lorient !

Un proverbe dit : "Tout vient à point à qui sait attendre !" Il serait grand temps que le bel été arrive ! Il me tarde vraiment ! J'ai une maison d'herbe ouverte sur le large. Le hussard bleu du ciel se perd dans mon regard gris... Très bientôt, je le sais, je n'aurai plus à noyer mes tracasseries littéraires dans les verres d'eau du quotidien et à m'échouer en leur tempête. Vivement juillet !

Alors là ! Adieu musettes, adieu guinguettes, adieu souvenirs de Lisette ! Allons les Loulou, les Ginette, un slogan conquérant mais il est vrai, sans queue ni tête, me trotte joyeux et fou, dans la tête : "Canonnons la mouette, harponnons la crevette !"

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