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L'art du leurre 2/2

Publié le par modimodi

 

Ô vous les contemplatifs, abusés mais jamais désabusés des musées, attention "un faux peut en cacher un autre!" Et vous les spectateurs amusés des théâtres, un masque peut en cacher un autre, comme le disait Max Ernst!

La vérité comme le faux est à double tranchant. D'ailleurs, dans "La règle du jeu" de Jean Renoir, n'est-ce pas au moment où le jeu se dérègle, où la mascarade et la fête dérapent que la vérité des êtres et des émotions transparaît à travers l'illusion et le jeu?

Comment ignorer le cinéma, 7ème Art, quand on sait que Tarzan ( Johnny Weissmuller ) poussa souvent son cri en hôpital psychiatrique, où Laurel et Hardy finirent leurs jours, tandis que Bela Lugosi ( Dracula ) continua de se prendre pour Dracula jusqu'à sa mort? L'illusion de la réalité y est telle que même les acteurs s'y laissent piéger.

Aujourd'hui, nous faisons le choix de privilégier les effets spéciaux numériques des studios spécialisés comme pour Alien, Matrix, Spider-Man, Harry Potter..., nous cautionnons le hard et le soft, le maquillage traumatisant comme pour Nosferatu ou X-Men... Et quand les critiques avertis nous dévoilent les artifices du montage afin de montrer l'envers du décor ou une partie des coulisses de cette machine à rêves, c'est pour mieux nous émerveiller encore.

D'Orson Welles avec "F for Fake" ( Vérité et Mensonge ) au "Faux coupable" d'Hitchcock en passant par Kagemusha de Kurosawa ( le mendiant lubrique et aviné appelé à remplacer un roi au pied levé ) ou encore le film "Volte-face" de John Woo, les cinéastes ont une prédilection pour les sosies, faussaires, imposteurs, doubles, travestis, simulacres et autres faux-semblants.

Comme tout ce qui brille n'est pas or, le strass est également un remède au stress! Quiproquo, lapsus du réel, le faux est un coup de poignard dans le tissu de la réalité comme la vérité scientifique des expertises sophistiquées dans la trame du Saint Suaire. Mais le destin donne souvent du fil à retordre!

Fascination du fugace et de l'hyper réalité, le faux, seul peut-être, permet d'ouvrir l'espace d'un vertige, une porte sur l'éternité.

Comme dans l'Art et sans doute parce que nous sommes tous des artistes qui nous ignorons, nous tissons par jeu, par caprice, par séduction, par hasard et par plaisir le vrai et le faux en nœuds serrés autour de notre vie.

Dans les paradoxes de l'exact et de l'inexact, dans l'ambiguïté de nos aventures quotidiennes, dans les scènes équivoques du laid et du beau, comme chez Jérôme Bosch, la tragédie débute et s'achève en permanence.

Illusion de la déréalisation! "Ne voyons-nous pas de nos yeux les rails des chemins de fer se rencontrer bien avant l'infini?" disait Georges Pérec. Ainsi la vérité ne ment qu'à elle-même. Jacques Lacan la définissait comme " la grande trompeuse " dont les esquives, les ruses, les feintes "dans l'impasse séduisante de l'absurdité" restent à dévoiler. Mais après tout comme le disait Freud, "l'inconscient, ce n'est pas de perdre la mémoire mais d'oublier ce qu'on sait."

Nous sommes tous concernés, vous, lecteurs et moi, écrivain. Si lire c'est trahir, faut-il encore traduire? Si le style fait alors la différence, les mots ne sont-ils pas les trahisons premières de la pensée?

Nous faut-il comme Jean Dubuffet penser que "rien n'existe, sinon des chocs d'antagonismes. Peut-être n'y a-t-il ni matière, ni pensée, ni objet. Peut-être n'y a-t-il que des conflits et des tourbillons."

La fraude du réel, l'amplification de la réalité, le mime du simulacre, le génie de la mystification, la mise à mort de l'apparence, la recréation à travers les miroirs vides des singularités et des sosies sont nos ultimes jouissances d'esthète. Sûrement trahissons-nous nos rêves dans l'errance des sensations évanescentes du faux comme dans l'impalpable ombre toujours mouvante de la vérité... Mais au moins, rêvons-nous!

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