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Lettre aux poètes bucoliques 1/2

Publié le par modimodi

Ô chers poètes bucoliques, vous rêvez sans doute de devenir la fine fleur de l'anthologie poétique ! 

Je vous lis en abondance dans les livres, les revues ou sur les réseaux sociaux. Certes, si l'intention est toujours poétique, le résultat ne l'est pas toujours. Alors, qu'importe et à quoi bon, devrais-je m'écrier, impatient : A quoi ça rime ?

Non ! Nulle ironie et nul reproche ! Au contraire, je vous dis : Grand merci, apprentis poètes ! Je vous décerne sur le champ, le grand prix "Étamine" pour ces tissus de bonnes intentions et je salue votre mâle assurance créatrice. Oui ! Je vous le dis avec des fleurs ! Votre liberté des sens et votre fantaisie des sons ne pouvaient laisser indifférent un vieux plumitif comme moi.

Il suffit d'un seul être pour incarner la multitude ! Accepte donc, toi, le petit poète, conteur, essayiste et romancier en herbe folle, toi, le digne rejeton de Ronsard, Du Bellay, Proust, Hugo, Mallarmé, ces frivoles conseils à la fleur de l'âge d'or de ton imagination créatrice.

Pour ce grand prix Étamine, aie ta mine, ah futé ! Aie ta mine bien taillée ! Ne reste pas en plant ! Cueille dès aujourd'hui les fleurs de rhétorique pour en faire bouquets, guirlandes et couronnes promises aux vainqueurs.

Aie ta mine bien tendre, si d'aventure, tu désirais quand il fait nuit conter fleurettes aux belles de jour ! Tu as toujours ton cœur de dix ans ! A une Marguerite rouge comme une pivoine, chantonne à son oreille cette bluette buissonnière : "l'école, chic dans les prés !" Avec Églantine, ne sois pas sauvage, sinon elle te piquera ! A Violette, la tendre et modeste, vole un baiser, juste là, à la corolle rose de ses lèvres bien closes. Avec Capucine, accroche-toi, ne te jette pas trop vite dans la gueule de loup pour grimper dans son estime.

Aie ta mine bien douce. Colorie en pastel. Nuance ton discours, estompe tes intentions, irise tes déclarations, procède par petites touches intimes. Si tu veux éviter les giroflées à quatre feuilles, élève ton propos du ras des pâquerettes. Sois le fleuron de l'élégance, aie le panache de l'éloquence.

Sois florissant, plein de feu et d'éclat. Effleure sans déflorer ! Les belles comme les mots sont des calices offerts où nos bouches et nos plumes découvrent dans l'instant, divin nectar ou amère ciguë. Enivre-toi jusqu'à l'amor, jusqu’à la mort !

N'effeuille pas leurs charmes jusqu'au risque suprême du "beaucoup trop" ou du "pas du tout" ! L'amour est toujours au mois de floréal mais avec la passion, toi, garde à flots, raison. Aie ta mine fleurie, qu'on ne dise jamais: "La barbe, encore un raseur d'écrits vains !"

Fais germer les idées, donne leur ton pollen, pénètre au cœur du mot, préserve la racine, fertilise sa sève ! Choisis ta fleur dans la rosée ou au soleil, cueille-la ou contente-toi plutôt de les admirer toutes. Compose des bouquets pour les vases de tes idées. A l'air libre de ta fantaisie, elles sont encore à polliniser. Dans les murmures de l'amour, écoute-les ! Chacune a son langage !

Répète-toi, les yeux mi clos : "Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous." (P Verlaine) Alors, pas de spleen anthologique ! Tu as le droit de rester à la traîne et de reposer en paix, entre deux thrènes ! Pour être un poète couronné et maudit, aux cadavres exquis, il faut lentement se laisser embaumer de toutes "Les fleurs du Mal".

Tu le sais déjà, être bucolique comporte bien des risques. "Le pré est vénéneux mais joli en automne / Les vaches y paissant / Lentement s'empoisonnent / Le colchique couleur de cerne et de lilas / Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là / Violâtres comme leur cerne et comme cet automne / Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne" (G Apollinaire)

Ne rumine pas, l'amour est déjà là.

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