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Lettre aux poètes bucoliques 2/2

Publié le par modimodi

Petit poète bucolique, petit aède des champs d'amours fleuris, penché sur ton herbier anthologique, aie ta mine prodigue et laisse souci, mouron, aux orties, aux chardons. Multiplie les pensées, prends en bien de la graine. Parle dès aujourd'hui, le langage des fleurs.

Aie ta mine idyllique et lyrique. Adonne-toi au chant et découvre dans le lied, la vertu. Cigale troubadour, enfant de cœur, chante ta joie d'écrire et de créer. Donne voix au chapitre. Sois chantre de l'amour, en chœur, a cappella mais chante !

Mine de rien ! Travaille même le sujet qui ne paye pas de mine. Cahin-caha, la lumière de la pensée gît au fond de toi, muette comme une tombe, comme cet œil hugolien de la conscience divine. Mais pour autant, ta mine à ciel ouvert, au bleu des pensées et des songes ne fait pas de toi, un poète mineur, au genre trop prose à hics, aux idées terre à terre ! Tes rêves ont des nuages qui voyagent dans les vents rouges et roses de ta fugace inspiration.

Tu as un trésor sous tes pieds ! Tes vers n'attendent que toi. Penche-toi sur eux. Fais bonne mine au filon des idées et si ta mine est d'or, fais y silence au cœur des lantanas. Travaille le fond tout autant que la forme. Maîtrise les idées-fosses. Tu as peut-être une mine de plomb dans la tête mais pas dans l'aile. Tu peux faire mine de sens et jouer à loisir, avec "l'étamine des fleurs et ta mine fleurie" .

Tu peux faire mine de faire bien pour épater la galerie de quelque effet mi-net. Mais t'as mine de rien, un mystérieux et obscur boulot de fond ! Potasse encore un peu ton style. Avec ta mine de pâmoison et ta mine de sel, rajoute grain à grain celui de ton esprit et ta mine d'argent t'apportera peut-être, un succès franc, riche de mille et un profits littéraires.

Tu as déjà, une bonne mine, parfois un peu tirée quand ta mine est de soufre... dans la douleur d'écrire. Tous les mots, même les pépites ont des maux qui remontent de toi comme des talents maudits. Ta déveine est encore à extraire. Ta potentialité est sûrement sacrée mais te reste cachée. Comme Lazare, tu dois remonter de la crypte en plein chœur de la cathédrale, tu dois t’élever au cœur des belles lettres enluminées par la pleine lumière des vitraux et jaillir triomphalement de la grande rosace !

Ne crois à rien ! Tout est inconstant comme l'éloquence qui balbutie dans l'émotion ou les savoirs qui évoluent en remontant du puits du temps ! Ta mine d'érudition et celle des autres réunies au puits de sciences ne feront jamais de toi, le major de l'école des Mines. Tu n'en avais ni l'espoir ni la prétention.

Mais ta mine explosive, sapeur et sans reproche, t'introduira peut-être dans la carrière littéraire, si tu sais éviter les coups de mine et les coups de grisou de projets neufs et par trop détonants. La chance au fond des veines, va au filon, va au charbon. Cherche, creuse, sonde et fore, tranche, taille et abats, ne reste pas sur le carreau de la page de ton cahier !

Tu peux te donner tous les airs ! Tu peux avoir ta mine défaite de carême prenant, quand le motif est maigre. Mais attention, ta mine de dix pieds de long ne fait pas de toi un poète de fond. Creuse la veine que tu crois la meilleure. Mets-toi aux vers sans jamais broyer du noir, hormis l'encre séchée au fond de l'encrier.

A l'aise donc, ami ! Jamais de pleurs de rage ou de rosée, jamais de bourdon dans tes fleurs ou dans ton esprit de clocher. Aie confiance et sois fier ! Prends garde toutefois à la facilité ! Si pour chanter matines, tu montes sur tes argots et passes du coq à l'âne, si tu rimes eau de mélisse avec eau de mélasse, prends tes iambes à ton cou et décroise tes pieds qui ne riment à rien, sinon qu'à avoir un peu de son pour toi, l'âne bâté au grand bonnet ! Marge ou rêve petit troue-vers !

Tout n'est pas rose ! Et ta mine, la grise, quand tu sauces tes lauriers, bien sûr, je la connais ! Brouillons, ratés, ratures, en l'état, minestrone : c'est pas de la soupe, c'est de l'errata ! Prends garde à cette mine de papiers mâchés, boulettes, fautes, erreurs ! Relie et relis ! Mets les points sur les ifs de ton "cimetière marin" ! Et ne t’apitoie pas sur ta mine de papiers froissés, jetés à la poubelle qui déborde d'idées ou de propos sommaires, trop vite mis à l'index ! Ne déplore pas ta prose élite de morceaux choisis pour la page du récit qui se trame... Tu sais, j'ai la même qui me nargue, à chaque instant, à mon bureau !

Je sais que tu voudrais faire partie du beau linge de la littérature mais ici-bas, rien n'est coton, petit poète ! Oui ! Ta mine chiffonnée a de l'étoffe, c'est celle des écrivains aux trois idées passoires. Que cette étamine à tout crin filtre l'eau du ruisseau de ton inspiration et garde tes idées claires et fluides.

Ne te prends pas la tête ni ne fais cette tête ! Ce n'est pas toi qu'on anthère ! Aie ta mine de joie, aie ta mine des fêtes, Arlequin ou Pierrot, fais l'épître et la fable. En fait, ta mine n'a pas besoin d'amphétamines. Ris et joue ! Vis ! T'as mine à croquer !

Et ta mine et sa trombine et ta mine et sa bobine et ta mine et leurs minois rayonnent comme des tournesols, devant l’œuvre florale, anthologie de ta création ! Je t'offre donc, ami, cette Étamine féconde pour conserver le canevas de l'imaginaire qui a tenté de filer au rouet des étoiles, l'écheveau de nos doux plaisirs poétiques.

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